Au vu de l’agitation médiatique de la semaine passée, les électeurs ont pu se demander ce qui avait piqué le chef de l’Etat. Le mardi Nicolas Sarkozy laissait entendre, puis, confirmait, que la TVA sociale serait mise en place avant les élections, puis rebelote trois jours plus tard, cette fois avec la taxe sur les transactions financières. Très vite après le sommet social du 18 janvier à l’Elysée, un projet de loi devrait être adopté au conseil des ministres puis transmis à l’Assemblée pour examen. Tant pis pour les parlementaires qui ont déjà la tête dans leur propre campagne législative, ils devront faire des heures supplémentaires…
Evidemment, les premières explications qui viennent à l’esprit sont d’ordre politicien. Nicolas Sarkozy, à la peine dans les sondages, tenterait de refaire son retard sur François Hollande, en faisant feu de tous bois. C’est vrai. Un ministre du gouvernement, excellent exégète de Sarkozy livre deux clés d’explication. La première tient à la personnalité du président : « Sarkozy a un principe constitutif : je bouge, donc ça avance ». Etre toujours en mouvement, tirer sur tout ce qui bouge, se saisir de chaque événement : ce principe, Nicolas Sarkozy l’a appliqué lors de sa conquête du pouvoir dans les années 2002-2007, avec le bonheur que l’on sait. La deuxième clé d’explication est aussi une leçon du passé : « en 2006 et 2007, Sarkozy a conduit le débat d’idée. Il veut recommencer en 2012 ». Comme il y a cinq ans, le candidat pas encore déclaré réédite la séquence « réflexion des conventions thématiques de l’UMP, reprise par le candidat, et on recommence « ? Sauf que cette fois-ci, les propositions issues plus ou moins de l’UMP, ou d’un secteur de l’UMP (Jean-François Copée est loin de faire l’unanimité de son camp en soutenant la TVA sociale), sont reprises par le … chef de l’exécutif qui a les moyens de les transformer en dispositions législatives pendant encore quelques semaines… L’effet est d’autant plus fort que Nicolas Sarkozy met en lumière le silence programmatique de son adversaire principal, François Hollande. Notre ministre, issu du conseil en communication, s’amuse : « Hollande, c’est un édredon ; Il n’y aurait rien de moins efficace que d’adopter la même stratégie de l’édredon contre lui. » Reconnaissons-le, pour le moment, ça marche, puisque le dernier sondage
IFOP-JDD note une progression de 2 points dans les intentions de vote pour Nicolas Sarkozy, à 26%, malgré l’impopularité manifeste de la TVA sociale, une hausse d’impôt rejetée par près des deux tiers des Français.
Toujours dans l’ordre politique, Nicolas Sarkozy tente à l’évidence de retrouver les faveurs de l’électorat ouvrier. Il du pain sur la planche. Le même institut
IFOP a fait le bilan de la « pré-campagne » présidentielle. Le fait le plus saillant est la domination de Marine Le Pen sur cette catégorie de Français. 35% d’entre eux se disaient avant le 15 décembre disposés à voter Le Pen, contre 18% Sarkozy (22% Hollande). Chez les employés le match est le même entre la droite et l’extrême droite 27 % contre 19% (31% pour Hollande). Or ces deux catégories représentent plus de 40% du corps électoral. Il n’y a pas de victoire possible sans adhésion de ce bloc, et il reste moins de trois mois pour le capter. On comprend mieux pourquoi Nicolas Sarkozy passe outre les récriminations de certains élus UMP sur la TVA ou les anathèmes de Laurence Parisot, voire l’énervement d’Angela Merkel à propos de la taxe sur les transactions financières , furieuses de voir la France faire cavalier seul dans un dossier où c’est l’Allemagne qui était en pointe, au niveau européen !
Reste une raison proprement économique : la situation des finances publiques. Dans le courant du mois de janvier, les agences, vraisemblablement Standard & Poor’sen premier, devraient dégrader la note de la dette de la France. Les économistes (y compris ceux des
agences !) affirment que cette perspective est « déjà dans les cours». Effectivement, la France emprunte à 10 ans à 3,29% quant l’Allemagne le fait à seulement 1,95%. Mais la « perte du triple A » devra s’accompagner d’un discours rassurant envers les investisseurs, et d’un discours politiques vis-à-vis de l’opinion publique. A ce moment là, on se rappellera sans doute qu'en 2006, la
« TVA sociale » allemande, a été d’abord un moyen pour Berlin de se désendetter, puisqu’un tiers seulement de la taxe supplémentaire a servi à compenser des baisses de cotisations sur le travail, les deux tiers servant à réduire le déficit budgétaire… Rappelons : en France, 1 point de TVA « normale » rapporte 6,5 milliards d’euros. Si on augmente tous les taux, c’est un gain de 10 milliards (mais on vient d’augmenter le taux « réduit » à 7%). Si on imitait l’Allemagne, l’Etat pourrait engranger entre 13 et 20 milliards d’euros de recettes supplémentaires, ce qui seraient de nature à rassurer « les marchés » sur la volonté du gouvernement français de tenir les comptes ».
Alors prenons le risque de parier que dans le projet de loi de finance rectificative 2012, on trouvera un « mix » de réduction des coûts salariaux, et du déficit public, et nous laissons aux inspecteurs des fiances le soin de calculer les hypothèses. Dans ce cadre, la taxe sur les transactions financières devenue une « exception sarkozyste internationale », permettra d’afficher que les banques, les hedge funds et autres rapaces de la finance, n’échapperont pas à l’effort commun…Redoutable, non?