Oui, l’alcoolisme tue. Oui, le vin contient de l’alcool. Oui, l’abus de vin peut être mortel. Que jamais il ne soit dit que cet article est une incitation à l’alcoolisme. Fermez le ban. Le Dr Roger Corder est professeur de médecine expérimentale à l’Université de Londres. Depuis 15 années, il se consacre à l’étude des effets bénéfiques d’une consommation modérée et régulière de vin sur la santé et tente d’en comprendre les mécanismes. La pertinence et la rigueur de ses travaux sont reconnues par les plus hautes instances scientifiques. Rien que l’on ne sache déjà, sauf lorsque des études orientées, largement reprises par les médias, prétendent que le premier verre de vin est déjà cancérigène. En France, d’éminents cancérologues, parmi lesquels Jean-Louis Mouysset ou Annie Sasco, affirment le contraire, mais n’ont rien publié pour l’instant. Alors, le vin est-il vraiment un poison ? On a vu autant de buveurs centenaires que d’abstèmes foudroyés par la maladie à 40 ans. Le problème n’est pas là, mais dans l’hygiène de vie, et surtout, le dosage de l’alimentation. En ces temps de fausse moralité, il est rare qu’un médecin patenté s’engage à proclamer par écrit et en public ce que le corps médical ne consent à reconnaître qu’en privé. Non seulement Roger Corder démontre que le vin n’est pas mauvais pour la santé, mais il explique pourquoi et comment il faut en boire. Doyen du William Harvey Institut de la faculté Queen Mary, le professeur Corder construit sa démonstration sur des études d’une précision incontestable et dissèque les mécanismes biologiques prouvant l’interaction entre certaines molécules du vin et la santé humaine. Pour faire court, en passant sur les processus complexes détaillé dans le livre, le chercheur, s’appuyant sur 200 travaux d’autres confrères, a isolé une molécule contenue dans les polyphénols du vin. Cette molécule miracle a pour nom procyanidine. Ses propriétés antioxydantes et vasodilatatrices sont dix fois supérieures à celle d’une autre molécule jusqu’ici mise en avant par les défenseurs du vin, le resvératrol. La procyanidine est également présente dans d’autres végétaux, mais elle plus abondante dans les raisins noirs, surtout s’ils sont chargés en tanins. C’est elle qui est au cœur du French paradoxe, auquel Corder donne une nouvelle dimension. Nous n’entrerons pas ici dans les méandres de cette retentissante découverte mais l’affaire est sérieuse. Et décoiffe. Le médecin ne se contente pas décrypter le phénomène, il établit également une liste des vins les plus riches en procyanidine, assortie de conseil pratiques et rationnels pour cuisiner et se nourrir efficacement afin de vivre longtemps et en bonne santé. Roger Corder insiste toutefois sur un point : Tout dépassement de la juste dose de vin annule ses effets bénéfiques. Quand le traité d’œnologie vire à l’ordonnance. A lire de toute urgence.
Boire mieux pour vivre mieux, Roger Corder, Thierry Souccar Editions, 315 p., 20,90€.