Les médias ne sont pas en manque d’images pour illustrer le dernier sommet européen : « digue contre la marée des dettes publiques », « barrage contre la finance », « rempart contre la spéculation » …
Ces images sont pourtant totalement fausses. Le dernier sommet européen n’a élevé aucun barrage contre la finance, au contraire. Cette idée est d’ailleurs profondément contradictoire avec une autre idée avancée par les mêmes médias : « rassurer les marchés financiers », appellation politiquement correcte des spéculateurs. Il faut choisir, soit on élève un barrage contre la spéculation, soit on « rassure » les spéculateurs. Les deux sont incompatibles. Ce qu’a essayé de faire le dernier sommet de l’euro, c’est de « rassurer » les spéculateurs, pas de dresser un quelconque barrage contre eux.
Pour dresser un barrage contre les spéculateurs, il aurait fallu, au minimum, en finir avec la libre circulation des capitaux entre l’Union européenne et le reste du monde et obliger la finance à restituer les profits qu’elle avait réalisés en spéculant sur les dettes publiques européennes. La finance ne renoncera pas d’elle-même à prendre des risques fous pour gagner des sommes folles puisque ces risques fous sont assumés par la collectivité sous forme de plan d’austérité. Après elle le déluge et tant pis si ses activités spéculatives risquent de plonger l’économie mondiale dans une crise beaucoup plus profonde encore que celle de 2007-2009. La seule chose qui ait de l’importance à ses yeux, c’est le « retour sur investissement ». Et il en sera ainsi jusqu’à ce que les pouvoirs publics y aient mis un terme.
Pour ériger une digue contre la finance, il aurait fallu, au minimum, là encore, séparer les activités de dépôt et les activités de spéculation des banques pour les empêcher de spéculer avec l’argent de leurs déposants. Mais, alors que le plan « d’aide à la Grèce » prévoit la possibilité pour les banques d’être recapitalisées par des fonds européens, strictement aucune obligation, aucune réglementation n’a été imposé aux banques. Ainsi encouragées, elles ne pourront que continuer à spéculer et, en cas de perte, à se faire rembourser par les Etats grâce aux plans d’austérité qu’ils imposeront à leurs populations.
Une image, autrement plus pertinente, n’est jamais utilisé par les médias : « Le sommet européen essaye d’éloigner les requins de la finance du navire euro en lançant des steaks à la mer ».
C’est pourtant exactement la pratique de la BCE et des dirigeants de la zone euro depuis 2010 et les steaks lancés à la mer sont de plus en plus épais. 110 milliards pour « aider » la Grèce en 2010, 158 milliards en 2011. Soit un total de 268 milliards d’euros pour un pays dont le PIB représente moins de 3 % du PIB de l’Union européenne.
Ce sont des bœufs entiers qu’ils devront jeter à la mer lorsque les spéculateurs, encouragés par le plan de sauvegarde de la finance du dernier sommet de l’euro, se lanceront à l’assaut des dettes publiques de l’Espagne (4ème économie de la zone euro) ou de l’Italie (3ème économie de la zone euro).
Et, à ce train là, le troupeau sera vite épuisé.