Euro: Un plan parfait... pour le début de la crise


Rédigé par Hervé Nathan le Jeudi 21 Juillet 2011 à 18:52 | 17 commentaire(s)

Chaque sommet européen est une pièce de théâtre qui ne dit pas son nom. Celui de ce jour (21 juillet 2011) n’échappe pas à la règle. Le scénario est classique mais ménage le suspens, les personnages sont hauts en couleurs, les acteurs formidables… Pour un peu on applaudirait. Mais il nous nous manque encore l'épilogue...


 Les crises européennes sont devenu un classique de la mise en scène, digne de l'émission « Au théâtre ce soir » de la grande époque de l’ORTF. Les acteurs sont connus, la scène aussi, le décor quasi éternel.   Le scénario suit celui de la tragédie classique.

Acte I, scène 1 : le récitant campe le drame qui va se jouer. L’Europe est menacée d’un danger mortel. La tempête des marchés menace de tout emporter. Plus personne ne sait quoi faire pour affronter le Sphynx de la spéculation. Personne? Vraiment? Heureusement, le mercredi Hera, la chancelière allemande et Zeus, le président français se rencontrent à Berlin, et passent (dit-on) six heures à mettre au point un plan de sauvetage de la Grèce. Au dessert, ils sont rejoints (scène 2)  par la grand prêtre d'Apollon à  Francfort, histoire de rendre crédible le story telling des « dirigeants-conscients-de-leurs –responsabilités-travaillant-à-sauver le monde ». Satisfaits de leur œuvre, ils vont se coucher (rideau)

 Acte II : Le lendemain, le président du conseil européen, Herman Van Rompuy est mis au courant par « le-couple-franco-allemand » et prié, comme Hermès-le-messager-aux-pieds-ailés, de faire connaître la volonté du Moteur-de-l’Europe, aux autres dieux de l’Olympe (il sont 27 en tout, comme chacun sait).  Van Rompuy s’exécute promptement, met dans la confidence (scène 2) son aide-messager Jean-Claude Juncker président de l’Eurogroupe, le gardien des enfers, Manuel Barroso, (scène 3), Papandreou le grand prêtre d’Athena (scène 4). Enfin,  il convoque le congrès des dieux pour 13 heures (rideau).

 Acte III, le rideau s’ouvre sur l’immeuble Justus Lipsius, siège du conseil européen, où 1000 journalistes du monde entier forment le chœur des pleureuses. Après avoir bu l’ambroisie lors d’un banquet frugal, les 27 dieux ont écouté la Pythie du FMI, puis le prêtre d'Apollon a pris les auspices. Chacun a eu trois minutes chrono pour réciter le « Chant des rameurs » de l’Iliade (du regretté commissaire Homère…). Une fois le tour de table terminé, s'il n'y a pas d'accord, on recommence. La scène 2 peut donc être très longue. Ce jour elle a duré plusieurs heures.

En cas de compromis général, les 27 dieux sortent au grand jour et parlent aux hommes, chacun dans leur langue et par l’intermédiaire du chœur des journalistes. La manne des euros  se répand sur les nécessiteux, la Fortune sourit à nouveau à sa cousine l’Europe. La crise, qui menaçait la communauté est chassée dans les Enfers.  L’euro est sauvé. Rideau ! Applaudissements.

Dans les rôles principaux: Zeus: Nicolas Sarkozy assez mal à l'aise avec un texte compliqué, Hera: Angela Merkel, le grand prêtre d'Apollon à Francfort: Jean-Claude Trichet...la Pythie: Christine Lagarde. Mise en scène: Herman Van Rompuy...

Avis du critique : Pour cette énième représentation, on doit reconnaître que le scénario avait été musclé. Il était plus que temps, car à force de se répéter, les acteurs perdaient toute crédibilité.  Cette fois-ci, la pièce jouée sous nos yeux a produit, semble-t-il, un résultat tangible.

D'après les éléments de l'accord tels qu'ils sont révélés par bribes, la Grèce, le Portugal et l'Irlande devraient voir leurs emprunts modifiés et les mensualités allégées, avec des taux d’intérêts ramenés à 3,5% au lieu de 4,5%. Une maturité de 15 ans, voire davantage, au lieu de 7,5 années. Pour la Grèce seule, les banques, qui échappent à une taxe spéciale,  acceptent de racheter des emprunts grecs ou pourront les échanger contre d’autres titres, avec une décote et/ou une maturité portée à 30 ans. Deux chiffres circulent: 54 milliards d'euros jusqu'en 2014, et 135 milliards d'ici 2030. Il est assez plaisant de voir nos confrères du Figaro employer le mot "aide", pour qualifier des prêts de long terme...!.

L'important est néanmoins que le volume de dettes supportés par les Grecs devrait donc être réduit. Là encore deux chiffres circulent: une réduction de 100 milliards d'euros (sur un total de 35 milliards), ou 12% du PIB, soit 28 milliards. Nuance.

Surtout, les Européens acceptent le principe d’attribuer à Athènes des fonds structurels inemployés à Athènes, pour lui permettre une stratégie d’investissement et pas seulement de coupes dans les dépenses. On évoque même, dans le projet de communiqué, « un plan Marshall » pour la Grèce. Là encore aucun chiffre. Les fonds strcuturels européens disponibles s'élèveraient à environ 50 milliards d'euros.

Plus généralement, la zone euro se doterait enfin d’un instrument, le FESF amélioré, rebaptisé pompeusement par Nicolas Sarkozy "fonds monétaire européen", pour lever de l’argent au profit des pays en difficulté (Grèce, Portugal, Irlande), qui peut aussi intervenir sur le marché secondaire dans le but d'acquérir des emprunts d’Etat à moindre prix et combattre la spéculation, ou doter les banques en difficultés. On s'approche des eurobonds…

Ce plan aurait été parfait au tout début de la crise. Il aurait certainement permis à la Grèce d'affronter ses difficultés économiques et sociales dans une bien meilleure situation.  Il aurait fourni aux pouvoirs européens les instruments pour combattre une spéculation de petite taille.

Mais aujourd'hui personne ne peut penser qu’il serait en mesure de venir à la rescousse de l’Espagne ou de l’Italie, pourtant déjà la cible des "marchés" et des agences de notation. Enfin, ce plan ne prévoit aucune politique européenne de soutien à la croissance en Europe, aucune coordination des politique nationale autre que la réduction des déficits, aucun effort  dans la voie d'investissements coordonnés. Les eurobonds par exemple ne viendront pas financer des grands équipements de la zone euro.

Encore une fois l'Euroland a un train de retard.

Il nous faudra donc probablement assister à d’autres représentations  du « Théâtre de l’Europe ». 


Actualisé à 23h05

 





A propos de l'auteur

Hervé Nathan

Hervé Nathan
Journaliste, 56 ans. Je suis actuellement rédacteur en chef économie et social à Marianne, après avoir appartenu successivement à La Tribune et à Libération. J’ai écrit, en commun avec mon ami Nicolas Prissette du Journal du Dimanche, un livre intitulé “Les bobards économiques”,chez Hachette Littérature.


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