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C’est un cri de colère, une sorte de clameur qui monte des profondeurs du pays pour exploser comme une bombe sur les écrans de télévision en ce 14 mars 2010. Même si l’on en connaît la signification, même si l’on sait que c’est une rébellion, un coup de gueule citoyen, un poing d’honneur, le chiffre fait mal : 53,65. Le taux d’abstention au premier tour des élections régionales de mars 2010 restera comme une tâche indélébile dans les annales de la vie politique française.
Cynique, méprisant, presque sordide, Nicolas Sarkozy a fait dire à ses sbires envoyés sur les plateaux que cette démobilisation était la faute des présidents socialistes de conseils régionaux ayant démobilisé leurs concitoyens. Un président de la République, surtout quand elle est française, devrait y réfléchir à deux fois avant de lâcher le roquet Lefebvre et le molosse Bertrand sur la foule, car il risque de se la prendre en pleine gueule, façon retour de bâton, sa théorie, dimanche 21 mars.
Rien n’est pire pour un responsable politique que de sombrer dans la dénégation aveugle face à l’évidence de l’échec. Pourtant, ils ont osé. Les Français sanctionneront, un peu plus fort. Tout comme ils ont majoritairement sanctionné cette classe politique, mais aussi ce pouvoir, ces médias, ces communiquants, ces penseurs et ces hableurs qui leur ont refilé le Traité constitutionnel européen sous forme de traité de Lisbonne. Et qui ne cessent de les tromper, en trichant, en mentant, en taisant.
Quelle irresponsabilité, en ce mois de février 2008, de la part des dirigeants de cette nation, et de leurs complices ravis de se venger de l’humiliation du 29 mai 2005, que de croire que le contournement du référendum par la voie parlementaire resterait sans conséquences pour notre démocratie. Il y avait déjà eu les élections européennes, en juin 2009, avec 60% d’abstention, mais ce taux étant habituel pour ce scrutin, l’exemple n’était pas probant. Cette fois ci, il l’est. Et tous ceux qui se sont détournés des urnes dimanche 14 mars n’hésitent pas à l’avouer, à l’expliquer, pour ne pas dire, à le revendiquer.
Sociologiquement, c’est une catastrophe. Politiquement, un cauchemar. Car si, sur l’instant, on se rassure de cette capacité d’indignation de l’électorat, de cette forme de réactivité populaire, cette grève des urnes, car ce n’est pas autre chose, peut se transformer demain en fléau contre la démocratie. Tout d’abord en truquant la réalité politique du pays et en distribuant des cartes à ceux qui ne devraient pas en avoir autant. Mais le jeu du suffrage universel est ainsi fait qu’il tire aussi sa légitimité de ses propres limites, de ses propres vices. Alain Finckelkraut l’a ainsi formulé : « Sans éducation, le suffrage universel peut devenir la tyrannie des imbéciles ». Certes, mais le déserter, c’est prendre le risque d’offrir le pouvoir aux salauds.
Ne nous voilons pas la face, la « droite moderne », pas celle, franco conservatrice et catholique, de Barrès, de Tardieu, de Pinay ou de De Gaulle, mais celle qui prend ses ordres chez Microsoft, chez Veolia, chez Total, chez Unilever, mais aussi chez Procter-&-Gamble et à Wall Street, pour rendre encore plus rentables les profits industriels de la grande finance mondialisée, et qui a ses entrées aujourd’hui à l’Elysée-Matignon, se prévaudra un jour de cette désaffection du citoyen envers l’acte électoral pour le réduire, petit à petit, lentement, sournoisement, à un suffrage épisodique et aléatoire dont ne découlera plus le pouvoir réel. Les citoyens continueront à voter, certes, mais pour des institutions secondaires aux compétences limitées. Les vraies décisions, elles, se prendront, au secret, lors de conseils d’organismes autoproclamés et validés par une technocratie de commission.
A ce rythme-là, on y va tout droit. Avec la complicité bienveillante d’une classe médiatique qui trouve quand même que le peuple, c’est nul ! Il fallait les lire et les entendre au lendemain du 29 mai 2005…
La stratégie est simple : on dégoûte le citoyen de la vie politique, on le dissuade de voter en lui montrant que cela ne sert à rien, et, une fois bien démotivé et démobilisé, on s’en passe, en lui donnant l’illusion qu’il continue à décider par quelques effets médiatiques bien conçus. « Ce n’est pas nous qui avons tué le suffrage universel, c’est le peuple qui n’en veut plus » expliqueront-ils un jour. On repasse un coup d’éponge là-dessus avec le soutien de la télévision et le tour est joué.
Lorsque Patrick Le Lay, ancien pdg de TF1, se vante de « Mettre du temps de cerveau à disposition de Coca Cola » il oublie de dire que sa logique, transposée au niveau d’une logique politique similaire, peut augmenter le temps de cerveau indisponible à la réflexion citoyenne. C’est peut-être ce qui est entrain de se produire. Gavé de télé réalité, saturé de séries américaines, boulimique d’émissions flattant l’instinct par le bas, assisté mentalement par des programmes faisant de moins en moins appel au libre arbitre et à la réflexion critique, atrophié par un discours publicitaire le persuadant que son destin est au bout du rayonnage de l’hypermarché, le téléspectateur tue l’électeur.
Tel est le scénario catastrophe auquel notre société, pour ne pas dire notre civilisation, pourrait être bientôt confrontée. Tout est en place pour que cet enfer devienne réalité. Mais il est des forces dans ce pays qui peuvent encore donner. Des énergies qui attendent le jour du sursaut pour arrêter le massacre. Elles sont inscrites dans l’histoire même de cette République. Ce qui s’est passé dimanche incite à poser le problème en ces termes. Les « pue la France » auront-ils le dernier mot sur les Barrosiens de Bruxelles ? Citoyens, à vos bulletins !
Cynique, méprisant, presque sordide, Nicolas Sarkozy a fait dire à ses sbires envoyés sur les plateaux que cette démobilisation était la faute des présidents socialistes de conseils régionaux ayant démobilisé leurs concitoyens. Un président de la République, surtout quand elle est française, devrait y réfléchir à deux fois avant de lâcher le roquet Lefebvre et le molosse Bertrand sur la foule, car il risque de se la prendre en pleine gueule, façon retour de bâton, sa théorie, dimanche 21 mars.
Rien n’est pire pour un responsable politique que de sombrer dans la dénégation aveugle face à l’évidence de l’échec. Pourtant, ils ont osé. Les Français sanctionneront, un peu plus fort. Tout comme ils ont majoritairement sanctionné cette classe politique, mais aussi ce pouvoir, ces médias, ces communiquants, ces penseurs et ces hableurs qui leur ont refilé le Traité constitutionnel européen sous forme de traité de Lisbonne. Et qui ne cessent de les tromper, en trichant, en mentant, en taisant.
Quelle irresponsabilité, en ce mois de février 2008, de la part des dirigeants de cette nation, et de leurs complices ravis de se venger de l’humiliation du 29 mai 2005, que de croire que le contournement du référendum par la voie parlementaire resterait sans conséquences pour notre démocratie. Il y avait déjà eu les élections européennes, en juin 2009, avec 60% d’abstention, mais ce taux étant habituel pour ce scrutin, l’exemple n’était pas probant. Cette fois ci, il l’est. Et tous ceux qui se sont détournés des urnes dimanche 14 mars n’hésitent pas à l’avouer, à l’expliquer, pour ne pas dire, à le revendiquer.
Sociologiquement, c’est une catastrophe. Politiquement, un cauchemar. Car si, sur l’instant, on se rassure de cette capacité d’indignation de l’électorat, de cette forme de réactivité populaire, cette grève des urnes, car ce n’est pas autre chose, peut se transformer demain en fléau contre la démocratie. Tout d’abord en truquant la réalité politique du pays et en distribuant des cartes à ceux qui ne devraient pas en avoir autant. Mais le jeu du suffrage universel est ainsi fait qu’il tire aussi sa légitimité de ses propres limites, de ses propres vices. Alain Finckelkraut l’a ainsi formulé : « Sans éducation, le suffrage universel peut devenir la tyrannie des imbéciles ». Certes, mais le déserter, c’est prendre le risque d’offrir le pouvoir aux salauds.
Ne nous voilons pas la face, la « droite moderne », pas celle, franco conservatrice et catholique, de Barrès, de Tardieu, de Pinay ou de De Gaulle, mais celle qui prend ses ordres chez Microsoft, chez Veolia, chez Total, chez Unilever, mais aussi chez Procter-&-Gamble et à Wall Street, pour rendre encore plus rentables les profits industriels de la grande finance mondialisée, et qui a ses entrées aujourd’hui à l’Elysée-Matignon, se prévaudra un jour de cette désaffection du citoyen envers l’acte électoral pour le réduire, petit à petit, lentement, sournoisement, à un suffrage épisodique et aléatoire dont ne découlera plus le pouvoir réel. Les citoyens continueront à voter, certes, mais pour des institutions secondaires aux compétences limitées. Les vraies décisions, elles, se prendront, au secret, lors de conseils d’organismes autoproclamés et validés par une technocratie de commission.
A ce rythme-là, on y va tout droit. Avec la complicité bienveillante d’une classe médiatique qui trouve quand même que le peuple, c’est nul ! Il fallait les lire et les entendre au lendemain du 29 mai 2005…
La stratégie est simple : on dégoûte le citoyen de la vie politique, on le dissuade de voter en lui montrant que cela ne sert à rien, et, une fois bien démotivé et démobilisé, on s’en passe, en lui donnant l’illusion qu’il continue à décider par quelques effets médiatiques bien conçus. « Ce n’est pas nous qui avons tué le suffrage universel, c’est le peuple qui n’en veut plus » expliqueront-ils un jour. On repasse un coup d’éponge là-dessus avec le soutien de la télévision et le tour est joué.
Lorsque Patrick Le Lay, ancien pdg de TF1, se vante de « Mettre du temps de cerveau à disposition de Coca Cola » il oublie de dire que sa logique, transposée au niveau d’une logique politique similaire, peut augmenter le temps de cerveau indisponible à la réflexion citoyenne. C’est peut-être ce qui est entrain de se produire. Gavé de télé réalité, saturé de séries américaines, boulimique d’émissions flattant l’instinct par le bas, assisté mentalement par des programmes faisant de moins en moins appel au libre arbitre et à la réflexion critique, atrophié par un discours publicitaire le persuadant que son destin est au bout du rayonnage de l’hypermarché, le téléspectateur tue l’électeur.
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