Y a t il des inconvénients ?Un pays qui restructure ou annule sa dette s’interdirait l’accès aux marchés financiers.
L’argument fait rapidement long feu car c’est exactement ce qui se produit aujourd’hui non seulement pour la Grèce mais aussi pour l’Irlande ou le Portugal. Ils ne peuvent se refinancer sur les marchés financiers qu’à des taux prohibitifs ce qui revient à leur interdire l’accès à ces marchés.
Cet argument fait également long feu car ce n’est pas le sort qui, par exemple, a été réservé à l’Argentine qui avait annulé sa dette en 2001. Très vite, elle a eu de nouveaux accès aux marchés financiers qui sont uniquement mus par l’appât du gain. Pourquoi auraient-ils agi autrement ? Un pays qui annule sa dette ou la restructure en profondeur ne représente plus de risque d’insolvabilité, ses finances publiques s’améliorent très rapidement et sa croissance économique reprend. Pourquoi ne pas lui prêter si ça rapporte ?
De surcroît, un pays qui annulerait sa dette publique n’aurait guère besoin, dans les années à venir, d’aller emprunter sur les marchés financiers. Dans le cas de la France, l’annulation de la dette publique représenterait un gain de 133 milliards d’euros par an pour les finances publiques (83 milliards d’euros de remboursement du capital de la dette et 50 milliards d’intérêt). Pourquoi aller emprunter ?
Oui, il faut changer profondément, rediscuter la dette publiqueCe choix devrait être celui des citoyens de chaque pays. Celui des grecs. Et le notre. Pas d’austérité. Pas de rigueur. Pas de
« serrage de ceinture ». La dette n’est pas celle de tous. Ce n’est pas au peuple de rembourser les risques pris par les banques. Au contraire : redistribution immédiate des richesses, hausse des salaires, des retraites, de la protection sociale, relance. Et traitement radical de la Dette.
Dans chaque pays, sur le modèle de ce qui a été organisé pour l’Équateur, devrait être organisé
un audit des finances publiques (1) après qu’un moratoire ait suspendu aussi bien le remboursement du capital de la dette que le paiement des intérêts. Cet audit permettrait de rendre publique la réalité de la dette, ses origines, ses objectifs, la nature des créanciers (banques, assurances, SICAV, petits porteurs…) Un référendum précis devrait, ensuite, permettre de décider quelle partie de la dette serait, s’il y a lieu, remboursée.
Il n’est pas sûr qu’en Irlande, les citoyens jugent légitimes une dette qui n’a eu qu’une seule et unique fonction : sauver de la faillite les banques irlandaises et les grandes banques européennes.
Il n’est pas sûr non plus qu’en Grèce, les électeurs considèrent que la dette contractée par les colonels entre 1967 et 1974 ait quelque chose de légitime. Pas plus d’ailleurs que la dette contractée après la multiplication par 10 du prix initial des JO de 2004 par la spéculation. Il est même certain que le financement, sans la moindre contrepartie, de la déroute des banques après 2007 ou des 110, 140 ou 170 milliards d’euros prêtés à la Grèce dans le seul but de sauver les banques allemandes, françaises, néerlandaises ou britanniques ne trouvent pas grâce à leurs yeux.
En France, également, tout devrait être mis sur la table, par la gauche élue au Sénat, et l’information sur la dette publique devrait être enfin rendue publique. Il sera alors possible de s’interroger sur la légitimité de la partie de la dette qui trouve son origine dans la baisse des impôts des riches, dans la crise bancaire de 2007-2008 et la récession qui s’en est suivi sans que la moindre contrepartie ait été demandé aux banques et aux assurances.
Il devrait, évidemment, en aller de même au Portugal, en Espagne, en Italie, en Belgique mais aussi en Allemagne (la plus endettée en fait), aux Pays-Bas…
Derrière le débat socialiste, derrière le choix des candidats, c’est ce choix qui se dessine et s’impose. Non François Hollande, pas de priorité au remboursement aveugle de la dette aux rentiers. ! Oui, Martine Aubry, « il faut changer profondément » !
(1) Nous reprenons la proposition du CADTM - CADTM.org
À paraître début octobre 2011 « La dette indigne » dix questions dix réponses, par Jean-Jacques Chavigné et Gérard Filoche (Ed. JC Gawsevitch, 220 p, 14,90 euros)