Ce que nous coûte l’euro fort : la preuve par EADS


Rédigé par Hervé Nathan le Mardi 9 Mars 2010 à 11:45 | 4 commentaire(s)

Hervé Nathan. En regardant les comptes annuels d’EADS, on s’aperçoit que le groupe aéronautique subit une charge supplémentaire de 2,5 milliards d’euros qui annihile tous ses efforts. La faute à pas de chance ? Non, à ceux qui ne veulent rien faire !


 L’euro trop fort, pour beaucoup ressemble à une tarte à la crème, à force d’avoir été beaucoup dénoncé dans les médias. Et ceux qui portent cette controverse sont souvent soupçonnés de vouloir la mort de la monnaie européenne. Mais les faits sont têtus. : le niveau de l’euro est la principale menace pour l’industrie de la zone euro. Bien avant le manque (souvent réel) de compétitivité ou d’innovation de ses produits. La preuve par EADS. Le groupe aéronautique est la perle de l’industrie européenne. Il ne manque pas d’innovation  puisqu’il dépense 2,8 milliards d’euros par an en recherche et développement. Il est ultra-compétitif puisqu’il a pris la première place mondiale à Boeing. Mais l’euro, à 1,4 dollar en moyenne lui a coûté l’an dernier 2,5 milliards d’euros (révélation du communiqué officiel du groupe

à l’occasion de la publication des s es comptes 2009). Le problème d’EADS c’est qu’il produit en euros (et c’est bien) et qu’il vend en dollars (puisque c’est la « monnaie du commerce mondial, alors que la parité de pouvoir d'achat se situe à environ 1,15 dollar pour 1 euro. Pour se rendre compte de la catastrophe que cela représente , la plan de gains de productivité dit Power 8 mais en place par Louis Gallois en 2007 pour faire face à la crise issue du pépin de l’ A 380 a dégagé « 2 milliards d’économies brutes ». La force du dollar annihile tous les efforts du groupe, voir au-delà !

Ce « poids » du dollar avantage évidemment Boeing qui, en plus, a réussi à convaincre l’administration de lui réserver le marché juteux des ravitailleurs en vol de l’US Air Force. Mais aussi la Chine et le Brésil deux pays qui sont en train de conquérir la capacité de construire des avions et des fusées.

Les solutions existent-elles ? Le groupe EADS commence à produire en zone dollar. Par exemple par l’installation d’une chaîne de  montage des airbus A 320 en Chine. Mais c’est prendre le risque de se faire piller sa technologie (le savoir faire de l’assemblage). Au niveau monétaire, dans un système où aucun contrôle n’est permis de la circulation des capitaux, même les plus spéculatifs, il est difficile d’imaginer un « pilotage à la baisse de l’euro » . Surtout, personne à Bruxelles ne veut entendre parler de ce sujet. Reste alors la protection du marché européen, puisque L’UE est le premier importateur de produit chinois et américains. Mais chut…Personne, là non plus, ne doit savoir que l'Europe dispose d’un moyen de négociation…




A propos de l'auteur

Hervé Nathan

Hervé Nathan
Journaliste, 56 ans. Je suis actuellement rédacteur en chef économie et social à Marianne, après avoir appartenu successivement à La Tribune et à Libération. J’ai écrit, en commun avec mon ami Nicolas Prissette du Journal du Dimanche, un livre intitulé “Les bobards économiques”,chez Hachette Littérature.


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