G20, le bilan massacré de Nicolas Sarkozy


Rédigé par Hervé Nathan le Vendredi 4 Novembre 2011 à 16:13 | 25 commentaire(s)

Le G20 de Cannes a fermé ses portes. Lors de sa conférence de presse, le président de la République a présenté des avancées réelles mais partielles, effacées par les échecs sur la croissance et la défense de l'euro.


G20, le bilan massacré de Nicolas Sarkozy
Comme il aurait aimé plastronner, notre président de la République, pouvoir dire à la face du monde ou presque qu’il avait réussi à en changer le cours. Tout était presque prêt pour faire du G20 de Cannes un petit triomphe pour la France, présidente pour un an, et pour son leader. Comme en 2009, lorsque le « volontarisme politique » à la française avait tiré l’Europe de l’ornière de la crise financière.

Les éléments du puzzle composant un tableau digne de la traversé du Pont d’Arcole par le peintre Gros avaient été patiemment rassemblés par les équipes du quai d’Orsay, de Bercy et de l’Elysée.

Et effectivement, le bilan n’est pas nul. Les paradis fiscaux ont été combattus. Pas vaincus, certes, mais quand même. Il n’en reste que onze dont le Vanuatu et autres juridictions aussi exotiques que lilliputiennes. Mais justement, le fait d’afficher une liste est la preuve que le combat continue. La Suisse et le Lichtenstein, sont toujours sous pression, et les accords passés avec l’Allemagne ou le Royaume-Uni ne les préservent pas. La taxe sur les transactions financières va peut-être connaître un début de réalisation avec un groupe de pays pionniers : la France, l’Allemagne, le Brésil, l’Argentine, l’Afrique du Sud, peut-être toute la zone euro, et quelques pays européens, hors Royaume-Uni (encore la taxe existe-t-elle partiellement outre-Manche, la « stamp duty »).  Il y a même dans le communiqué final une allusion au « socle de protection sociale minimale », que tous les pays, y compris la Chine et l’Inde, s’engagent à mettre en place. Pour la première fois, souligne d’ailleurs le chef de l’Etat, il est déclaré que la protection sociale n’est pas un obstacle à la croissance. Il y a aussi des avancées sur le contrôle des marchés, par exemple l’obligation faite au marchés de produits dérivés de passer par des plates-formes de compensation, ce qui permet au moins de savoir ce qui se passe sur ces marchés jusqu’à présent « over the counter »...

Mais Nicolas Sarkozy a beau y mettre du cœur, malgré la fatigue visible sur son visage, affirmer « on n’est plus dans le même monde qu’en 2009 », la réalité de la crise mondiale a rattrapé et dépassé ce président de la République qui voulait prouver que lui, il savait quoi faire.

Le G20 avait à décider d’une stratégie coordonnée de retour à la croissance, face au ralentissement mondial. Il a décidé que chacun ferait ce qu’il pouvait en fonction de sa situation économique. En clair, les pays en déficit devaient faire de la rigueur, les Etats-Unis ce qu’ils veulent, et les Chinois doivent consommer et laisser le yuan remonter face aux autres devises. Et puis c’est tout.

L’autre problème, plus immédiat encore, qui se négociait au G20, était le financement de la défense de la zone euro, dont tout laisse penser qu’elle va bientôt subir un mauvais quart d’heure. Là encore aucune décision n’a été actée. Les Chinois ont fait savoir qu’ils regarderaient éventuellement un investissement dans le FESF lorsqu’on y verra clair. Les autres veulent passer par le FMI. Des solutions techniques seront examinées lors d’un G20 des ministres des finances en février 2013. Soit une éternité au vue des marchés financiers. En attendant, il faudra compter sur les instruments existants : la BCE et le FESF, dont les milliards sont comptés. Pendant quatre mois, la zone euro va devoir vivre dans l’incertitude. Qui viendra acheter en masse la dette italienne dans les semaines à venir ? On ne le sait.

Ces deux échecs du G20 recouvrent la présidence française d’un voile négatif. Comment croire que les changements structurels seront mis en oeuvre si les grandes puissances économiques ne résolvent pas d’abord les problèmes de l’heure ?

A Cannes, Nicolas Sarkozy a terminé sa conférence avec quelques propos philosophiques : « Il ne faut jamais renoncer. Les peuples qui souffrent et qui nous regardent, nous leur devons des réponses. Ces réponses ne sont pas dans le renoncement et la facilité… »  Voilà. Le G20 est terminé. Le Président mondial va redevenir Nicolas Sarkozy.




A propos de l'auteur

Hervé Nathan

Hervé Nathan
Journaliste, 56 ans. Je suis actuellement rédacteur en chef économie et social à Marianne, après avoir appartenu successivement à La Tribune et à Libération. J’ai écrit, en commun avec mon ami Nicolas Prissette du Journal du Dimanche, un livre intitulé “Les bobards économiques”,chez Hachette Littérature.


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