Honte à Christian Constant, Jean-François Piège, Ghislaine Arabian et Thierry Marx d’avoir accepté de participer à cette mascarade culinaire montée par M6 pour jeter en pâture à l’audimat, avec et sans lauriers, les ambitions frustrées de jeunes cuisiniers professionnels.
Sachant par où ils sont passés, connaissant les aléas et les embûches d’un métier sans pitié, nous nous étonnons que ces quatre chefs réputés aient accepté de se prêter à cette parodie de tribunal. Leur prétention à l’image soulève le cœur. Parions que si on leur proposait le même exercice avec des chefs encore plus prestigieux qu’eux pour juger leurs mixtures, ils déclineraient tous les quatre l’invitation.
Nous les avons connus avec leurs doutes, leurs faiblesses, leurs approximations et leurs hésitations, ce qui nous les rendaient normaux, sympathiques et humains. Les voici érigés en procureurs gustatifs avec ce pouvoir de lever ou de baisser le pouce comme au jeu du cirque pour gracier ou condamner leurs cobayes.
Tout aussi coupables d’avoir accepté l’avilissant défi, les jeunes espoirs transformés en gladiateurs de la gamelle faisant couler l’albumine à la place de l’hémoglobine font peine à voir. Et la caméra de fouiller leurs entrailles pour en tirer une sueur froide, une aigreur, un espoir déçu ou une larme contenue.
Non, la cuisine, ce n’est pas ça. Voilà que Télé Poubelle s’empare aussi d’une discipline de vie et de plaisir pour en faire un instrument de torture et d’humiliation. Nous n’imaginions pas qu’un média oserait un jour toucher à la gastronomie pour en faire une séance de voyeurisme compétitif. A qui fera la plus grosse bourde, lequel sera sacrifié sur l’autel cathodique ?
L’émission semble une caricature de ce que la connerie fiction nous promettait dans les années 1980 en imaginant ce qu’allait être le tout à l’écoute. Car Top Chef, c’est un peu ça. La fin des limites, la mort des seuils, la disparition du stop. Tout est permis. On avait commencé avec la chansonnette, sous toutes les sauces, on continue avec les sauces, sous tous les sons.
Le drame, c’est que l’on n’y apprend rien, mais alors rien du tout, en termes de connaissances culinaires. Pas la moindre info, sinon la logique de la surenchère créative afin de bluffer un téléspectateur béat mais ne disposant d’aucun paramètre pour apprécier la performance ou la nullité des challengers. Ce n’est pas avec ça que la cuisine reviendra au foyer. Ce n’est pas ainsi qu’on ravivera des vocations éteintes.
Le plus affligeant, ce sont les commentaires, avis d’experts et autres états d’âme infatués, glissés par nos quatre gourous du rata entre deux séquences de tambouille, comme pour assaisonner le tout d’un pincée d’ego assez haut placé et d’une larme d’auto satisfaction déplacée. Il faut voir sur quel ton les censeurs s’adressent aux petits concurrents.
Et avec quelle soumission s’inclinent les débutants. Ils font penser à ces grands cuisiniers dans les locaux du guide Michelin, assis sur le bord de la chaise en écoutant les patrons de Bibendum leur donner la sentence d’un ton magistral : « Peut mieux faire, en progrès ou à revoir ». Quelle tristesse.
Il s’agirait d’un concours ou d’une épreuve, dans un cadre professionnel, pour sanctionner un talent ou un style, il n’y aurait aucun problème, l’expérience serait même enrichissante. Mais aller le faire sur un plateau télé en déballant les angoisses et les détresses d’individus exhibés, sans pudeur, même consentants, au vu et au su d’un audimat, sans doute massif, rassemblé autour de cette arène de picadors en toque, c’est peut-être une façon de prendre une revanche sur un système qui ne cesse de vous mettre au pilori.
Pour une fois, au moins, le bourreau c’est eux qui en enfilent la tenue. M6 aime bien la cuisine sadique. Surtout lorsque la sentence énoncée sans appel provient de vedettes qui ne supportent pas que l’on porte la moindre critique sur leur génie aromatique ou leur vertu moléculaire.
Et en plus on s’ennuie, ça tourne en rond et ça peut même rendre con. Franchement, n’y avait-il pas mieux à faire pour réconcilier les Français avec un pratique quotidienne et rationnelle des fourneaux ? Si, au moins il y avait un suspense gourmand (et non pervers), un challenge codifié -on sait d’où l’on vient pour savoir où l’on va- ou un match à partir d’une même recette dont nous connaîtrions la logique de conception, la procédure d’achats et le processus d’élaboration, mais même pas.
Seul compte dans Top Chef la couleur fatidique du couteau, acier ou orange, qui désigne, dans une ambiance de mort, le perdant ou le gagnant, celui que le jury a sauvé ou viré. Et la caméra d’insister encore sur la peur au ventre des candidats, puis de revenir sur l’assurance dominante des quatre commandeurs soudains promus au-dessus de Bocuse et Ducasse.
Comme ils s’y croient depuis si longtemps. Avec cette émulsion télévisée nous baignons dans la cocotte réalité, la Star ac du ragoût d’alcôve, la Ferme à tartiner, au nom de la cuisine qui fait mal et qui fait peur. Marx attaque, du lard d’être Constant, pris au Piège et Arabian Castafiore. Le genre de programme qui, demain, faute d’émotions encore plus fortes, révélera les examens, les mises en examens, les bilans et les verdicts en direct.
Le moment le plus édifiant, nous vous le livrons en dessert, lorsque l’un des candidats, regardant faire son challenger manchot, lâche avec candeur : « Y en a qu'ont leurs deux bras et qui lui arrivent pas à la cheville ». Et le courageux petit cuistot plein d’allant de pétrir sa pâte avec son moignon. La scène interpelle, bouleverse, et oppose la noble sincérité du jeune handicapé à l’ignoble handicap de l’écran prédateur. Décidément, on n’est jamais trahi que par les siens.
Sachant par où ils sont passés, connaissant les aléas et les embûches d’un métier sans pitié, nous nous étonnons que ces quatre chefs réputés aient accepté de se prêter à cette parodie de tribunal. Leur prétention à l’image soulève le cœur. Parions que si on leur proposait le même exercice avec des chefs encore plus prestigieux qu’eux pour juger leurs mixtures, ils déclineraient tous les quatre l’invitation.
Nous les avons connus avec leurs doutes, leurs faiblesses, leurs approximations et leurs hésitations, ce qui nous les rendaient normaux, sympathiques et humains. Les voici érigés en procureurs gustatifs avec ce pouvoir de lever ou de baisser le pouce comme au jeu du cirque pour gracier ou condamner leurs cobayes.
Tout aussi coupables d’avoir accepté l’avilissant défi, les jeunes espoirs transformés en gladiateurs de la gamelle faisant couler l’albumine à la place de l’hémoglobine font peine à voir. Et la caméra de fouiller leurs entrailles pour en tirer une sueur froide, une aigreur, un espoir déçu ou une larme contenue.
Non, la cuisine, ce n’est pas ça. Voilà que Télé Poubelle s’empare aussi d’une discipline de vie et de plaisir pour en faire un instrument de torture et d’humiliation. Nous n’imaginions pas qu’un média oserait un jour toucher à la gastronomie pour en faire une séance de voyeurisme compétitif. A qui fera la plus grosse bourde, lequel sera sacrifié sur l’autel cathodique ?
L’émission semble une caricature de ce que la connerie fiction nous promettait dans les années 1980 en imaginant ce qu’allait être le tout à l’écoute. Car Top Chef, c’est un peu ça. La fin des limites, la mort des seuils, la disparition du stop. Tout est permis. On avait commencé avec la chansonnette, sous toutes les sauces, on continue avec les sauces, sous tous les sons.
Le drame, c’est que l’on n’y apprend rien, mais alors rien du tout, en termes de connaissances culinaires. Pas la moindre info, sinon la logique de la surenchère créative afin de bluffer un téléspectateur béat mais ne disposant d’aucun paramètre pour apprécier la performance ou la nullité des challengers. Ce n’est pas avec ça que la cuisine reviendra au foyer. Ce n’est pas ainsi qu’on ravivera des vocations éteintes.
Le plus affligeant, ce sont les commentaires, avis d’experts et autres états d’âme infatués, glissés par nos quatre gourous du rata entre deux séquences de tambouille, comme pour assaisonner le tout d’un pincée d’ego assez haut placé et d’une larme d’auto satisfaction déplacée. Il faut voir sur quel ton les censeurs s’adressent aux petits concurrents.
Et avec quelle soumission s’inclinent les débutants. Ils font penser à ces grands cuisiniers dans les locaux du guide Michelin, assis sur le bord de la chaise en écoutant les patrons de Bibendum leur donner la sentence d’un ton magistral : « Peut mieux faire, en progrès ou à revoir ». Quelle tristesse.
Il s’agirait d’un concours ou d’une épreuve, dans un cadre professionnel, pour sanctionner un talent ou un style, il n’y aurait aucun problème, l’expérience serait même enrichissante. Mais aller le faire sur un plateau télé en déballant les angoisses et les détresses d’individus exhibés, sans pudeur, même consentants, au vu et au su d’un audimat, sans doute massif, rassemblé autour de cette arène de picadors en toque, c’est peut-être une façon de prendre une revanche sur un système qui ne cesse de vous mettre au pilori.
Pour une fois, au moins, le bourreau c’est eux qui en enfilent la tenue. M6 aime bien la cuisine sadique. Surtout lorsque la sentence énoncée sans appel provient de vedettes qui ne supportent pas que l’on porte la moindre critique sur leur génie aromatique ou leur vertu moléculaire.
Et en plus on s’ennuie, ça tourne en rond et ça peut même rendre con. Franchement, n’y avait-il pas mieux à faire pour réconcilier les Français avec un pratique quotidienne et rationnelle des fourneaux ? Si, au moins il y avait un suspense gourmand (et non pervers), un challenge codifié -on sait d’où l’on vient pour savoir où l’on va- ou un match à partir d’une même recette dont nous connaîtrions la logique de conception, la procédure d’achats et le processus d’élaboration, mais même pas.
Seul compte dans Top Chef la couleur fatidique du couteau, acier ou orange, qui désigne, dans une ambiance de mort, le perdant ou le gagnant, celui que le jury a sauvé ou viré. Et la caméra d’insister encore sur la peur au ventre des candidats, puis de revenir sur l’assurance dominante des quatre commandeurs soudains promus au-dessus de Bocuse et Ducasse.
Comme ils s’y croient depuis si longtemps. Avec cette émulsion télévisée nous baignons dans la cocotte réalité, la Star ac du ragoût d’alcôve, la Ferme à tartiner, au nom de la cuisine qui fait mal et qui fait peur. Marx attaque, du lard d’être Constant, pris au Piège et Arabian Castafiore. Le genre de programme qui, demain, faute d’émotions encore plus fortes, révélera les examens, les mises en examens, les bilans et les verdicts en direct.
Le moment le plus édifiant, nous vous le livrons en dessert, lorsque l’un des candidats, regardant faire son challenger manchot, lâche avec candeur : « Y en a qu'ont leurs deux bras et qui lui arrivent pas à la cheville ». Et le courageux petit cuistot plein d’allant de pétrir sa pâte avec son moignon. La scène interpelle, bouleverse, et oppose la noble sincérité du jeune handicapé à l’ignoble handicap de l’écran prédateur. Décidément, on n’est jamais trahi que par les siens.
Profil
Périco Légasse
BIENVENUE A MA TABLE
Ce blog prétend défendre une certaine idée du goût de la France. Notre patrimoine gastronomique, qu'il soit agricole, maritime, viticole ou culinaire, n'est en aucun cas la propriété exclusive des Français, mais celui de l'humanité toute entière. Encore faut-il pour cela que l'ensemble des producteurs et, surtout, des consommateurs, admette ce principe.
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Ce blog prétend défendre une certaine idée du goût de la France. Notre patrimoine gastronomique, qu'il soit agricole, maritime, viticole ou culinaire, n'est en aucun cas la propriété exclusive des Français, mais celui de l'humanité toute entière. Encore faut-il pour cela que l'ensemble des producteurs et, surtout, des consommateurs, admette ce principe.
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