Zu Guttenberg, ministre démissionnaire mais pas impopulaire
Lundi 7 Mars 2011 à 12:01 | Lu 4884 fois I 10 commentaire(s)
Diplômé en sciences politiques et professeur en Etudes européennes à l’université de... En savoir plus sur cet auteur
Pour Gilbert Casasus, au delà des raisons qui les ont poussés à la démission, l'ancien ministre d'Angela Merkel, le baron zu Guttenberg, et Michèle Alliot-Marie connaissent des trajectoires opposées. Quand l'une sort « par la petite porte », l'autre, plébiscité par les Allemands, a probablement encore un bel avenir politique devant lui.
Alliot-Marie est partie, zu Guttenberg, aussi. L’une s’est emmêlé les pinceaux en Tunisie, l’autre a été pris la main dans le sac après avoir déposé sa thèse de doctorat entachée de plagiat. Et voilà que la France et l’Allemagne se retrouvent à égalité dans l’actualité du scandale politique. Lequel des deux est le plus grave, le plus condamnable, cela n’a, à vrai dire, guère d’importance. Le fait est que deux ministres aux portefeuilles régaliens, l’une aux Affaires étrangères, l’autre à la Défense, sont tombés à quatre jours d’intervalle, parce qu’ils n’ont pas su respecter ce minimum de décence politique qui incombe à leur fonction. Leur démission était devenue incontournable car elle préserve la crédibilité de deux systèmes qui, somme toute, en comparaison avec d’autres, demeurent relativement performants et légitimes. En ce sens, la France et l’Allemagne ont démontré qu’elles sont encore loin des crises qui agitent certains de leurs partenaires et qu’elles n’ont pas encore entièrement succombé à la berlusconisation qui mine une Italie toujours incapable de se séparer de son Président du conseil.
Faut-il pour autant se contenter de ce satisfecit et passer à l’ordre du jour, comme si de rien n’était ? Rien n’est moins sûr. Les départs de Michèle Alliot-Marie et de Karl-Theodor zu Guttenberg reflètent pour chacun d’entre eux les avatars de la vie politique française et allemande. Alors que les amitiés particulières entre certains dirigeants français et quelques leaders nord-africains ne pouvaient que déboucher sur des conflits d’intérêts, la suffisance de plusieurs responsables allemands devait, un jour ou l’autre, se solder par cet écart de comportement dont le ministre de la Défense démissionnaire vient de se rendre coupable.
Première femme politique française à avoir occupé un aussi grand nombre de fonctions prestigieuses, de Présidente de parti jusqu’au poste envié de chef du Quai d’Orsay, Michèle Alliot-Marie est sortie pour de bon par la petite porte. Par sa propre faute, elle est aussi devenue l’emblème d’une droite française qui, de Chirac à Sarkozy, naguère victorieuse, semble désormais être à bout de souffle. Quant à Karl-Theordor zu Guttenberg, il vient de subir le premier accroc sérieux qui pourrait même hypothéquer la suite de sa carrière. Que celle-ci s’arrête définitivement, rien néanmoins ne le laisse présager pour l’instant. Ce Bavarois de trente-neuf ans, maestro du « copier-coller », jeune homme apparemment bien sous tout rapport, de surcroît baron de son état, pourrait bel et bien connaître le même sort que celui qui, il y a près de cinquante ans, avait failli coûter l’avenir politique du légendaire Franz-Josef Strauss. Alors ministre de la Défense, tout comme zu Guttenberg l’était encore il y a quelques jours, le chef historique de la très conservatrice CSU avait perdu toute crédibilité politique lors de l’affaire dite du Spiegel. Parce qu’ayant fait emprisonner à tort le directeur du prestigieux magazine de Hambourg, Strauss semblait condamné à tout jamais. Cela ne l’empêcha pourtant pas de rebondir, de faire à nouveau partie du gouvernement fédéral à Bonn et d’occuper non seulement le fauteuil de Ministre-Président de la Bavière à Munich mais aussi de se présenter à la chancellerie contre Helmut Schmidt en octobre 1980. Et tel pourrait également être le destin de ce charmant gentleman usurpateur qu’est Karl-Theodor zu Guttenberg. En effet, nombre d’Allemands ne désespèrent pas de le voir un jour Chancelier !
Si la démission de Michèle Alliot-Marie fut saluée par une majorité de Français, tel ne fut pas le cas de celle de zu Guttenberg chez les Allemands. Celui-ci a déclenché une grande vague de sympathie auprès de ses compatriotes qui, selon un récent sondage, continuent à le placer à la première place des personnalités politiques. D’ailleurs, la chancelière ne s’est pas trompée et continue de défendre son ex-ministre. Incarnant volontiers un personnage clé dans ce roman d’un tricheur, Angela Merkel est une nouvelle fois au diapason d’une société allemande qui n’en finit pas d’affirmer son assurance et sa maîtrise de soi. Cette attitude dominatrice contraste avec celle de Nicolas Sarkozy qui après avoir renvoyé Alliot-Marie mobilisa tous les médias pour prononcer, paraît-il, un important discours de politique étrangère. Sauf qu’en guise de grande allocution, les Français ont eu droit à un discours qui, pour parler comme Jacques Chirac, a fait « pschitt » ! Comment en effet vouloir sérieusement relancer une politique méditerranéenne de la France en ressortant de derrière les fagots une « Union pour la Méditerranée », dont le Président de la République avait choisi, entre autres et dès 2007, comme fers de lance Hosni Moubarak et Zine el-Abidine Ben Ali, sans oublier aussi un certain Mouammar Khadafi, voire le leader syrien Bachar el-Assad invité à Paris lors des cérémonies officielles le 14 juillet 2008 ?
Ici la chancelière allemande se trouve certes dans une meilleure posture que ne l’est son homologue français. Toutefois, qu’elle se garde bien de triompher. En effet, son attitude lors de « l’affaire zu Guttenberg » démontre que, contrairement à ce qu’ils croient et ne cessent de proclamer, les Allemands ne sont pas plus vertueux que ne le sont les Français. Mais aucun dirigeant berlinois ne l’osera l’avouer de lui-même, toujours persuadé qu’il est, que les cas de corruption demeurent réservés au sud de l’Europe !
Faut-il pour autant se contenter de ce satisfecit et passer à l’ordre du jour, comme si de rien n’était ? Rien n’est moins sûr. Les départs de Michèle Alliot-Marie et de Karl-Theodor zu Guttenberg reflètent pour chacun d’entre eux les avatars de la vie politique française et allemande. Alors que les amitiés particulières entre certains dirigeants français et quelques leaders nord-africains ne pouvaient que déboucher sur des conflits d’intérêts, la suffisance de plusieurs responsables allemands devait, un jour ou l’autre, se solder par cet écart de comportement dont le ministre de la Défense démissionnaire vient de se rendre coupable.
Première femme politique française à avoir occupé un aussi grand nombre de fonctions prestigieuses, de Présidente de parti jusqu’au poste envié de chef du Quai d’Orsay, Michèle Alliot-Marie est sortie pour de bon par la petite porte. Par sa propre faute, elle est aussi devenue l’emblème d’une droite française qui, de Chirac à Sarkozy, naguère victorieuse, semble désormais être à bout de souffle. Quant à Karl-Theordor zu Guttenberg, il vient de subir le premier accroc sérieux qui pourrait même hypothéquer la suite de sa carrière. Que celle-ci s’arrête définitivement, rien néanmoins ne le laisse présager pour l’instant. Ce Bavarois de trente-neuf ans, maestro du « copier-coller », jeune homme apparemment bien sous tout rapport, de surcroît baron de son état, pourrait bel et bien connaître le même sort que celui qui, il y a près de cinquante ans, avait failli coûter l’avenir politique du légendaire Franz-Josef Strauss. Alors ministre de la Défense, tout comme zu Guttenberg l’était encore il y a quelques jours, le chef historique de la très conservatrice CSU avait perdu toute crédibilité politique lors de l’affaire dite du Spiegel. Parce qu’ayant fait emprisonner à tort le directeur du prestigieux magazine de Hambourg, Strauss semblait condamné à tout jamais. Cela ne l’empêcha pourtant pas de rebondir, de faire à nouveau partie du gouvernement fédéral à Bonn et d’occuper non seulement le fauteuil de Ministre-Président de la Bavière à Munich mais aussi de se présenter à la chancellerie contre Helmut Schmidt en octobre 1980. Et tel pourrait également être le destin de ce charmant gentleman usurpateur qu’est Karl-Theodor zu Guttenberg. En effet, nombre d’Allemands ne désespèrent pas de le voir un jour Chancelier !
Si la démission de Michèle Alliot-Marie fut saluée par une majorité de Français, tel ne fut pas le cas de celle de zu Guttenberg chez les Allemands. Celui-ci a déclenché une grande vague de sympathie auprès de ses compatriotes qui, selon un récent sondage, continuent à le placer à la première place des personnalités politiques. D’ailleurs, la chancelière ne s’est pas trompée et continue de défendre son ex-ministre. Incarnant volontiers un personnage clé dans ce roman d’un tricheur, Angela Merkel est une nouvelle fois au diapason d’une société allemande qui n’en finit pas d’affirmer son assurance et sa maîtrise de soi. Cette attitude dominatrice contraste avec celle de Nicolas Sarkozy qui après avoir renvoyé Alliot-Marie mobilisa tous les médias pour prononcer, paraît-il, un important discours de politique étrangère. Sauf qu’en guise de grande allocution, les Français ont eu droit à un discours qui, pour parler comme Jacques Chirac, a fait « pschitt » ! Comment en effet vouloir sérieusement relancer une politique méditerranéenne de la France en ressortant de derrière les fagots une « Union pour la Méditerranée », dont le Président de la République avait choisi, entre autres et dès 2007, comme fers de lance Hosni Moubarak et Zine el-Abidine Ben Ali, sans oublier aussi un certain Mouammar Khadafi, voire le leader syrien Bachar el-Assad invité à Paris lors des cérémonies officielles le 14 juillet 2008 ?
Ici la chancelière allemande se trouve certes dans une meilleure posture que ne l’est son homologue français. Toutefois, qu’elle se garde bien de triompher. En effet, son attitude lors de « l’affaire zu Guttenberg » démontre que, contrairement à ce qu’ils croient et ne cessent de proclamer, les Allemands ne sont pas plus vertueux que ne le sont les Français. Mais aucun dirigeant berlinois ne l’osera l’avouer de lui-même, toujours persuadé qu’il est, que les cas de corruption demeurent réservés au sud de l’Europe !
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