La situation économique est plus mauvaise que prévu
Comment éviter le pire ?
On pourrait, pendant des heures, égrener des noms de marques et de lieux : Jacob Delafon, matériel sanitaire en Corrèze, 140 salariés ; couche-culottes SCA dans le Nord, 280 salariés ; lingerie Lejaby dans l’Ain et l’Ardèche, 197 salariés ; boulangerie industriel Panavi dans le Calvados, 97 salariés ; Manitou, matériel de manutention dans le Val d’Oise ; France champignon dans le Maine et Loire ; grues Manitowac en Saône et Loire ; disjoncteurs Gardy en Seine Maritime, 96 salariés… ce sont quelques-unes des entreprises qui vont fermer et donc licencier leur personnel dans les jours qui viennent, une fois les élections passées.
Les statistiques indicatives les plus récentes confirment cette relative dégradation : la consommation flageole, les perspectives à l’exportation (carnets de commande) se dégradent, on note un sensible ralentissement dans le secteur des services, et cette locomotive que constitue pour nous l’économie allemande s’essouffle. Résultat ? La croissance française se limiterait à 0,3 % au premier trimestre et à 0,2 % au second, elle pourrait même, sur l’année, ne pas dépasser 1 %, 1,7 % au mieux, alors que les prévisions budgétaires tablaient sur 2,5 %.
Ce qui signifie que toutes les anticipations concernant la réduction des déficits et de la dette sont à revoir. Même à 2,5 % de croissance un retour à un déficit public de 3 %, en trois ou même quatre ans, n’était absolument pas crédible, surtout sans augmentation d’impôts ni politique de rigueur, comme ne cesse de le promettre le gouvernement. Avec 1 ou 1,5 % de croissance, c’est pour le coup totalement impossible. Mécaniquement, compte tenu de la baisse des recettes que cela implique, cela signifie même que le déficit budgétaire, alourdi des déficits des comptes sociaux et des collectivités locales, pourrait dépasser, dans deux ans, les 9 ou 10 % de PIB et la dette représenter plus que les 100 % de PIB redouté.
D’autant que toute hausse du chômage pèsera triplement sur les recettes de l’Etat : baisse des rentrées d’impôt, augmentation du coût de minima sociaux et affaissement de la consommation.
Les Français à tous les niveaux ressentent d’ailleurs cette dégradation économique et sociale : 29 % seulement des personnes interrogées, selon un sondage BVA pour La Tribune, se déclarent plutôt confiantes dans l’avenir contre 69 % de pessimistes. 70 % des sondés, dont 53 % d’électeurs de droite, ne croient pas que le président Sarkozy réussira à réduire les déficits et la dette.
Il est vrai que si 49 % des Français se disent favorables à une réduction des dépenses (mais pas nécessairement des leurs) et 9 % à une hausse des impôts, 49 % refusent les deux solutions.
De toute façon, si les perspectives de croissance restent molles, il devient très dangereux de prendre des mesures d’extrême rigueur qui risqueraient de la casser complètement, voire de réenclencher un processus de récession (c’est ce qui est en train de se passer en Grèce). La tentation sera grande, au contraire, avant l’élection présidentielle, de redonner un coup d’accélération à la relance. Au risque, évidemment, d’une aggravation de la situation financière qui pourrait provoquer une dégradation de notre pays par les agences de notation comme cela vient de se passer pour le Portugal.
Ces contre-performances qui viennent doucher l’optimisme officiel (notre politique économique a sorti la France de la crise, nous faisons mieux que les autres), interviennent, en outre, notons-le, dans un contexte de défiance maximale à l’égard du pouvoir exécutif. (A cet égard, la farce de la rumeur et des dysfonctionnements qu’elle a révélés n’a pas arrangé les choses).
Face à une telle conjoncture, la gauche préconisera, évidemment, une politique de soutien renforcé à l’économie et des mesures sociales susceptibles de doper la consommation.
Mais si, en 2012, le PS gagne les législatives (et le plus probable est qu’il les gagnera, même, d’ailleurs, s’il doit perdre l’élection présidentielle), il se retrouvera dans une situation assez proche de celle de la gauche grecque qui, héritière d’un désastre financier longtemps dissimulé par la manipulation et le trucage, doit assumer une politique d’extrême austérité qui retourne peu à peu contre elle les catégories sociales qui l’ont portée au pouvoir. Comment réagiront les Français quand on devra leur dire toute la vérité ou que, d’eux-mêmes, ils la découvriront ? Quant apparaîtra toute la nocivité d’une gouvernance qui consista à privilégier l’enfumage au détriment de la pédagogie du parler vrai.
Question grave : une extrême droite qui, avec Marine Le Pen, radicalise son discours social et anti-libéral (ce qui avait si bien réussi au parti mussolinien en Italien dans les années 20), ne sera-t-elle pas en position de tirer les marrons du feu ?
C’est ici que nous retrouvons la problématique qui devrait nous fédérer sur ce forum : la nécessité impérative d’ouvrir des perspectives capables de métamorphoser les rages, les dégoûts et les désespérances en un puissant mouvement d’aspiration constructive à une alternative.
Demain, il ne s’agira pas simplement de réparer, de corriger à la marge. Il faudra reconstruire. Sur de nouvelles bases. Restaurer une véritable République, rétablir une authentique démocratie et, surtout, élaborer, en dépassant certains clivages obsolètes (car le renouveau qui s’impose implique de mobiliser au moins 60 % de la population), un nouveau modèle de vivre ensemble.
Un modèle qui nécessite, répétons-le, de centraliser l’être (individuel et collectif), au détriment du pouvoir et de l’avoir, ou plutôt de mettre l’avoir et le pouvoir au service de l’être et des êtres.
« Nous sommes en 1789 » aimait à répéter Mendès-France, un peu avant la chute de la IVè République.
Bouclier fiscal
On ne touchera pas au bouclier fiscal. Sarkozy l’a exigé.
Mais, on fera éventuellement payer aux plus riches une taxe spécifique dans le cadre du renflouement des régimes de retraite.
Autrement dit, pour ménager l’amour-propre du chef de l’Etat, on conservera le bouclier fiscal, mais on en abolira la nocivité en faisant en sorte qu’il ne s’applique pas.
Qu’est-ce qu’une politique dont l’élément clé est constitué par l’amour-propre du président ?
Comment éviter le pire ?
On pourrait, pendant des heures, égrener des noms de marques et de lieux : Jacob Delafon, matériel sanitaire en Corrèze, 140 salariés ; couche-culottes SCA dans le Nord, 280 salariés ; lingerie Lejaby dans l’Ain et l’Ardèche, 197 salariés ; boulangerie industriel Panavi dans le Calvados, 97 salariés ; Manitou, matériel de manutention dans le Val d’Oise ; France champignon dans le Maine et Loire ; grues Manitowac en Saône et Loire ; disjoncteurs Gardy en Seine Maritime, 96 salariés… ce sont quelques-unes des entreprises qui vont fermer et donc licencier leur personnel dans les jours qui viennent, une fois les élections passées.
Les statistiques indicatives les plus récentes confirment cette relative dégradation : la consommation flageole, les perspectives à l’exportation (carnets de commande) se dégradent, on note un sensible ralentissement dans le secteur des services, et cette locomotive que constitue pour nous l’économie allemande s’essouffle. Résultat ? La croissance française se limiterait à 0,3 % au premier trimestre et à 0,2 % au second, elle pourrait même, sur l’année, ne pas dépasser 1 %, 1,7 % au mieux, alors que les prévisions budgétaires tablaient sur 2,5 %.
Ce qui signifie que toutes les anticipations concernant la réduction des déficits et de la dette sont à revoir. Même à 2,5 % de croissance un retour à un déficit public de 3 %, en trois ou même quatre ans, n’était absolument pas crédible, surtout sans augmentation d’impôts ni politique de rigueur, comme ne cesse de le promettre le gouvernement. Avec 1 ou 1,5 % de croissance, c’est pour le coup totalement impossible. Mécaniquement, compte tenu de la baisse des recettes que cela implique, cela signifie même que le déficit budgétaire, alourdi des déficits des comptes sociaux et des collectivités locales, pourrait dépasser, dans deux ans, les 9 ou 10 % de PIB et la dette représenter plus que les 100 % de PIB redouté.
D’autant que toute hausse du chômage pèsera triplement sur les recettes de l’Etat : baisse des rentrées d’impôt, augmentation du coût de minima sociaux et affaissement de la consommation.
Les Français à tous les niveaux ressentent d’ailleurs cette dégradation économique et sociale : 29 % seulement des personnes interrogées, selon un sondage BVA pour La Tribune, se déclarent plutôt confiantes dans l’avenir contre 69 % de pessimistes. 70 % des sondés, dont 53 % d’électeurs de droite, ne croient pas que le président Sarkozy réussira à réduire les déficits et la dette.
Il est vrai que si 49 % des Français se disent favorables à une réduction des dépenses (mais pas nécessairement des leurs) et 9 % à une hausse des impôts, 49 % refusent les deux solutions.
De toute façon, si les perspectives de croissance restent molles, il devient très dangereux de prendre des mesures d’extrême rigueur qui risqueraient de la casser complètement, voire de réenclencher un processus de récession (c’est ce qui est en train de se passer en Grèce). La tentation sera grande, au contraire, avant l’élection présidentielle, de redonner un coup d’accélération à la relance. Au risque, évidemment, d’une aggravation de la situation financière qui pourrait provoquer une dégradation de notre pays par les agences de notation comme cela vient de se passer pour le Portugal.
Ces contre-performances qui viennent doucher l’optimisme officiel (notre politique économique a sorti la France de la crise, nous faisons mieux que les autres), interviennent, en outre, notons-le, dans un contexte de défiance maximale à l’égard du pouvoir exécutif. (A cet égard, la farce de la rumeur et des dysfonctionnements qu’elle a révélés n’a pas arrangé les choses).
Face à une telle conjoncture, la gauche préconisera, évidemment, une politique de soutien renforcé à l’économie et des mesures sociales susceptibles de doper la consommation.
Mais si, en 2012, le PS gagne les législatives (et le plus probable est qu’il les gagnera, même, d’ailleurs, s’il doit perdre l’élection présidentielle), il se retrouvera dans une situation assez proche de celle de la gauche grecque qui, héritière d’un désastre financier longtemps dissimulé par la manipulation et le trucage, doit assumer une politique d’extrême austérité qui retourne peu à peu contre elle les catégories sociales qui l’ont portée au pouvoir. Comment réagiront les Français quand on devra leur dire toute la vérité ou que, d’eux-mêmes, ils la découvriront ? Quant apparaîtra toute la nocivité d’une gouvernance qui consista à privilégier l’enfumage au détriment de la pédagogie du parler vrai.
Question grave : une extrême droite qui, avec Marine Le Pen, radicalise son discours social et anti-libéral (ce qui avait si bien réussi au parti mussolinien en Italien dans les années 20), ne sera-t-elle pas en position de tirer les marrons du feu ?
C’est ici que nous retrouvons la problématique qui devrait nous fédérer sur ce forum : la nécessité impérative d’ouvrir des perspectives capables de métamorphoser les rages, les dégoûts et les désespérances en un puissant mouvement d’aspiration constructive à une alternative.
Demain, il ne s’agira pas simplement de réparer, de corriger à la marge. Il faudra reconstruire. Sur de nouvelles bases. Restaurer une véritable République, rétablir une authentique démocratie et, surtout, élaborer, en dépassant certains clivages obsolètes (car le renouveau qui s’impose implique de mobiliser au moins 60 % de la population), un nouveau modèle de vivre ensemble.
Un modèle qui nécessite, répétons-le, de centraliser l’être (individuel et collectif), au détriment du pouvoir et de l’avoir, ou plutôt de mettre l’avoir et le pouvoir au service de l’être et des êtres.
« Nous sommes en 1789 » aimait à répéter Mendès-France, un peu avant la chute de la IVè République.
Bouclier fiscal
On ne touchera pas au bouclier fiscal. Sarkozy l’a exigé.
Mais, on fera éventuellement payer aux plus riches une taxe spécifique dans le cadre du renflouement des régimes de retraite.
Autrement dit, pour ménager l’amour-propre du chef de l’Etat, on conservera le bouclier fiscal, mais on en abolira la nocivité en faisant en sorte qu’il ne s’applique pas.
Qu’est-ce qu’une politique dont l’élément clé est constitué par l’amour-propre du président ?
