De cette réunion dans la jolie
préfecture de Strasbourg, palais aristocratique du 18e siècle, il n’est rien ressorti de concret, sinon les belles paroles, soi-disant à destination des marchés. Mais les marchés écoutent-ils des banalités du genre : « nous affirmons la détermination des trois premières économies de la zone à soutenir la pérennité de l’euro ». Répondre par l'affirmative serait les prendre pour plus bêtes qu’ils ne sont, hélas, pas vraiment…
En revanche, les trois très courtes interventions des chefs de gouvernements éclairaient très bien sur leurs divergences. Pour résumer : Angela Merkel souhaite renforcer les règles contraignantes en matière de politique économique pour les pays de la zone euro. Elle veut qu'à l’instar des décisions en matière de concurrence, un gouvernement qui bafouerait le pacte de stabilité puisse être traduit devant la cour de justice de Luxembourg. Elle a regretté à nouveau que l’Allemagne, sous le gouvernement de Gerhard Schroeder, n’ait pas respecté le pacte et ait , avec la France (dont le ministre des Finances s'appelait Nicolas Sarkozy...), obtenu un élargissement des règles pour éviter des sanctions, alors qu'elle affichait un déficit supérieur à 3% du PIB. « L’Allemagne en a payé le prix », dit-elle. Et de rappeler qu’à l’époque dans l'opposition, elle s’était battue « pour que le conseil européen soit traduit devant la cour de justice pour non observation des traités ». Décidément, la Chancellière confond volontiers justice et économie. Elle trouve aussi tout à fait à son goût les récentes propositions de la Commission européenne, lorsqu’il s’agit de « renforcer la discipline », mais attention: «il ne s’agit pas de donner et d’attendre des contreparties ». En clair : le statut de la BCE est hors des négociations en cours avec Paris pour formuler le 9 décembre une proposition commune de modification du traité de Lisbonne. Au demeurant, lorsqu'il s'agit de sauver ses propres obligations d'Etat, le gouvernement alllemand n'hésite pas à demander à sa banque centrale, la Bundesbank, de les acheter par milliards d'euros. Vérité en deça du Rhin, mensonge au-delà...Les
eurobonds, eux sont bien sur la table, mais la chancellière déclare n’en pas vouloir non plus.
Mario Monti, de son côté, est un fervent soutien des eurobonds, qui arrangeraient bien la situation de l’Italie. Le successeur de Silvio Berlusconi est venu à Strasbourg avec un plan drastique de coupes budgétaires, de hausses d’impôts et de réformes structurelles qui devrait permettre à Rome d’afficher l’équilibre budgétaire absolu dès 2013. , puis un excédent budgétaire de « 5% en 2014 ». « Chaque pays doit faire son devoir chez lui », et bing dans le nez de son voisin de droite, Nicolas Sarkozy.
Celui-ci avait beau se contenir, on sentait les grimaces intérieures lui dévorer l’estomac. Contrairement aux déclarations d'amitiés réciproques, les relations entre le Français et l'Italien sont tout sauf sereines. En 2004, Sarkozy s'était heurté à Monti, alors commissaire à la concurrence, qui s'opposait au sauvetage de Alstom par l'Etat français.
On peut résumer ainsi le bilan de la rencontre de Strasbourg pour le président français: la BCE on n’y touchera pas, dit l’Allemande d’un côté, et l’Italien rajoute de l’autre : dépêches toi d’augmenter tes impôts, pour que je puisse profiter des eurobonds…
Une journée du dupe, en somme, au détriment de la puissance invitante. Nicolas Sarkozy devrait, selon Arnaud
Leparmentier du Monde, faire un grand discours sur la crise, l’Europe et les marchés à Toulon, la ville du « discours de Toulon », vous savez, celui où il dénonçait le capitalisme immoral… Il y aura donc un second « discours de Toulon ». Ce sera le 1er décembre. Sarkozy a préféré éviter le 2 décembre, anniversaire d’Austerlitz. Pas sûr que le soleil de la pensée brille beaucoup ce jour prochain.
PS: A défaut d'un véritable accord, les trois responsables ont convenu qu'aucun d'entre eux ne ferait de commentaires sur les initiatives de la BCE. Ni dans un sens positif ni dans un sens négatif. Cela laisse Mario Draghi, président de la banque centrale, libre d'acheter en douce des obligations d'Etat sur la marché secondaire...ou pas!
Corrigé le 27 novembre. Mes excuses pour les fautes d'orthographes.