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A plus de 6% par an, la Grèce emprunte désormais au même prix qu’avant son entrée dans la monnaie unique. Les "marchés" se gavent, dans la plus grande indifférence de l’Union européenne.


L’éclatement de l’euro, c’est le scénario catastrophe que ne veulent absolument pas voir les responsables de la Banque centrale européenne. Il est pourtant en train de se dérouler sous nos yeux, avec un terrain d’expérimentation : la Grèce. Depuis que les agences de notation ont « dégradé » la note de la Grèce (ce qui signifie : « si vous achetez des emprunts hellènes, vous prenez un grand risque de ne jamais être remboursé »), Athènes emprunte à des taux d’intérêt de plus en plus élevés. Révélation ce matin dans Les Echos et le Financial Times  : le taux d’intérêt à 10 ans exigé par « les marchés »  atteint 6,179%, contre 3,18% pour le Bund allemand (emprunt fédéral).

Soit le même niveau que celui que devait servir le gouvernement grec avant l’entrée de la Grèce dans l’euro en l’an 200. On dira que c’est une « barre psychologique », mais le fait est là : la Grèce ne bénéficie plus de la « protection de l’euro » pour ce qui est du financement de son déficit (très important, il est vrai). En revanche les Grecs pâtissent de l’euro fort dans les échanges commerciaux, si l’on considère que la principale activité économique est le tourisme !  Alors que fait l’Europe ? Rien. La Commission renvoie vers le FMI et la BCE qui a su élargir ses conditions de prêts  à 1,5% par an aux banques privées jusqu’à accepter n’importe quel titre pourri en garantie, se retranche derrière le traité de Maastricht comme derrière une forteresse : pas question de prêter de l’argent à un Etat membre ! L’Europe veut que les Grecs payent leur gabegie, en payant les marchés rubis sur l’ongle. Et ceux-ci se gavent. Jean Quatremer trouve épatant que les « marchés » se ruent sur la dette grecque. Mais pour une raison simple : à ce prix là, ces emprunts rapportent de l’or aux fonds de pensions et autres spéculateurs mondialisés ! Et ce sont les fonctionnaires et les retraités qui paieront puisqu’ils verront leurs revenus baisser dans les mois et les années qui viennent, comme le promet leur gouvernement de gauche, sous l'exigence de la Commission et du Conseil européens. Ils n’y sont pour rien, maisaprès tout, pourquoi ne sont-ils pas tous banquiers?!

 

 




Rédigé par Hervé Nathan le Mardi 26 Janvier 2010 à 10:01 | Commentaires (23)

Profil
Hervé Nathan
Hervé Nathan
Journaliste, 54 ans. Je suis actuellement rédacteur en chef économie et social à Marianne, après avoir appartenu successivement à La Tribune et à Libération. J’ai écrit, en commun avec mon ami Nicolas Prissette du Journal du Dimanche, un livre intitulé “Les bobards économiques”,chez Hachette Littérature.