Zygmunt Bauman: l'échelon national ou le chaos ?
Mercredi 14 Avril 2010 à 17:01 | Lu 10864 fois I 22 commentaire(s)
par Hervé Marchal
Dans son dernier livre, le grand sociologue anglais Zygmunt Bauman interroge la question de l'Identité. Nous assistons au passage d'une phase solide à une phase liquide de la modernité. Les structures, les identités, les autorités ne tiendront plus longtemps. D'où l'urgence, selon lui de retarder l'implosion de l'échelon national pour protéger les individus.
Zygmunt Bauman
Ce livre (L'identité de Zygmunt Bauman) résulte de l’initiative de Benedetto Vecchi, lequel a en effet décidé d’entamer une conversation avec Zygmunt Bauman sur la problématique de l’identité à partir de courriers électroniques. Cette dernière précision a son importance car les échanges par mails ont permis l’aménagement d’un temps de réflexion et la formulation de demandes d’éclaircissements, ce qui donne au final un ouvrage dense, très plaisant à lire et entrecoupé de quelques questions de fond posées par l’initiateur de cette discussion.
Pour Bauman, il est clair que nous sommes entrés dans l’ère de la « modernité liquide » marquée par la multiplicité des croyances et des idées et, par voie de conséquence, par la nécessité de faire des choix d’identité, d’opérer des réajustements, de comparer et de négocier ; autant dire que les identités individuelles, ainsi que les appartenances qui les sous-tendent, ne sont jamais gravées dans le marbre. « Dans notre modernité liquide, insiste Bauman, le monde se découpe en tranches dépareillées, nos vies individuelles s’émiettent en une succession de moments incohérents. Tout autant que nous sommes, nous traversons successivement des « communautés d’idées et de principes », qu’elles soient authentiques ou illusoires, consistantes ou éphémères. » (p. 22).
Pour Bauman, il est clair que nous sommes entrés dans l’ère de la « modernité liquide » marquée par la multiplicité des croyances et des idées et, par voie de conséquence, par la nécessité de faire des choix d’identité, d’opérer des réajustements, de comparer et de négocier ; autant dire que les identités individuelles, ainsi que les appartenances qui les sous-tendent, ne sont jamais gravées dans le marbre. « Dans notre modernité liquide, insiste Bauman, le monde se découpe en tranches dépareillées, nos vies individuelles s’émiettent en une succession de moments incohérents. Tout autant que nous sommes, nous traversons successivement des « communautés d’idées et de principes », qu’elles soient authentiques ou illusoires, consistantes ou éphémères. » (p. 22).
Un Etat sans emprise sur les existences individuelles
Il en résulte une difficulté d’appréhender l’identité subjective en termes de continuité dans le temps (mêmeté) et de cohérence (ipséité). Autrement dit, c’est le sentiment de soi qui est ici contrarié dans son existence même.
L’impossibilité de savoir que l’on est vraiment à sa place, que l’on est enfin soi est déroutant, fatiguant, psychiquement douloureux. L’identité a perdu les apparences du naturel avec la fin des sociétés d’interconnaissance où le sens de la vie apparaissait évident, allant de soi. Mais l’identité a aussi perdu ses garanties holistes avec la remise en cause de l’Etat-nation. On ne croit plus d’une façon générale à la fable selon laquelle être né là, c’est être de facto français par exemple.
L’Etat qui s’était érigé en instance de sens ne peut plus revendiquer une emprise décisive et exclusive sur des existences individuelles articulées autour de multiples cadres de références, et ce d’autant plus que l’Etat s’est lui-même désengagé en partie de nos vies, sans compter qu’il se trouve dépassé par des enjeux et des questions qui débordent son champ d’intervention.
Si cette nouvelle situation explique en partie le succès des intégrismes quels qu’ils soient, il n’en reste pas moins qu’elle est surtout à l’origine de cette figure centrale et caractéristique de la société liquide, « l’homme sans attaches » (p. 87), successeur de cet « homme sans qualités » dépeint par Robert Musil.
Lire la suite sur le site Nouvelles de l'humanité
L’impossibilité de savoir que l’on est vraiment à sa place, que l’on est enfin soi est déroutant, fatiguant, psychiquement douloureux. L’identité a perdu les apparences du naturel avec la fin des sociétés d’interconnaissance où le sens de la vie apparaissait évident, allant de soi. Mais l’identité a aussi perdu ses garanties holistes avec la remise en cause de l’Etat-nation. On ne croit plus d’une façon générale à la fable selon laquelle être né là, c’est être de facto français par exemple.
L’Etat qui s’était érigé en instance de sens ne peut plus revendiquer une emprise décisive et exclusive sur des existences individuelles articulées autour de multiples cadres de références, et ce d’autant plus que l’Etat s’est lui-même désengagé en partie de nos vies, sans compter qu’il se trouve dépassé par des enjeux et des questions qui débordent son champ d’intervention.
Si cette nouvelle situation explique en partie le succès des intégrismes quels qu’ils soient, il n’en reste pas moins qu’elle est surtout à l’origine de cette figure centrale et caractéristique de la société liquide, « l’homme sans attaches » (p. 87), successeur de cet « homme sans qualités » dépeint par Robert Musil.
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