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En Italie, les médias ignorent royalement le rôle de la France et de son président dans les questions européennes. Le Premier ministre Mario Monti préfère une relation quasi exclusive avec Angela Merkel. Explications.
Il existe un pays en Europe où la presse n’a pas fait une ligne sur le show commun de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel, lundi soir à la télévision française. Ce pays qui échappe à la merkozite ambiante en France, c’est l’Italie. L’ignorance absolue des médias est telle qu’il est d’ailleurs difficile de savoir ce que nos deux dirigeants ont raconté sur les ondes. Du coup le Français de passage peut se poser la question : comment se fait-il que la traversée des Alpes suffise à gommer les pouvoirs à nos yeux les plus puissants ? La réponse est simple et donnée par un député italien, spécialiste des affaires européennes : « Depuis l’arrivée au pouvoir de Romano Prodi, la figure de Nicolas Sarkozy s’est effacée. Nous sommes confrontés aux exigences des Allemands, de Mme Merkel en particulier. La France n’a plus sa place dans notre relation ». Aussi simple que cela . « Merkozy », « le couple-franco-allemand-sans-qui-l’Europe-ne-peut-avancer », sont des contes pour enfants qu’on arconte aux Français crédules, pas aux Italiens.
L’explication est à plusieurs niveaux. La perte du Triple A tricolore a beaucoup joué Outre-monts pour désacraliser la puissance française, c’est certain. Ensuite l’arrivée au pouvoir de Mario Monti qui est ressenti par les Italiens comme l’homme qui les a sortis de l’humiliation où les avait plongé Silvio Berlusconi, a changé la donne. Ancien commissaire européen, plus rigoriste encore que certains Allemands, Monti (qui parle allemand) est un interlocuteur « naturel » pour Bruxelles et Berlin, et qui n’a aucun besoin d’un médiateur, rôle que proposait de jouer Sarkozy. D’ailleurs lorsqu’il parle des relations de l’Italie avec son environnement, le président du conseil évoque soit Manuel Barroso, soit Angeal Merkel, pas Nicolas Sarkozy. Les sommets tripartites Allemagne-France-Italie prévus ont été reportés, faute de contenu… Si l’on ajoute que Mario Monti peut parler directement en italien avec Mario Draghi, président de la BCE et ex de la banque Goldman Sachs comme lui, on constate à quel point le « Premier » est indépendante… de Sarkozy !
Troisième niveau d’explication, la France, en campagne électorale est ressentie com me un danger poterntiel pour la situation de l’Italie vis-à-vis des marchés. Explication par le journaliste du Financial Times en poste à Rome : « Trois dangers externes guettent l’Italie : la crise grecque si elle ne trouve pas de solution, la crise portugaise si elle s’accentue et une crise française en cas d’élection de François Hollande avec un programme économique qui retarde le retour à l’équilibre des finances publiques. A chaque occasion, les taux d’intérêts sur la dette italienne, qui est à 120 % du PIB, risque de se tendre terriblement…. » Et les Italiens qui ont déjà été à la merci des marchés entre juillet et novembre dernier n’ont pas envie de connaître les mêmes affres.
Pas sûr néanmoins que la mise à l’écart de la France soit très durable. En Italie, dont l’économie pourrait connaître une récession pendant les années 2012 et 20013, le débat monte sur une nécessaire relance coordonnée européenne, afin de compenser les sacrifices demandés par le gouvernement de technocrates catholiques dirigé par Monti. Dans quelques mois, la « furia francese » sera sans doute bienvenue en Italie, comme au bon temps du roi Louis XII…
Ce blog est aussi présent sur le site alternatives économiques
L’explication est à plusieurs niveaux. La perte du Triple A tricolore a beaucoup joué Outre-monts pour désacraliser la puissance française, c’est certain. Ensuite l’arrivée au pouvoir de Mario Monti qui est ressenti par les Italiens comme l’homme qui les a sortis de l’humiliation où les avait plongé Silvio Berlusconi, a changé la donne. Ancien commissaire européen, plus rigoriste encore que certains Allemands, Monti (qui parle allemand) est un interlocuteur « naturel » pour Bruxelles et Berlin, et qui n’a aucun besoin d’un médiateur, rôle que proposait de jouer Sarkozy. D’ailleurs lorsqu’il parle des relations de l’Italie avec son environnement, le président du conseil évoque soit Manuel Barroso, soit Angeal Merkel, pas Nicolas Sarkozy. Les sommets tripartites Allemagne-France-Italie prévus ont été reportés, faute de contenu… Si l’on ajoute que Mario Monti peut parler directement en italien avec Mario Draghi, président de la BCE et ex de la banque Goldman Sachs comme lui, on constate à quel point le « Premier » est indépendante… de Sarkozy !
Troisième niveau d’explication, la France, en campagne électorale est ressentie com me un danger poterntiel pour la situation de l’Italie vis-à-vis des marchés. Explication par le journaliste du Financial Times en poste à Rome : « Trois dangers externes guettent l’Italie : la crise grecque si elle ne trouve pas de solution, la crise portugaise si elle s’accentue et une crise française en cas d’élection de François Hollande avec un programme économique qui retarde le retour à l’équilibre des finances publiques. A chaque occasion, les taux d’intérêts sur la dette italienne, qui est à 120 % du PIB, risque de se tendre terriblement…. » Et les Italiens qui ont déjà été à la merci des marchés entre juillet et novembre dernier n’ont pas envie de connaître les mêmes affres.
Pas sûr néanmoins que la mise à l’écart de la France soit très durable. En Italie, dont l’économie pourrait connaître une récession pendant les années 2012 et 20013, le débat monte sur une nécessaire relance coordonnée européenne, afin de compenser les sacrifices demandés par le gouvernement de technocrates catholiques dirigé par Monti. Dans quelques mois, la « furia francese » sera sans doute bienvenue en Italie, comme au bon temps du roi Louis XII…
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Un sondage relève que pour la première fois François Hollande est en tête des intentions de vote chez les ouvriers et employés. Dans ces catégories, Nicolas Sarkozy s'effondre, Marine Le Pen se maintient. La redistribution de l'espace sociologique est impressionnante.
Il y a quelquefois des surprises dans les sondages. Le baromètre réalisé par l’IFOP et Fiducial pour Paris Match Europe 1 et Public Sénat en recèle une. Il ne s’agit pas tant des cotes globales de chacun des candidats : après tout, que le match se resserre autour de Hollande et Sarkozy, l’un à 31% des intentions de vote et l’autre à 24,5%, quoi de plus naturel : l’un et l’autre, successivement ont occupé l’avant-scène médiatique, avec deux grands shows, dont celui de Nicolas Sarkozy qui a attiré pas moins de 16 millions de téléspectateurs le dimanche 29 janvier. Il est vrai que ce soir là, avec huit chaînes occupées à interviewer le président de la République, ceux qui ne s’intéressent pas à la politique devaient préférer le cinéma.
Non, la surprise se trouve dans les ventilations dont les médias font souvent peu de cas, alors qu’elles sont au contraire tout le sel des sondages. Ainsi le Baromètre de l’IFOP nous apprend que François Hollande est passé cette semaine, en première place dans les intentions de vote des ouvriers (34%) et des employés (28%). Il devance Marine Le Pen qui recueille 32% d’intentions chez les ouvriers et 25 chez les employés. Voici une tendance nouvelle : le candidat socialiste peut prétendre qu’il n’est plus (seulement) le candidat des bobos, mais celui des classes populaires. Marine le Pen ne peut plus affirmer péremptoirement qu’elle représente , et elle seule, les ouvriers… Soyons justes, Elle demeure à un niveau très élevé. C’est en fait Nicolas Sarkozy qui s’effondre dans les catégories populaires, avec seulement 12% chez les ouvriers et 18% chez les employés.
Mais qu’est-ce qui peut propulser Hollande à ce niveau, alors qu’il ne parle jamais des ouvriers (il n’a jamais prononcé ce mot) , qu’il ne promet pas d’augmenter tous les salaires, ni même le Smic, et ne s’engage pas non plus à réduire le chômage en deux ans ? Réponse par Frédéric Dabi directeur général adjoint de l’IFOP : « C’est le résultat de son coup de barre à gauche, lors du discours du Bourget. En se plaçant résolument du côté des « petits » contre les « gros », en désignant la monde de la finance comme adversaire, il a ressuscité le clivage qui parle aux classes moyennes et populaires. La défense des petits contre les gros, c’est d’ailleurs aussi le message de Marine Le Pen». Ouh la! Hollande serait-il devenu « populiste »...
Comme l’avait fait Sarkozy en 2007, avec la « valeur travail », Hollande est peut-être en train de « chiper » les suffrages ouvriers à son adversaire UMP. Rappelons qu’en 2007 le vote ouvrier s’était porté à 25% sur Ségolène Royal, 26% sur Nicolas Sarkozy, et 16% sur Jean-Marie Le Pen.
On voit qu’il y a désormais un face à face Hollande/ Le Pen dans les catégories populaires, et plus largement laborieuses, où d’ailleurs Jean-Luc Mélenchon, qui est normalement avec le Parti communiste le défenseur historique de la classe ouvrière, fait un peu tapisserie avec seulement 6% des voix.
François Hollande précède tous les compétiteurs dans toutes les catégories de salariés : ouvriers et employés, on l’a vu, mais aussi salariés du privé, du secteur public, cadres et professions intermédiaires. Il est le champion des salariés. Nicolas Sarkozy, qui vantait « la France qui se lève tôt », est devenu le champion des seuls retraités et des « autres inactifs », ainsi que des employeurs. Cet effondrement profite à ses deux adversaires les plus redoutables : le socialiste et la droitière extrême.
La gauche de gouvernement retrouverait donc un peuple de gauche salarié ? La droite traditionnelle retrouverait elle-aussi ses bastions tout aussi traditionnels ? Le Front national s’ancrerait-il dans tout le spectre de la société française ? Si c’est toujours vrai le 23 avril prochain, le paysage politique en sera bouleversé pour de bon. Mais n’oublions pas : ceci n’est qu’une photographie fugace de l’état de l’opinion. Et le premier parti de France dans 79 jours pourrait bien être le PPALL (2).
1. Sondage réalisé sur un échantillon de 1387 personnes de 18 ans et plus, inscrites sur les listes électorales le dimanche 29 après l’émission de télévision de Nioclas Sarkozy, et le lundi 3à janvier.
2. Parti des pêcheurs à la ligne
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Non, la surprise se trouve dans les ventilations dont les médias font souvent peu de cas, alors qu’elles sont au contraire tout le sel des sondages. Ainsi le Baromètre de l’IFOP nous apprend que François Hollande est passé cette semaine, en première place dans les intentions de vote des ouvriers (34%) et des employés (28%). Il devance Marine Le Pen qui recueille 32% d’intentions chez les ouvriers et 25 chez les employés. Voici une tendance nouvelle : le candidat socialiste peut prétendre qu’il n’est plus (seulement) le candidat des bobos, mais celui des classes populaires. Marine le Pen ne peut plus affirmer péremptoirement qu’elle représente , et elle seule, les ouvriers… Soyons justes, Elle demeure à un niveau très élevé. C’est en fait Nicolas Sarkozy qui s’effondre dans les catégories populaires, avec seulement 12% chez les ouvriers et 18% chez les employés.
Mais qu’est-ce qui peut propulser Hollande à ce niveau, alors qu’il ne parle jamais des ouvriers (il n’a jamais prononcé ce mot) , qu’il ne promet pas d’augmenter tous les salaires, ni même le Smic, et ne s’engage pas non plus à réduire le chômage en deux ans ? Réponse par Frédéric Dabi directeur général adjoint de l’IFOP : « C’est le résultat de son coup de barre à gauche, lors du discours du Bourget. En se plaçant résolument du côté des « petits » contre les « gros », en désignant la monde de la finance comme adversaire, il a ressuscité le clivage qui parle aux classes moyennes et populaires. La défense des petits contre les gros, c’est d’ailleurs aussi le message de Marine Le Pen». Ouh la! Hollande serait-il devenu « populiste »...
Comme l’avait fait Sarkozy en 2007, avec la « valeur travail », Hollande est peut-être en train de « chiper » les suffrages ouvriers à son adversaire UMP. Rappelons qu’en 2007 le vote ouvrier s’était porté à 25% sur Ségolène Royal, 26% sur Nicolas Sarkozy, et 16% sur Jean-Marie Le Pen.
On voit qu’il y a désormais un face à face Hollande/ Le Pen dans les catégories populaires, et plus largement laborieuses, où d’ailleurs Jean-Luc Mélenchon, qui est normalement avec le Parti communiste le défenseur historique de la classe ouvrière, fait un peu tapisserie avec seulement 6% des voix.
François Hollande précède tous les compétiteurs dans toutes les catégories de salariés : ouvriers et employés, on l’a vu, mais aussi salariés du privé, du secteur public, cadres et professions intermédiaires. Il est le champion des salariés. Nicolas Sarkozy, qui vantait « la France qui se lève tôt », est devenu le champion des seuls retraités et des « autres inactifs », ainsi que des employeurs. Cet effondrement profite à ses deux adversaires les plus redoutables : le socialiste et la droitière extrême.
La gauche de gouvernement retrouverait donc un peuple de gauche salarié ? La droite traditionnelle retrouverait elle-aussi ses bastions tout aussi traditionnels ? Le Front national s’ancrerait-il dans tout le spectre de la société française ? Si c’est toujours vrai le 23 avril prochain, le paysage politique en sera bouleversé pour de bon. Mais n’oublions pas : ceci n’est qu’une photographie fugace de l’état de l’opinion. Et le premier parti de France dans 79 jours pourrait bien être le PPALL (2).
1. Sondage réalisé sur un échantillon de 1387 personnes de 18 ans et plus, inscrites sur les listes électorales le dimanche 29 après l’émission de télévision de Nioclas Sarkozy, et le lundi 3à janvier.
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Profil
Hervé Nathan
Journaliste, 56 ans. Je suis actuellement rédacteur en chef économie et social à Marianne, après avoir appartenu successivement à La Tribune et à Libération. J’ai écrit, en commun avec mon ami Nicolas Prissette du Journal du Dimanche, un livre intitulé “Les bobards économiques”,chez Hachette Littérature.
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