Fruits fades et cotonneux
Le bio n’a pas toujours bon goût
Ce n’est pas parce qu’un produit est bon, dans le sens de sain, qu’il est forcément bon, dans le sens de goûteux. Tous les amateurs de fruits bio ont été, un jour ou l’autre, confrontés au problème. Les clients des réseaux Naturalia, Biocoop ou Bio Génération, principales enseignes françaises de commerce bio, sont souvent déçus par la qualité de certains fruits dont on peut attendre qu’une culture naturelle préserve au moins leur saveur originelle. Il n’en est rien. Nous avons récemment testé des pêches blanches bio d’origine française, à 4,45€ le kilo, dans un magasin Naturalia du Xe arrondissement de Paris. Elles étaient fades, cotonneuses, sans aucun arôme, toutes sèches, et se sont fanées au bout de deux jours. Hormis leur absence de chimie, pas mieux que des fruits provenant de l’agriculture intensive. A ce prix là, la filière bio doit montrer plus d’exigence et de rigueur si elles veut garder sa clientèle, convaincre les réticents et contrer ses détracteurs.
Vins bio abîmés ou oxydés
Ras le goulot de boire de la piquette
Un peu comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, tout bon amateur de vin est, qu’il le taise ou l’exprime, un inconditionnel du bio. Disons, de l’idée que l’on s’en fait. Tout le monde convient, en effet, de l’urgence à préserver l’environnement, à respecter l’intégrité des sols, à laisser la plante s’épanouir par ses propres moyens, à renouer avec des méthodes de culture et de vinification plus proches des réalités naturelles de la vigne. Quel fou oserait aller à l’encontre de ces principes ? Il y aura toujours un saine aspiration à boire toujours plus juste, toujours plus vrai, toujours plus pur, au sens noble du terme, parce que l’esprit du vin s’inscrit, au moins dans l’éthique viticole française, dans cette approche de l’origine sans cesse recherchée, sans cesse affirmée, sans cesse affinée, cette fameuse « gueule de l’endroit où est né le vin » précisée « avec les tripes de celui ou celle qui l’a fait ». Le bio se veut une relecture écologiste de l’AOC, et l’on s’en félicite. Tout irait donc assez bien dans le meilleur des mondes si l’histoire ne s’écrivait qu’à l’encre du réalisme objectif. Hélas, aussi sûr que l’on fait encore passer des idées aux forceps, d’aucuns nous font goûter le vin avec un chausse-pied. C’est forcément bon, puisque c’est bio ! Quelques idéalistes expliquent encore que, si les Staliniens ne s’étaient pas emparés du marxisme, le paradis socialiste serait une réalité. Ah, si seulement le dogmatisme ne s’était pas emparé du « bioïsme », nous boirions tous dans l’Eden bachique. Hélas, trois fois hélas, le taux de piquette aujourd’hui servie dans certains établissements dépasse l’acceptable. Des professionnels vendent ou servent, aujourd’hui, des produits avariés dont ils vantent les vertus. Nous parlons de ces boissons qui, à un moment, certes, furent du vin, mais qui, une fois exposées à l’air ambiant, n’en sont plus lorsqu’elles arrivent dans le verre. Que dire, en effet, de ces vins troubles, piqués, oxydés, dont le patron, le caviste ou le sommelier vous soutiennent, parfois en toute bonne foi, qu’ils sont excellents ? Que faire, sinon dénoncer une main mise idéologique d’une minorité d’excités ayant détourné la cause du vin bio pour satisfaire on ne sait quelle chimère doctrinaire. Si certains crurent en l’homme nouveau, des intégristes du tout naturel militent pour le vin « purifié » et se pâment en avalant des mixtures relevant davantage du pré vinaigre que du sang de la vigne. Loin de nous l’intention de dénoncer tel producteur ou tel marchand, mais nous incitons fermement le dégustateur, dès lors que le vin présente une robe pas nette, un nez ou une bouche marqués par une aigreur suspecte, à signaler l’anomalie. Soit il s’agit d’un accident, et la bouteille est remplacée sans histoire, soit il s’agit d’un vin bio abîmé, et là, aucune concession ne doit être faite. Bio ou pas, quand un vin est bon, il faut le défendre, et, quand il ne l’est pas, il faut dire la vérité.
Les adeptes du terroir mental
Parmi les intégristes du vin bio, certains revendiquent le droit au « terroir mental ». Sans rire. C’est-à-dire le droit de considérer qu’un vin abîmé est bon, sous prétexte que sa supposée dégradation (ils ne le concèdent pas d’emblée) prouve qu’aucune manipulation chimique n’est venue altérer la virginité du raisin. De tels raisonnements peuvent aller assez loin dans l’absurde, voire dans l’horreur. Une question, toutefois, à ces croisés du vin pur : Pourquoi de plus en plus de viticulteurs dits « bios » pratiquent-ils du négoce en complément de leur activité au domaine (les lettres NM figurent sur la capsule congé), sinon qu’ils ont besoin d’acheter du raisin pour compenser leur gâchis, ou du vin, pour maquiller leur échec ? Curieux, non ? A croire que, de la friche à la triche, le terroir mental n’est pas loin du terroir menteur.