Rien de ce qui est kaki, bleu marine ou bleu ciel ne nous sera étranger

Le blog Secret-Défense fauché par la grippe
Il n'est pas dans les habitudes du pacha de ce blog de quitter la fréquence sans prévenir. Si le fil de Secret-Défense est interrompu depuis vendredi, c'est tout simplement à cause de l'épidémie de grippe qui ne m'a pas raté... Retour en ligne dès que possible. Un conseil : faites-vous vacciner !



Rédigé par Jean-Dominique Merchet le Mercredi 22 Février 2012 à 16:36

Une lettre d'engagement doit être signée aujourd'hui par Londres et Paris, à la suite des accords de Lancaster House.


L'entente cordiale pourrait déboucher sur un drone de combat franco-britannique (actualisé)
Reporté le 2 décembre (lire notre post d'alors ), le sommet franco-britannique se tient aujourd'hui à l'Elysée. Avec le nucléaire civil, la défense est l'un des principaux sujets à l'agenda de Nicolas Sarkozy et de David Cameron.

L'annonce la plus spectaculaire doit concerner une "lettre d'engagement commune" sur le Future Combat Air System (FCAS), c'est-à-dire le  successeur potentiel du Rafale et du Typhoon (Eurofighter), avec un premier prototype vers 2020, dans le meilleur des cas. Il ne s'agit pas, loin s'en faut, d'un engagement ferme et définitif des deux pays en faveur d'un avion de combat commun, mais d'une annonce qui marque la volonté des deux pays de rester des acteurs de premier rang dans ce domaine stratégique. Confié à BAe et Dassault-Aviation, ce FCAS est, pour l'instant, un drone de combat (UCAV).

Voici ce que dit le communiqué commun (consultable sur le site de l'Elysée ) :  "Nous affirmons notre volonté commune de lancer ensemble en 2013 un programme de démonstrateur technologique du système futur de combat aérien qui mettra en place une coopération d'importance stratégique pour l'avenir du secteur de l'aviation de combat en Europe. Ces travaux fourniront un cadre pour développer les technologies pertinentes et les concepts opérationnels nécessaires pour utiliser un drone de combat armé dans des opérations de haute intensité. Dès 2012 nous préciserons les caractéristiques de ce démonstrateur qui fera l'objet d'un contrat cofinancé, confié à nos deux industriels nationaux dans le domaine de l'aviation de combat (Dassault-Aviation en France et BAE Systems au Royaume-Uni)."

Dassault-Aviation travaille actuellement sur un démonstrateur de drone de combat, le nEUROn. Il s'agit d'acquérir la maîtrise de technologie, comme la furtivité ou le tir d'armement depuis une soute interne. Ce programme, dont Dassault est le maitre d'oeuvre, est déja européen puisqu'il associe Alenia (Italie), Saab (Suède), Eads-Casa (Espagne), HAI (Grèce) et Ruag (Suisse).  Assemblé à Istres, le premier vol du nEUROn doit avoir lieu cet été.

Autre drone, le Télémos - c'est-à-dire le projet de drone Male franco-britannique (BAe-Dassault). Les deux Etats devraient décider de la "levée de risques" qui est une étape dans le lancement de ce programme.

Le missilier MBDA (EADS, BAe, Finmeccanica) devrait voir le lancement d'un programme de missile leger antinavire, pour équiper les deux marines. Au plan industriel, Français et Britanniques vont s'entendre pour partager leurs compétences (au sein de MBDA) dans des domaines sensibles.

Signé en novembre 2010, l'accord de Lancaster House entre Londres et Paris reste un axe stratégique pour les deux pays, malgré leurs profonds désaccords sur d'autres questions, comme l'euro. Londres est, avec Prague, le seul pays à refuser le pacte budgétaire européen du 9 décembre. Les deux pays sont également concurrents sur les marchés aéronautiques, avec le Rafale et le Typhoon.

Mais la France et le Royaume-Uni ont mené de concert la guerre de Libye et se sont engagés dans une coopération étroite en matière de simulation des essais nucléaires. Les Britanniques procèderont ainsi à des "tirs froids" au Valduc (21), où un centre commun est construit. Ces tirs froids sont des expériences sur des matières fissiles, sans réaction nucléaire. "Nous avons décidé d'étudier d'autres sujets de coopération dans le domaine nucléaire" précise le communiqué commun.

Comme dans la déclaration de Lancaster House de novembre 2010, les deux pays rappellent qu'"une menace contre nos intérêts vitaux peut apparaître à tout moment. Nous n'envisageons aucune situation où les intérêts vitaux de l'une de nos deux Nations soient menacés sans que ceux de l'autre le soient aussi." La protection des "intérêts vitaux" est la raison d'être de la dissuasion nucléaire.                

Photo (DR) : une représentation du démonstrateur nEUROn



Rédigé par Jean-Dominique Merchet le Vendredi 17 Février 2012 à 11:34

La cible sera une cible américaine Coyote, simulant un missile mer-mer supersonique


Le missile Aster va intercepter un engin supersonique antinavire
Après le test réussi d'interception d'une cible israélienne simulant un missile balistique de type Scud B, le missile Aster 30 (dans sa version navale) va être testé contre un engin supersonique volant au ras de l'eau. Il s'agira d'une cible utilisée par l'US Navy depuis 2006 : un engin GQM 163A Coyote (photo). Volant à Mach 2,5  (3000 km/h), à une altitude de moins de 5 mètres au dessus de l'océan, cette cible est manoeuvrante. Elle a été conçue pour simuler les engins russes que les flottes occidentales pourraient rencontrer : SSN-22 Sunburn, KH-21 et surtout le futur Brahmos russo-indien. Les marines occidentales ne disposent pas de missile surface-surface antinavire supersonique. Les missiles Aster (15 et 30) de MBDA s'impose comme une très grande réussite technique. Ils sont le fruit d'une coopération entre la France et l'Italie



Rédigé par Jean-Dominique Merchet le Jeudi 16 Février 2012 à 16:16

Le général Bourlot, futur délégué général du Gifas
Le général d'aviation Pierre Bourlot, actuellement numéro deux du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) devrait être nommé prochainement délégué général du Gifas, le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales. Il succédera à Guy Rupied. Le Gifas est la fédération professionnelle de ce secteur industriel stratégique. Le Gifas est présidé par Jean Paul Herteman, Pdg de Safran.
Après un poste à l'état-major particulier du président de la République, Pierre Bourlot a été sous-chef relations internationales à l'état-major des armées.




Rédigé par Jean-Dominique Merchet le Mardi 14 Février 2012 à 17:03

Afghanistan :
Les soldats français sont-ils responsables de la mort de huit enfants afghans à la suite d'une frappe aérienne dans la province de Kapisa ? La semaine dernière, le gouvernement du président Karzaï a en effet accusé la "coalition" d'avoir provoqué la mort de sept enfants de moins de quatorze ans et d'un autre de dix-huit alors qu'ils gardaient des moutons, comme le raconte le New-York Times.

L'attaque en question a eu lieu le mercredi 8 fevrier, dans le nord de la Kapisa, près du village de Margar, dans une zone tadjike - une population en général plutôt favorable à la coalition que les pachtounes ou les pashaïs de la province. Huit jours plus tard, ni l'identité des enfants, ni leurs photos n'ont été rendues publiques. Aucun témoignage de familles n'a été recueilli. Que s'est-il passé ?

A la suite d'une enquête de l'ISAF et de l'armée française, des sources militaires françaises reconnaissent qu'un engagement a bien eu lieu ce jour là. "Une frappe aérienne a eu lieu à 10h48, mais nous avons la certitude que le groupe d'hommes visés étaient armé. A acun moment, nous n'avons identifiés des enfants dans ce groupe ou à proximité". Deux bombes GBU ont été largués par un chasseur américain qui était présent depuis une demi-heure au dessus de la zone.

Ce bombardement a eu lieu au cours d'une action dans le village de Margar et dans un hameau attenant. Une cinquantaine de forces spéciales afghanes (Provincial Response Company) intervenait dans ce secteur, soutenu par une trentaine de militaires français. Une équipe d'observation (tireurs d'élite et controleur aérien avancé JTAC) avait été héliportée sur un point haut à partir duquel il pouvait observer la scène, située entre 900 et 1400 mètres de distance.

Devant l'arrivée des forces de la coaltion, un premier groupe de quatorze hommes, dont certains étaient armés d'armes d'infanterie, a quitté le village pour se diriger vers le fond de vallée dans un paysage de roches et de neiges. L'altitude est supérieure à 2000 mètres. Un autre groupe de huit hommes partait également dans une vallée adjacente, également armé. A un moment, ils sont remontés en direction de la ligne de crète, à partir de laquelle ils pouvaient prendre à partie les forces de la coalition. C'est ce groupe qui a été visé par le tir, après une identification formelle à 10h32?
L'autre groupe n'a pas été engagé, parce qu'un enfant en faisait partie - comme cela avait pu être observé.

On touche là aux règles d'engagements de l'Isaf - qui sont particulièrement strictes. "Si un combattant insurgé marche à côté d'un enfant qui porte son arme, que faites-vous ?" avons nous demandé à une source officielle. Réponse : "Nous n'engageons pas." Et de reconnaitre que cela arrive en permanence... Les combattants afghans savent qu'il leur suffit d'utiliser, de gré ou de force, des petits porteurs d'armes, des enfants donc, pour échapper aux tirs de la coalition. Drôle de guerre, où les principes moraux des uns sont utilisés par les autres.

Après la frappe, des femmes du village sont allés récupérés six corps d'homme qui ont été redescendu vers les maisons. Plus tard, l'équipe d'inspection de l'Isaf a trouvé sur place des vêtements militaires tâchés de sang, ainsi qu'une botte d'homme et une chaussure d'enfant. Aucune trace d'explosif (de la bombe GBU) n'a été trouvé sur cette chaussure, assurent les militaires français, sans pouvoir plus d'explications avérées.

L'expérience récente tend à prouver que si une "bavure" avait eu lieu, les autorités militaires le reconnaitraient, comme cela avait le cas en avril 2010, lorsque quatre enfants refugiés derrière un mur avaient été tués par un tir de missile Milan français, au cours d'un engagement contre les insurgés (lire notre post d'alors ).

Cette affaire intervient dans un contexte de fortes tensions entre le président Karzaï et les alliés, notamment américains. Les relations avec les Français ne sont pas non plus au beau fixe, depuis la mort de soldats français tués par des militaires de l'Armée nationale afghane. Si des enfants ont été tués, comme l'affirme le président Karzaï, il doit être en mesure de fournir leurs identités et celles de leurs parents. Reste que cette affaire, parce ce qu'elle dévoile des règles d'engagement de la coalition, dont il est difficile de critiquer le bien fondé, témoigne si besoin était qu'Afghanistan rime vraiment avec Absurdistan.


Actualisé :
La force de l'Otan en Afghanistan (ISAF) a affirmé mercredi 15 fevrier que les huit enfants que les autorités afghanes lui reprochent d'avoir tués la semaine dernière étaient des "adolescents" qui étaient "armés" et constituaient "une menace". Le gouvernement afghan parle d'un groupe d'enfants, âgés de 6 à 14 ans et d'un plus grand "attardé mental""Il s'agissait de jeunes Afghans de taille adulte, athlétiques, forts" et qui "marchaient dans la vallée", a expliqué Mike Wigston, le commandant des opérations aériennes de l'Isaf. "Selon nous, c'étaient des adolescents d'environ 15-16 ans, et un plus âgé". "Ils n'ont pas été bombardés parce que nous pensions qu'il étaient des talibans, des insurgés ou des trafiquants. Ils l'ont été car nous pensions qu'ils représentaient une menace", a affirmé l'officier de l'Isaf. "Leur taille n'est pas le seul facteur. Il y a aussi le fait qu'ils transportaient (des armes), la manière dont ils se déplaçaient, dont ils se regroupaient, l'endroit où ils se trouvaient physiquement quand les troupes (afghanes et de l'Isaf) étaient dans la vallée", a-t-il plaidé.

Qui étaient ces adolescents et que faisaient-ils ? Clairement, selon les documents que nous avons pu voir, il ne s'agit d'enfants gardant des moutons autour d'un feu comme l'ont d'abord dit les autorités afghanes. L'un des principaux mystères de cette affaire tient au fait que le village (et les jeunes en question) sont tadjiks - c'est-à-dire en général plutôt hostiles aux insurgés pachtounes. S'agit-il d'un reglement de compte complexe entre Afghans ? D'une sur-réaction des militaires de la coalition ? Une chose est certaine, comme je l'écrivais déjà fin 2008 : "Il faut quitter l'Afghanistan. Et vite".
 


Photo (EMA/CC Jérémie) : un tireur d'élite vers Tagab (plus de détails ici )






Rédigé par Jean-Dominique Merchet le Mardi 14 Février 2012 à 11:30

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Jean-Dominique Merchet, journaliste à Marianne, je m'occupe des questions militaires depuis une vingtaine d'années. C'est une passion dans laquelle je suis tombé tout petit... Né en 1959, franc-comtois et versaillais, je suis un auditeur de l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN 49). J'ai créé ce blog en 2007.


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