Q : Vous voulez dire, Philippe, que l’auteur de cette biographie bouscule l’image que nous avons de Descartes ?
R : Quelle image Marie ? Telle est la question. Si c’est l’image de la raison triomphante, de l’homme de bon sens, assuré de ses idées, et fier de ses trouvailles : non. Il y a longtemps que cette image s’est évanouie. Il est aujourd’hui de jeunes philosophes très sérieux qui considèrent Descartes comme un auteur de science-fiction et d’autres qui le font passer pour un véritable ami des fous. Mais il est vrai que dans notre inconscient national -sur ce point Françoise Hildesheimer a raison-, Descartes, c’est un peu Jeanne d’Arc à cheval déguisée en philosophe. « Descartes, dans l’histoire de la pensée, ce sera toujours ce cavalier français qui partit d’un si bon pas », disait Charles Péguy. Cela est vrai ! Nous sommes tous des enfants de Descartes. Nous avons tous rêvé, au moins une fois, de tout quitter, de vouloir tout recommencer, de nous exiler. Et nous savons tous d’instinct qu’une rupture ou un recommencement, s’ils n’étaient pas contenus par une idée fixe, un désir de solitude, un sentiment d’immobilité, seraient morts-nés. Descartes est cet homme de la liberté et du retrait. Il fut dans sa vie et dans son œuvre, un exilé parti à la recherche d’un lieu subjectif, d’un site qui lui permettrait de rayonner et de se poser.