Ce n’est pas une révolution que propose le candidat Hollande en matière de sécurité, mais la rupture se veut nette et rapide après les dix années de sarkozysme appliqué à la police. Le débat a été intense sur le fait de savoir s’il fallait conserver, ou non, le mot fétiche de « proximité » et les « pour » l’ont emporté largement. Une manière à la fois d’assumer les années Jospin et de souligner combien, malgré les récents revirements, la politique menée depuis dix ans avait éloigné la police de la population.
La « proximité » a cependant un prix et la crise a calmé ceux qui voulaient promettre 10 000 policiers et gendarmes en plus dès les cent premiers jours. Ce sera finalement 1 000 créations de postes par an pendant 5 ans, magistrats inclus. De quoi enrayer l’inexorable érosion des troupes, sans pour autant revenir aux effectifs de la précédente décennie.
Réalisme oblige, le retour des uniformes dans les rues concernerait en priorité une série de quartiers érigés en « zones de sécurité prioritaires ». Ce sont ces quartiers populaires qui ont le plus pâti de la suppression de la police de proximité en 2002 au profit d’une nouvelle organisation, calquée sur le modèle militaire de la force de projection : de grosses concentrations de fonctionnaires ne sortant de leurs bunkers que pour des raids aussi massifs que rapides.
Le ton choisi par François Hollande transparait au travers de la petite phrase consacrée aux « caïds » qui règnent sur les quartiers et que « la république » pourchassera comme elle traquera les délinquants en col blanc. Une subtile juxtaposition destinée à calmer ceux qui considèrent que la gauche doit se concentrer sur les voyous en cravates et fermer les yeux sur ces « malheureux jeunes que la misère pousse vers la délinquance. Au passage, le candidat prend ses distances avec les mots de Sarko, à commencer par le « kärcher », qui renvoyait la « racaille » vers le tout-à-l’égout. Sans doute a-t-il compris combien, en matières de sécurité, la sémantique pesait plus qu'on ne le croit.