Un peu de pédagogie
Qui croit ici qu’un particulier, une entreprise, un Etat peuvent impunément accumuler des dépenses beaucoup plus importantes que leurs recettes et se tirer d’affaire simplement en empruntant des sommes de plus en plus considérables.
Qui le croit ?
Des déficits doivent se combler pour éviter la faillite. Ce qui signifierait en particulier la panne des services publics puisqu’il n’y aurait plus d’argent pour les faire fonctionner et payer les fonctionnaires. Or, pour combler un déficit il faut emprunter. Et plus vous empruntez, plus vous êtes entre les mains des prêteurs, c’est-à-dire des marchés. Vous perdez votre indépendance. Ce sont les marchés qui dictent votre politique. D’autant que vous devez rembourser évidemment plus, intérêts obligent, que ce vous avez emprunté et que si vous rechignez à rembourser, alors les taux d’intérêts sont encore plus élevés. Aujourd’hui, chaque année nous remboursons environ 90 milliards d’euros.
C’est-à-dire l’équivalent du déficit qu’il nous faut absolument combler en trois ans. De cette somme Français sont privés au seul profit des créanciers. Nous travaillons, en quelque sorte, au profit des spéculateurs, des Emirats du Golfe et du gouvernement chinois.
La question n’est donc pas : faut-il réduire les déficits publics ou pas, faut-il se désendetter ou pas, mais comment on s’y prend ?
Convient-il en priorité réduire les dépenses et d’ augmenter les recettes ? Si on réduit les dépenses, lesquelles ? Si on cherche à augmenter les recettes, comment fait-on ?
Si des économies sont à réaliser, dans quel secteur ? Si des sacrifices sont à consentir, qui doit les consentir ?
Ce sont les réponses à ces questions qui dessinent des politiques radicalement différentes.
Donc affirmer que, face à la question des déficits et de la dette, il n’y a qu’une seule politique possible - celle évidemment que propose le pouvoir en place, qu’imposent les décideurs et que préconise Le Figaro - est un pur mensonge.
On peut effectivement baisser les salaires des fonctionnaires de 5% ou plus comme on vient de le décider en Espagne ou en Grèce au risque de voir la consommation des ménages tomber à pic. Mais, en ce qui concerne la France, la suppression des niches fiscales, iniques en soi, rapporterait dix fois plus. Il s’agit donc bien d’un choix politique, et même philosophique.
Oui, une politique de rigueur est absolument nécessaire. Par définition. (Qui peut défendre, dans quelque domaine que ce soit, fût-ce en sciences ou en histoire, une approche non rigoureuse ?). Cela signifie qu’il faut s’attaquer systématiquement aux gâchis, aux gaspillages, aux coulages, aux détournements, mais aussi à certaines dépenses inutiles voire perverses (une certaine forme d’assistanat passif peut, par exemple, asphyxier l’innovation et la créativité).
Quelques exemples : forcer l’Armée à acheter des Rafale dont elle n’a pas besoin parce que aucun pays n’en veut, c’est un gâchis. Dépenser des millions en propagande gouvernementale dans les médias est absolument inutile puisque ça ne convainc absolument personne. On pourrait faire une liste impressionnante des festivités, cocktails, réceptions, banquets, transport en avion de journalistes, de personnalités et d’industriels qui représentent autant d’argent jeté par les fenêtres. (Dans ce domaine Dieu sait que j’en ai vu !). Une grande partie des aides publiques à l’exportation d’entreprises privées, très coûteuses, profite à celles qui en ont le moins besoin. Le non paiement de cotisations sociales par certaines entreprises privées représente des milliards. Et pourquoi par exemple ces tarifs postaux préférentiels consentis à des journaux qui sont des catalogues de pub.
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Une politique de rigueur qui provoquerait une réduction des investissements et une baisse du pouvoir d’achat aurait effectivement un effet récessionniste. En période de très faible croissance, comme aujourd’hui, ce serait folie. Mais récupérer 25 milliards sur les niches sociales (baisse de charges) accordées aux grandes entreprises pour faire passer les 35 heures, n’aurait aucun effet récessionniste.
Ne plus mobiliser 300 policiers et gendarmes chaque fois que le Président de la République passe quelque part en coup de vent, ou deux Airbus plus un hélicoptère pour chaque saut de puce présidentiel, supprimer des subventions accordées à des milliers voire des dizaines de milliers d’associations du genre « Amis de l’Opéra du XVIIIè », de « Sainte Clotilde » ou du « Cheval », « Mémoires Napoléoniennes », « Ligue pour la promotion de la langue sumérienne » ou pour « La défense du haricot béarnais », mais aussi dissoudre des organismes publics qui n’ont plus aucune utilité ou sont redondants, et même des ministères qui ne servent plus qu’à distribuer des strapontins, n’aurait aucun effet récessionniste. Le Crédit d’Impôt Recherche coûte par an 5 milliards or, si on en croit pratiquement tous les rapports, il est sans aucun effet. En quoi ne plus verser d’ allocations familiales aux familles les plus riches ou plafonner des dégrèvements d’impôt pour emploi de personnel de maison, ou encore la suppression de l’ineffable niche Copé (coût : 24 milliards en trois ans rappelons-le) aurait-il le moindre effet récessionniste ?
Oui, il y a des mesures courageuses et nécessaires de rigueur qui ne casseraient nullement la croissance.
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Une politique de rigueur ne se traduit-elle que par des économies et des coupes sombres ? Non ! Il y a des dépenses qui coûtent, qui coûtent parfois énormément (ne serait-ce que les intérêts de la dette), certaines utiles (les dépenses publiques ont ainsi augmenté de 3,8% - à 56% du PIB, chiffre record, mais ont contribué à éviter un effondrement de l’économie française en 2009) des dépenses moins utiles, ou inutiles ; mais il y a aussi des dépenses qui génèrent des recettes, et même, à terme, des recettes plus importantes que les coûts. (C’est pourquoi j’étais favorable au principe d’un emprunt, de préférence européen, mais national si nécessaire).
Ainsi, un million de chômeurs en moins, cela signifie autant de rentrées d’impôts en plus, impôt sur le revenu et impôt sur les sociétés qu’il ne faudrait d’ailleurs baisser que si les bénéfices sont réinvestis – et des allocations ou minima sociaux à verser en moins. Ce qui contribuerait largement à rétablir l’équilibre des comptes sociaux. Sans parler d’une obligation faite, en période de crise, aux entreprises du CAC 40 de consacrer la moitié de ce qu’ils versent d’ordinaire en dividendes, jusqu’à 50 milliards d’euros, à l’investissement créateur d’emploi.
En conclusion oui, une rigueur juste qui, sans tailler dans le secteur social, favoriserait le développement, c’est possible.
PS : avant de commenter les propositions de Martine Aubry sur les retraites, je préfère avoir consulté l'intégralit du texte et l'ensemble des propositions.
