Renault cède ce qu’il faut pour avoir la paix


Rédigé par Hervé Nathan le Samedi 16 Janvier 2010 à 20:47 | 5 commentaire(s)


L'usine de Renault-Flins (Lait'beu)
L'usine de Renault-Flins (Lait'beu)
Convoqué par Nicolas Sarkozy à l’Elysée, Carlos Ghosn annonce que La Clio IV sera en partie fabriquée dans l’usine de Flins (Yvelines). Fin d’un bras de fer avec l’Etat mais l’épreuve sociale est déjà programmée.

Le sarkozysme martial a encore quelques beaux restes. L 'épisode  dit de la Clio IV le prouve. Convoqué  à grand renfort de tapage médiatique, Carlos Ghosn, président de Renault-Nissan a dû faire les concessions exigées par le président de la république. Un communiqué de l’Elysée a immédiatement fait part de la victoire du « volontarisme économique », dogme estampillé NS, sur les calculs froids des grands groupes :
« M. Carlos GHOSN a indiqué au chef de l’Etat que Renault maintiendra l’emploi et l’activité du site et y continuera la production de véhicules à combustion tout en développant la production de véhicules électriques. Elle poursuivra donc sur le site de Flins la production des modèles actuels de Renault Clio et y implantera une partie de la production de la Clio 4. »
Alleluia, l’emploi est sauvegardé à Flins et rentrez chez vous bonnes gens, le président veille sur vous !

En fait l’alerte a été chaude à Bercy et à L’Elysée. C’est par la presse que les pouvoirs publics ont appris le scénario à l’étude chez Renault : « on construit la voiture électrique à Flins, et pendant ce temps la Clio va en Turquie, et si l’électrique plante, on fermera Flins , Tout le risque était pour l’Etat qui en plus finance largement la filière électrique. » explique l’entourage présidentiel .

Sarkozy a donc obtenu ce qu’il avait analysé comme possible : non pas la rapatriement de toute la production Clio à Flins, mais un volume du même type qu’actuellement, c’est à dire environ 125000 véhicules par an, contre 175000 à Bursa (Turquie). Il n’a pas demandé, ni obtenu, un engagement pour le lancement du modèle en France, qui aurait représenté la meilleure assurance quant aux emplois.
Reste à tirer quelques leçons de l’épisode : A l’Elysée on se demande ainsi ce que fichent les deux administrateurs qui siègent au nom de l’Etat au conseil de Renault : « Ils ne nous ont pas prévenus. C’est un sujet qu’il va falloir regarder ».

Ce qui est aussi surprenant, c’est la surprise des pouvoirs publics. Que les administrateurs de l’Etat soient passifs est de notoriété publique.  Mais il y a plus : depuis un an, Carlos Ghosn prévenait le gouvernement de ses intentions. Lors de  états généraux de l’automobile en début d’année 2010, il n’avait cessé d’agiter le problème de la différence de coûts entre la France et la Turquie. Déjà le service de presse de Renault mettait en évidence les différentes composantes (rappelées avec force par notre confrère du Monde dans son plaidoyer pro-Renault) de la compétitivité fiscale et sociale turque. Déjà le chiffre de 1400 euros par véhicule était agité comme un épouvantail.  Le gouvernement, à l’époque, avait donné raison à Ghosn, et hâté la réforme de la taxe professionnelle, qui représente un coût annuel de 300 millions d’euros pour Renault France. Renault a empoché la réduction de taxes, mais n’a rien changé à ses plans de redéploiement vers les zones à faibles coûts de main d’œuvre.

Selon Fabien Gache délégué central CGT, l’ex-Régie, devenu groupe multinational  fait le même chantage de l’autre côté des Pyrénées. : « Renault demande aux Régions espagnoles où sont implantées les usines de prendre à leur compte le surcoût annoncé par Renault » . La CGT appréhende désormais  la négociation d’un accord cadre en France du même type que celui accepté par les syndicats espagnols : stabilité des salaires pour 3 ans, réductions d’effectifs, allongement du temps de travail et souplesse accrue. D’où l’on peut conclure : lee gouvernement a certes barré la route à une délocalisation annoncée de la Clio IV. Mais il ne dit rien du coût social que les ouvriers devront supporter.


PS : Après avoir critiqué notre confrère du Monde, je propose la médaille de la pensée unique à l’économiste  Elie Cohen pour son interview au Parisien de ce samedi,  d’où il ressort que le « patriotisme économique » est un bien vilain mot. Si l’on veut lire quelque chose de sensé et équilibré, je conseille  où mes confrères  Alain-Gabriel Verdevoye et Odile Esposito relatent comment Toyota produit en France, à Valenciennes, des petites voitures encore moins chères que la Clio…




A propos de l'auteur

Hervé Nathan

Hervé Nathan
Journaliste, 56 ans. Je suis actuellement rédacteur en chef économie et social à Marianne, après avoir appartenu successivement à La Tribune et à Libération. J’ai écrit, en commun avec mon ami Nicolas Prissette du Journal du Dimanche, un livre intitulé “Les bobards économiques”,chez Hachette Littérature.


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