La crise de la dette rattrape l’Allemagne


Rédigé par Gérard Filoche et Jean-Jacques Chavigné le Vendredi 25 Novembre 2011 à 17:51 | 16 commentaire(s)

« Émission obligataire allemande : un désastre complet absolu » titre la Tribune du 23 novembre 2011. Il est vrai que, pour Angela Mercel et la CDU, c’est une sacrée douche froide. L’Allemagne a essayé de placer pour 6 milliards d’euros d’obligations d’État à 10 ans (les Bunds) mais les marchés financiers n’ont, finalement, acheté que pour 3,6 milliards de ces « Bunds ».


Certes, les taux proposés par lAgence allemande de la dette étaient très bas mais la raison principale est ailleurs : les « marchés financiers » ont entériné le fait que la crise de la dette européenne népargnera pas lAllemagne. Après avoir critiqué, vilipendé les pays du « Club Med », Merkel et la CDU commencent à se rendre compte que les marchés commencent à mettre lAllemagne dans le même sac.

Les marchés financiers avaient découpé les pays de la zone euro en quatre groupes : ceux qui ont dû faire appel aux prêts du FMI et de l
UE (Grèce, Irlande, Portugal) et dont les taux vont de 8 à 32 %. Ceux qui sont tout près davoir à faire appel aux prêts de la Troïka comme les pays précédents : lEspagne et lItalie. Ceux qui sont déjà dans les collimateurs des marchés : la Belgique, la France et lAutriche. Les pays AAA : Allemagne, Pays-Bas, Finlande, Danemark, Luxembourg. Mais même dans ce dernier groupe, lAllemagne tendait à faire cavalier seul et bénéficiait de taux dintérêts nettement plus bas pour ses obligations dÉtat.


Les bons et les mauvais élèves de l’euro, ça ne fonctionne plus

Lémission obligataire allemande du 22 novembre marque une rupture (sans doute à confirmer) avec cette attitude des marchés financiers. Ils ont maintenant intégré le fait que lAllemagne ne pouvait pas être disjointe des autres pays de la zone euro, en particulier quand les plans de rigueur généralisent la récession à toute lEurope. La vision du monde, ou du moins de lEurope, dAngela Merkel en prend donc un sacré coup. Deux coups en réalité.

Le premier c
est sa vision de lUnion européenne divisée entre les bons et les mauvais élèves et où lAllemagne finissait par être le seul bon élève. Les taux dintérêts extrêmement bas dont bénéficiait lAllemagne au détriment des autres pays de la zone euro lui paraissaient parfaitement mérités puisquelle prônait laustérité et la rigueur budgétaire. La réalité était dailleurs un peu plus complexe puisque le Danemark et les Pays Bas dont la dette publique est largement inférieure à celle de lAllemagne subissaient des taux dintérêts plus élevés.

Avec l’échec de cette émission obligataire, cette vision n’est plus soutenable.

Le deuxième cest la justification de son refus de laisser la Banque centrale européenne acheter massivement les titres des dettes publiques des pays en difficulté. Cela nétait pas possible parce que laisser ainsi agir la BCE aurait consisté à accorder une prime aux mauvais élèves, à tous ceux qui étaient incapables de tenir rigoureusement leurs finances publiques. En autorisant la Bundesbank a acheter les 39% de Bunds dont les marchés nont pas voulu, Angela Merkel na plus de justification pour refuser que la Banque centrale européenne agisse de la même façon non seulement en rachetant les titres des dettes publiques en difficulté sur le marché secondaire (la bourse) mais même sur le marché primaire lors de leur émission puisque cest ce que vient de faire la Bundesbank.

Cette vision du monde n
est bien sûr pas celle de la seule Angela Merkel mais celle du capital allemand et celle de la plupart des dirigeants européens, de Sarkozy à Barroso avec quelques différences concernant le rôle de la Banque centrale européenne. Il leur deviendra difficile, maintenant, de présenter lAllemagne comme modèle et dimposer, au nom de ce modèle, plan de rigueur sur plan de rigueur.




A propos de l'auteur

Gérard Filoche

Gérard Filoche
Gérard Filoche, retraité après 30 ans comme inspecteur du travail, « tout corps plongé dans les entreprises reçoit une poussée égale au volume d’exploitation constatée ». Militant syndical et politique : « Si je n’avais pas été militant avant de faire ce métier, ce métier me l’aurait fait devenir ». Auteur de 20 livres consacrés au travail : ils concernent la vie intime, quotidienne, de millions de salariés. 93 % des actifs sont salariés, le saviez-vous ?