A Brégançon Sarkozy fait de l'esbroufe


Rédigé par Hervé Nathan le Vendredi 27 Août 2010 à 12:47 | 18 commentaire(s)

La réunion ministérielle organisée en plein mois d'août par le président de la République a été largement médiatisée. Elle est pourtant vide de sens. Décryptage d'un story telling.


A Brégançon Sarkozy fait de l'esbroufe
L’épisode du Fort de Brégançon devrait être enseigné dans les écoles de communication comme un modèle de story telling (en français : « événement scénarisé »). 

Justa après la fête de l’Assomption, on apprenait que le président convoquait le premier ministre, François Fillon, la ministre de l’Economie, Christine Lagarde et celui du Budget, François Baroin, pour une matinée de travail dans sa résidence d’été au bord de la Méditerranée. On avait compris : le président revient aux affaires, vous allez voir ce que vous allez voir ! On a même lu des analyses expliquant que le président quittait le terrain de la sécurité, devenu trop mouvant, pour celui de l’économie, réputé plus sûr… 


En fait la réunion était prévue…dès le mois de juillet. La seule surprise était l’absence d’Eric  Woerth, trop mouillé dans l’affaire Bettencourt. On n’a donc pas évoqué le dossier des retraites. Pas assez économique, peut-être ? Quant à la dimension de « travail » de la réunion, c’était une farce, car en l’absence de leurs directeurs de cabinet respectifs, Lagarde et Baroin ne pouvaient en aucun cas s’avancer dans les savants calculs de « bouclage » budgétaire. Néanmoins, le vendredi après-midi un communiqué faisait savoir aux médias que  Nicolas Sarkozy avait décidé de fixer la prévision de croissance à « 2% en 2011 ».
Formidable information… qui n’en était pas une. La croissance, cela ne se décide pas, cela se constate.

De même que l’autre « décision », de réduire les niches fiscales de 10 milliards n’en n’est pas une non plus. D’ailleurs François Baroin lui-même a vendu la mèche dans une interview au Figaro, au lendemain de la réunion. Le ministre du Budget  y affirme benoîtement que le gros du travail est déjà fait, avec 7 milliards d’économies contenues dans le projet de réforme des retraites : « il nous reste en réalité un peu moins de 2 milliards à trouver sur les niches », se réjouit-il. Deux milliards les 125 milliards que représentent les niches fiscales et sociales dans les comptes publics, on est loin du grand soir fiscal. D’ailleurs le « coup de rabot » général  de -10%, n’est plus d’actualité. Certains avantages fiscaux parmi les plus électoraux comme le bouclier fiscal, les emplois à domicile ou la TVA à 5,5% dans la restauration seront sanctuarisés, d’autres non. Le ballon d’essai du non cumul de l’APL et du quotient familial pour les jeunes est dégonflé d’un coup, etc…

En fait la réduction des niches fiscales était bien une esbroufe depuis le début. Car il s’agit d’économiser 10 milliards, non pas sur le niveau actuel des avantages fiscaux, mais sur cde qu’il représenteront en 2012. Or, entre l’indexation sur l’inflation et le gonflement du nombre de contribuables en bénéficiant, ils dérivent de plusieurs milliards par an…In fine, l’effort n’est pas si dur. 

A qui était destiné ce story telling ? D’abord aux fonctionnaires dont les conditions de travail, les effectifs et les rémunérations seront percutés par la politique de rigueur du gouvernement. Ce sont eux qui supporteront le poids principal d’une réduction du déficit à 6% du PIB dès 2011. Mais brevetée « équitable », grâce à la pseudo réduction des avantages fiscaux des contribuables les plus favorisés, la soupe à l’aigre passerait mieux. Ensuite, et surtout, le message était destiné aux« investisseurs » en emprunts d’Etat, représenté, paraît-il, par les agences de notation. Christine Lagarde s’est donc empressée de répandre la parole présidentielle dans le Financial Times,en quelque sorte « organe central des marchés financiers », comme l’Huma l’était du PCF autrefois. « C’est un engagement fort de la part du président et du gouvernement », dit-elle au Financial Times.
 

Le problème c’est que l’agence Moody’s a certes menacé d’abaisser la note de la dette publique de la France, mais elle critiquait surtout le manque de dynamisme de la croissance française. Et il faudra bien davanatage que la mise en scène d’un brunch au bord de la Méditerranée pour lui faire changer d’avis. Et à nous aussi, d’ailleurs.



A propos de l'auteur

Hervé Nathan

Hervé Nathan
Journaliste, 56 ans. Je suis actuellement rédacteur en chef économie et social à Marianne, après avoir appartenu successivement à La Tribune et à Libération. J’ai écrit, en commun avec mon ami Nicolas Prissette du Journal du Dimanche, un livre intitulé “Les bobards économiques”,chez Hachette Littérature.


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