Démagogie électorale
Eh bien, précisément parce que les lobbies étaient partagés, sordides ou inefficaces, les syndicats, divisés ou résignés, le patronat braqué ou désabusé, aucune synthèse cohérente n’a pu sortir des Etats généraux de la restauration animée par un appareil gouvernemental surtout soucieux de démagogie électorale. Comme l’indique fort à propos le documentaire, le lendemain de l’application de la baisse, tous les restaurateurs reçurent un bulletin d’adhésion à l’UMP… Pour avoir activement participé au Comité de pilotage ministériel désigné pour préparer cette baisse de TVA, l’auteur de ces lignes confirme que ces Etats généraux furent une pantalonnade au regard de laquelle un congrès du PS ferait office de conclave cistercien. Un énorme gâchis, évidemment, mais un complot d’Etat manigancé par les puissances du fric et de l’industrie hôtelière, certainement pas.
Il n’empêche, des milliers de PME à bout de souffle ou au bord du gouffre ont pu sauver leur peau grâce à ce cadeau fiscal inespéré, même si nombre de patrons en ont profité pour consolider leur trésorerie ou se racheter une nouvelle Mercedes. Qu’aurait-il mieux valu, qu’elles crèvent ? Quant à la malbouffe, elle était là bien avant la TVA et s’y trouvera longtemps après. Si la gauche n’avait pas sans cesse méprisé une paysannerie accusée de conservatisme réactionnaire et systématiquement suivi la politique de démantèlement de notre patrimoine agricole inspirée par la droite en l’abandonnant aux griffes de la Fnsea et du Crédit Agricole, nos campagnes n’auraient pas été muées en usines agroalimentaires avec les subsides de la PAC. Là est le drame, pas dans les profits du lobby hôtelier. Denamur a beau nous montrer un brave maraîcher cultivant ses légumes bio en panne de clients, ce n’est pas la faute de l’UMIH si 72 % des produits bio consommés en France doivent être importés de l’étranger.
Au terme d’une heure quinze d’explications disparates et réductrices, on reste autant sur sa fin que sur sa faim. Emporté par son élan justicier, sûr de sa bonne cause, pétri de certitudes prolétaro-écolo-gauchistes, Denamur est passé à côté d’un magnifique documentaire. Disons qu’il a su apporter de bonnes réponses à de très mauvaises questions, toutes posées avec des œillères militantes. Notre Zorro de la gamelle a voulu résumer la chose ainsi : il y a les bons aubergistes, dont je suis l’incarnation, et les méchants gargotiers du fric, auxquels je fais la guerre. « Citoyens, levez vous pour vous mettre à table ! » mentionne la couverture du DVD. Soit, mais se lever pour quoi ? Que souhaite Xavier Denamur, le rétablissement de la TVA à 19,6 % (elle est déjà remontée à 7 %) ? Ce serait donner le coup de grâce à des milliers de restaurateurs et pénaliser des maisons en difficulté. Rarement un restaurateur aura donné une aussi mauvaise recette.