La Grèce est bonne poire


Rédigé par Hervé Nathan le Mercredi 21 Avril 2010 à 16:01 | 17 commentaire(s)

Enfin un geste concret : le gouvernement français adopte un projet de loi permettant de prêter 6,3 milliards d’euros. Mais avec un intérêt de 5% l’an, le coup de main va rapporter gros aux Européens et appauvrir les Grecs.



Il aura fallu deux mois pour boucler le plan d’aide européen à la Grèce. Un temps interminable pour le pays endetté. Et c’est le gouvernement français qui a donné le premier vrai signe politique, en présentant au conseil des ministres de ce matin un projet de loi de finances rectificative permettant à la France de prêter jusqu’à 6,3 milliards d’euros au gouvernement du socialiste Georges Papandreou. Cette somme représente la quote-part (20%) de la France à la BCE. Les pays membres de la zone euros devraient prêter au total 30 milliards et le FMI 15 milliards cette année. Dans un premier temps 3,9 milliards d’euros sont mis en autorisation de paiement par Paris, mais ne seront versés à Athènes que si les autres pays membres de la zone euro avancent à leur tour leur participation.


Pour allonger 9 milliards, les Allemands se font toujours tirer l’oreille, la chancelière Angela Merkel craignant d’une part le verdict des urnes lors du prochain vote dans le länder de Rhénanie du Nord-Westphalie, et une éventuelle condamnation de la cour constitutionnelle de Karlsruhe.

Pourtant,  pour les contribuables allemands et français la Grèce pourrait se révéler une bonne affaire, puisqu’elle devrait verser un intérêt de 5% par an environ (contre 7 à 8% sur les marchés, à dix ans). 45 milliards à 5%, cela rapporte 2,25 milliards d’euros d’intérêts par an, et sans risque. La même somme prêtée à 3% l’Allemagne ne produit que 1,44 milliard ! Pour les Français, 6,3 milliards prêtés ramèneront chaque année 315 millions d’euros. Une niche fiscale à l’envers !


Les contribuables grecs vont donc enrichir leurs homologues de l’Union européenne. Loin de sortir la Grèce de l’ornière, ce plan aggrave sa situation, confrontée  à un déficit considérable, et à une récession dramatique, qui lui interdit toute perspective de redressement de ses comptes publics. Enfin, il faudra mesurer dans l’avenir les conséquences de cette première dans l’histoire de la construction européenne : des pays membres, associés dans une union quasi indissoluble, prétendants à un destin commun, se prêtent mutuellement à intérêt. Un précédent qui peut devenir mortel pour l'Europe.
 



Tags : bce, fmi, grece, pret


A propos de l'auteur

Hervé Nathan

Hervé Nathan
Journaliste, 56 ans. Je suis actuellement rédacteur en chef économie et social à Marianne, après avoir appartenu successivement à La Tribune et à Libération. J’ai écrit, en commun avec mon ami Nicolas Prissette du Journal du Dimanche, un livre intitulé “Les bobards économiques”,chez Hachette Littérature.


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