A partir de 5,99 € abonnez-vous à Marianne Numérique
L’ UMP est prise depuis quelques temps d’un nouveau prurit : l’imitation des méthodes et des politiques économiques de notre grand voisin. Sur le chemin de la rigueur à la mode germaine, on rencontre Copé, Accoyer, et même Sarkozy…
En France une fraction de la population est souvent sensible au charme de nos voisins. En Gaule, c’était la tribu des Eduens qui admiraient (et servaient) la Rome conquérante de César. Sous Charles VI, le parti bourguignon était pro-anglais. Aux 18è et 19è siècles, il y eût le « parti romain » ou ultra-montain, puis celui de Berlin, les collabos, puis les « moscoutaires », etc...
Aujourd’hui, en ces temps de crise économique, nous assistons à la naissance d’un « parti de l’Allemagne » au sein d même de la majorité présidentielle. Rien à voir avec les « collabos » de1940-44, évidemment. Le « parti de l’Allemagne est composé d’élus ou de responsables qui considèrent que la France doit aligner sa politique économique sur celle de son puissant voisin. Le parti en question est évidemment informel. Mais s’il fallait lui désigner un chef, ce serait sans conteste Jean-François Copé.
Le président du groupe UMP ne perd pas une chance de proclamer sa préférence. Devant les clubs Génération France (en fait « Génération Copé », en vue de l’Elysée en 2017), le maire de Meaux déclare volontiers : « je suis admiratif de ce que fait l’Allemagne ». Jeudi soir sur France 2, c’est plus clair encore : « je le dis tout net : il faut coller à l’Allemagne ». Ce qui signifie appliquer en France les mêmes mesures que celle qu’Angela Merkel administre outre-Rhin : réduction des dépenses de l’Etat, réduction de la protection sociale, réformes libérales, etc…
Jean-François n’est pas seul à prôner une politique de déflation dans le but de désendetter le pays tout en favorisant son le potentiel exportateur (résumé de la stratégie allemande). D’autres personnalités et non des moindres veulent à toute force montrer leur détermination à faire comme le cousin germain. Nicolas Sarkozy a fini par signer une lettre commune avec Angela Merkel demandant l’interdiction dans l’Union européenne des ventes à découvert à nue et des CDS sur les emprunts d’Etat. Il ya encore quinze jour Christine Lagarde et Jean-Pierre Jouyet (président de l’AMF, ex-secrétaire d’Etat aux affaires européennes) trouvaient l’idée ridicule et néfaste. Le président de l’Assemblée nationale, le cher Bernard Accoyer, de son côté,organise une petite sauterie avec son homologue du Bundestag, Norbert Lammert, histoire de montrer l’identité de vue entre les deux Parlements. Pour complaire aux Allemands, le président Accoyer est même prêt à abdiquer une partie du pouvoir de l’Assemblée nationale en permettant à la Commission européenne de censurer le projet de budget de la France avant même que le Parlement tricolore l’ait voté. Et puis il y a les inflexions de vocabulaire : à Berlin le 29 mai, le diplomate Accoyer a évoqué la nécessité d’une « gouvernance économique européenne », terme qui passe mieux à Berlin où le terme plus français, et plous signifiant, de « gouvernement économique » est banni. Car les Allemands, eux, à la différence de certains hommes politiques français, ne veulent pas lâcher de pouvoir sur leur économie. Pas si bêtes !
Pour autant il serait faux de croire que Copé, Accoyer, ou encore François Fillon (qui est sur la même ligne) se sont convertis au germanisme économique par un miracle. Simplement la droite française (et peut-être la gauche, mais elle ne gouverne pas), est à court d’idée. Alors elle va à la pêche. Avant 2007, Jacques Chirac et Dominique de Villepin ne juraient (déjà) que par l’Allemagne de Gehrard Schröder. Il y eut même une période où Paris copiait systématiquement les dispositifs fiscaux allemands : même taux d’imposition sur les hauts revenus, sur les sociétés, etc… Alors à Bercy, Nicolas Sarkozy déclarait haut et fort : « je préfère les recettes de mon ami Gordon Brown, au moins elles marchent. »
En 2010, un cancer tenaille la droite française : le « spread de taux », c’est-à-dire le différentiel de taux d’intérêt sur le dette publique. Bercy veut que la France colle au plus proche de l’Allemagne. Mais ce sont les « marchés » qui décident. Et en ce moment il s se méfient de la dette française. Ils exigent pour les emprunts français à 10 ans 0,5% de plus que pour les mêmes emprunts allemands. C’est beaucoup quoique pas exceptionnel. Mais cela électrise les politiques et les inspecteurs des finances. Ils savent qu’en cas de spéculation sur la dette, la bouée de sauvetage unique ce sera l’Allemagne, comme en 1992 et 1993, quand la Bundesbank avait prêté des masses de dollars à la Banque de France pour soutenir le cours du franc.
Alors pour « rassurer « les marchés », en fait des banquiers et des traders, et les amis allemands, les Français vont multiplier les gestes et les déclarations, jurer leurs grands dieux qu’ils feront « tout comme l’Allemagne » : réduire les dépenses, couper dans la sécurité sociale. La réforme des retraites arrive pile à l’heure. Une cérémonie qui a tout de l’exorcisme aura même lieu à l’Assemblée le 29 juin, lors du « débat d’orientation budgétaire », un exercice annuel qui d’ordinaire n’intéresse personne. Pour la première fois, par un vote, l’Assemblée va s’engager à ramener le déficit public en 2013 sous les 3% du PIB. Mais attention, ce vote, organisé en vertu de l’article 50 alinéa 1 de la constitution n’engagera pas la responsabilité du gouvernement. Ce sera donc parole verbale. Mais après tout, l’important, n’est-ce pas que les Allemands y croient…
Le président du groupe UMP ne perd pas une chance de proclamer sa préférence. Devant les clubs Génération France (en fait « Génération Copé », en vue de l’Elysée en 2017), le maire de Meaux déclare volontiers : « je suis admiratif de ce que fait l’Allemagne ». Jeudi soir sur France 2, c’est plus clair encore : « je le dis tout net : il faut coller à l’Allemagne ». Ce qui signifie appliquer en France les mêmes mesures que celle qu’Angela Merkel administre outre-Rhin : réduction des dépenses de l’Etat, réduction de la protection sociale, réformes libérales, etc…
Jean-François n’est pas seul à prôner une politique de déflation dans le but de désendetter le pays tout en favorisant son le potentiel exportateur (résumé de la stratégie allemande). D’autres personnalités et non des moindres veulent à toute force montrer leur détermination à faire comme le cousin germain. Nicolas Sarkozy a fini par signer une lettre commune avec Angela Merkel demandant l’interdiction dans l’Union européenne des ventes à découvert à nue et des CDS sur les emprunts d’Etat. Il ya encore quinze jour Christine Lagarde et Jean-Pierre Jouyet (président de l’AMF, ex-secrétaire d’Etat aux affaires européennes) trouvaient l’idée ridicule et néfaste. Le président de l’Assemblée nationale, le cher Bernard Accoyer, de son côté,organise une petite sauterie avec son homologue du Bundestag, Norbert Lammert, histoire de montrer l’identité de vue entre les deux Parlements. Pour complaire aux Allemands, le président Accoyer est même prêt à abdiquer une partie du pouvoir de l’Assemblée nationale en permettant à la Commission européenne de censurer le projet de budget de la France avant même que le Parlement tricolore l’ait voté. Et puis il y a les inflexions de vocabulaire : à Berlin le 29 mai, le diplomate Accoyer a évoqué la nécessité d’une « gouvernance économique européenne », terme qui passe mieux à Berlin où le terme plus français, et plous signifiant, de « gouvernement économique » est banni. Car les Allemands, eux, à la différence de certains hommes politiques français, ne veulent pas lâcher de pouvoir sur leur économie. Pas si bêtes !
Pour autant il serait faux de croire que Copé, Accoyer, ou encore François Fillon (qui est sur la même ligne) se sont convertis au germanisme économique par un miracle. Simplement la droite française (et peut-être la gauche, mais elle ne gouverne pas), est à court d’idée. Alors elle va à la pêche. Avant 2007, Jacques Chirac et Dominique de Villepin ne juraient (déjà) que par l’Allemagne de Gehrard Schröder. Il y eut même une période où Paris copiait systématiquement les dispositifs fiscaux allemands : même taux d’imposition sur les hauts revenus, sur les sociétés, etc… Alors à Bercy, Nicolas Sarkozy déclarait haut et fort : « je préfère les recettes de mon ami Gordon Brown, au moins elles marchent. »
En 2010, un cancer tenaille la droite française : le « spread de taux », c’est-à-dire le différentiel de taux d’intérêt sur le dette publique. Bercy veut que la France colle au plus proche de l’Allemagne. Mais ce sont les « marchés » qui décident. Et en ce moment il s se méfient de la dette française. Ils exigent pour les emprunts français à 10 ans 0,5% de plus que pour les mêmes emprunts allemands. C’est beaucoup quoique pas exceptionnel. Mais cela électrise les politiques et les inspecteurs des finances. Ils savent qu’en cas de spéculation sur la dette, la bouée de sauvetage unique ce sera l’Allemagne, comme en 1992 et 1993, quand la Bundesbank avait prêté des masses de dollars à la Banque de France pour soutenir le cours du franc.
Alors pour « rassurer « les marchés », en fait des banquiers et des traders, et les amis allemands, les Français vont multiplier les gestes et les déclarations, jurer leurs grands dieux qu’ils feront « tout comme l’Allemagne » : réduire les dépenses, couper dans la sécurité sociale. La réforme des retraites arrive pile à l’heure. Une cérémonie qui a tout de l’exorcisme aura même lieu à l’Assemblée le 29 juin, lors du « débat d’orientation budgétaire », un exercice annuel qui d’ordinaire n’intéresse personne. Pour la première fois, par un vote, l’Assemblée va s’engager à ramener le déficit public en 2013 sous les 3% du PIB. Mais attention, ce vote, organisé en vertu de l’article 50 alinéa 1 de la constitution n’engagera pas la responsabilité du gouvernement. Ce sera donc parole verbale. Mais après tout, l’important, n’est-ce pas que les Allemands y croient…
Profil
Hervé Nathan
Journaliste, 56 ans. Je suis actuellement rédacteur en chef économie et social à Marianne, après avoir appartenu successivement à La Tribune et à Libération. J’ai écrit, en commun avec mon ami Nicolas Prissette du Journal du Dimanche, un livre intitulé “Les bobards économiques”,chez Hachette Littérature.
Dernières notes
Mots-clés
allemagne
banques
baroin
bce
berlusconi
cannes
coppe
crise
dette
dsk
economie
euro
europe
fabius
fillon
finance
fmi
g20
grece
hirsch
hollande
Lagardère
merkel
moody's
niche fiscale
nucleaire
programme
présidentielle 2012
ps
PSA
renault
Renault
rigueur
référendum
sarkozy
strasbourg
tepa
traite
tribune
trichet
© Marianne2, droits de reproduction réservés - Marianne - 32, rue René Boulanger - 75484 Paris cedex 10 - Tel : +33 (0)1 53 72 29 00 - Fax : +33 (0)1 53 72 29 72


