A l’initiative de Bernard Pivot, Périco Légasse et Christian Millau, un Comité de défense du beaujolais s’est constitué afin de soutenir les efforts de cette appellation pour la réhabilitation de son image. Las des anathèmes jetés sur ce vignoble et des amalgames entretenus, autant par ignorance que par snobisme, soucieux d’encourager les vigneronnes et les vignerons dont les efforts qualitatifs visent à rétablir l’image d’un vin injustement vilipendé, ces trois oenophiles ont décidé d’agir en créant un prix destiné à récompenser chaque année un beaujolais et un beaujolais-villages du millésime naissant.
Depuis plusieurs années le beaujolais est victime d’un véritable lynchage ayant pour conséquences l’abandon du rituel du beaujolais nouveau et une méfiance des consommateurs envers cette appellation. La situation s’est à ce point aggravée qu’il est désormais de bon ton de répéter à tort et à travers que « le beaujolais, c’est dégueulasse ! », d’aucuns considérant même comme une marque de civisme de ne plus célébrer son arrivée, chaque année, au troisième jeudi de novembre. Il est même des restaurants qui s’honorent de ne plus avoir de beaujolais à leur carte des vins. L’opprobre s’est installé dans les mentalités.
Porteur de toute la symbolique d’un jus de la vigne apprécié pour sa fraîcheur, sa souplesse et son fruité, symbole de la soif festive et populaire, le beaujolais a aussi ses titres de noblesse. Issu du gamay, cépage maltraité par une intelligentsia bachique ne jurant plus que par le merlot, le pinot noir et la syrah, raisins emblématiques des grands bordeaux, bourgognes et rhônes, le beaujolais répond aux attentes d’une idée du vin fondée sur le plaisir.
S’il est un travers qui a fait régresser le vin de France sur la scène internationale, c’est bien celui de son alignement sur un discours oenologique élitiste (extraction des tanins, élevage prolongé en barriques neuves), afin d’obtenir des cuvées concentrées et surboisées privilégiant la puissance à la finesse. Au contraire, les vins du Beaujolais répondent, eux, de façon complémentaire et spontanée, à cet esprit plus démocratique mais non moins excellent, du vin gouleyant, expression bannie du vocabulaire « néobachic ». Tout cela révèle le mépris dont fait preuve l’establishment baccusien à l’endroit de vins jugés trop modestes ou trop médiocres pour son royal palais.
On oublie trop facilement que le juliénas, le morgon, le moulin-à-vent, mais aussi le fleurie, le brouilly, le côte-de-brouilly, le chiroubles, le chenas et le régnié, pourtant si appréciés des connaisseurs, sont, eux aussi, des vins du Beaujolais. Il est donc urgent que les Français réapprennent à aimer leurs beaujolais et, tout en restant exigeants et vigilants, à se défaire des préjugés imbéciles qui les privent de tant de bonheur. Le Comité de défense du beaujolais n’a pas d’autre ambition.
C’est dire à quel point, dès lors qu’elle prend les atours de la bien-pensance, une idée aussi absurde peut gagner l’opinion. Il ne s’agit en aucun cas de nier ici les déboires qu’a pu connaître ce vin et les abus commis par certains producteurs peu consciencieux, mais dans des proportions somme toute inférieures aux mauvais bordeaux, aux mauvais bourgognes, aux mauvais côtes-du-rhône et aux mauvais champagnes, bien plus importants en quantité, pour des raisons évidentes de superficies et de volumes, que les mauvais beaujolais. Ainsi les clichés ont-ils la vie dure tant que personne n’ose s’exprimer pour en dénoncer le caractère tendanciel, hypocrite et fallacieux.
C’est pourquoi s’est constitué ce Comité de défense du beaujolais, autour des trois journalistes fondateurs, auxquels se sont joints Jean-Claude Ribaut, chroniqueur gastronomique du journal Le Monde, Jean-Didier Dhery, journaliste au Progrès de Lyon, mais aussi Georges Blanc, chef de l’illustre restaurant de Vonnas, dans la Bresse, Philippe Bourguignon, directeur du restaurant Laurent, à Paris, Chantal Chagny, patronne du restaurant Le Cep, à Fleurie, Henry Marionnet, vigneron à Soings, en Touraine, Matthieu Vianney, chef du restaurant La Mère Brazier, à Lyon et Maryse Alarousse, célèbre sommelière Lyonnaise.
La première de cette manifestation a eu lieu le 12 décembre, au restaurant Le Cep, à Fleurie. Au terme d’une dégustation finale au cours de laquelle ont été mis en compétition dix beaujolais et dix beaujolais villages, eux mêmes issus d’une présélection de 280 producteurs, réduite à quarante-cinq après une deuxième séance éliminatoire, le jury du Comité a remis un trophée intitulé « Cep du noble gamay » aux deux lauréats de l’année, à savoir Xavier Barbet, de la maison Loron et fils, à La Chapelle du Guinchay, pour son sublime beaujolais 2009, et à Pierre David, vigneron à Emeringes, près de Juliénas, pour son admirable beaujolais-villages 2009. Ces deux vainqueurs, ainsi que tous les autres candidats de la finale, prouvent de la bonne tenue de la viticulture beaujolaise, consolidée par un indéniable sursaut qualitatif ces derniers temps, lui-même conforté cette année par la splendeur du millésime 2009.
Le Comité de défense du beaujolais appelle tous les professionnels concernés, journalistes, restaurateurs, sommeliers, cavistes à soutenir son action en faveur de la réhabilitation des vins du Beaujolais.