Du bon usage d’Angela Merkel


Rédigé par Hervé Nathan le Lundi 24 Mai 2010 à 17:59 | 8 commentaire(s)

Que de cris d’orfraie lorsque l’Allemagne réprime la spéculation sur les marchés financiers. Et quel silence lorsqu’il s’agit d’édicter de nouvelles règles à la zone euro pour le moins farfelues…


Angela Merkel est un objet politique formidablement pratique. Pourquoi ? Parce qu’on peut s’offusquer de ce qu’elle fait un jour et ignorer ce qu’elle dit le lendemain. Vous ne me suivez pas ? C’est pourtant simple. La semaine dernière, la chancelière allemande avait pris une décision qui décoiffait : l’interdiction des ventes « à nue » des emprunts fédéraux (les « bund »).  Horreur et stupéfaction dans la presse. Le Figaro titre « le cavalier seul allemand irrite les marchés ». Même tonalité aux Echos et La Tribune. Rendez-vous compte, la descendante de Bismarck va nous fâcher avec « les marchés », quel culot ! Même Jean-Pierre Jouyet y va de sa critique. Ce serait inutile, dit-il. Il oublierait que l’AMF, qu’il préside, maintient depuis plusieurs mois la même disposition anti-spéculation sur une quinzaine de titres cotés en France, dont toutes les banques. La vérité est que les Français, ministres, haut-fonctionnaires, présidents et journalistes sont vexés : ces balourds de casques-à-pointes ont eu une bonne idée sans nous ! Et ils l’ont appliqué sans nous demander notre avis. De quoi avons-nous l’air ?

Ayant parlé à tort et à travers, les m^mes autorités (politiques, économiques et médiatiques) se retrouvèrent coites lorsque le gouvernement allemand dévoila son plan pour le « gouvernement économique de l’euro ». Il y avait pourtant de quoi redire : Berlin propose rien de moins que de priver de représentation politique les pays qui auraient des déficits excessifs. Plus de droit de vote au conseil européen, et encore moins de veto. Plus de droit de vote au Parlement. A-t-on déjà, dans un espace démocratique, présenté une idée aussi folle : priver de ses droits démocratiques, un peuple entier, bâillonner ses représentants,comme on place sous tutelle une famille déclarée incapable ! Imagine-t-on la scène : des députés européens chassés du Parlement de Strasbourg, des ministres contraint d’assister aux décisions qui les concernent sans avoir le droit à la parole ?  Une folie dangereuse, contraire aux traités européens. Un véritable ferment de révolution antieuropéen, aussi. Mais là, pas de gros titres, pas de protestation véhémente. Il est vrai qu’on ne s’en prend pas « aux marchés », mais simplement aux principes démocratiques. Pas de quoi s’affoler, n’est-ce pas ?




A propos de l'auteur

Hervé Nathan

Hervé Nathan
Journaliste, 56 ans. Je suis actuellement rédacteur en chef économie et social à Marianne, après avoir appartenu successivement à La Tribune et à Libération. J’ai écrit, en commun avec mon ami Nicolas Prissette du Journal du Dimanche, un livre intitulé “Les bobards économiques”,chez Hachette Littérature.


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