Zemmour et Naulleau: méchants ou consciencieux ?
Mercredi 22 Septembre 2010 à 14:01 | Lu 19774 fois I 41 commentaire(s)
Philippe Bilger - Blogueur Associé
Chaque week end le téléspectateur se délecte à l'avance du spectacle qui va lui être donné, de regarder un artiste en pleine promo être conduit à l'échafaud afin d'y être exécuté ou gracié - tout peut arriver - par les deux bourreaux que sont Zemmour et Naulleau. Néanmoins, cette réputation qui leur a été faite serait tronquée. C'est en tout cas ce que semble croire Philippe Bilger.
Faut-il prévenir : attention, animateurs méchants ?
En quittant la métropole pour la splendide et diverse Nouvelle-Calédonie, je lis Le Parisien qui examine sérieusement, sous la signature d'Alain Pirot, cette question : Comment affronter Zemmour et Naulleau ? Leur réputation est faite puisqu'une telle interrogation semble au moins plausible et que sont décrits et dénoncés les procédés qui serviraient, mais en vain, à attirer leurs bonnes grâces, par exemple « une gentillesse excessive en coulisses » genre Erik Orsenna ou « la méthode Coué ou serpillère ».
A quelques heures de mon retour, pour me replonger dans ce qui constitue souvent le plat principal des badinages parisiens, j'ai envie non pas de les défendre - ils n'ont pas besoin de moi - mais de souligner que la cruauté médiatique dont avec quelque frisson on les honore est usurpée.
D'abord, quel monde étrange qui, pour se consoler de sa superficialité, prétend découvrir chez deux de ses représentants emblématiques une vérité et même une brutalité que, de bonne foi, on ne perçoit pas ! Nous sommes tellement habitués non pas à un parler faux mais à un parler vide, donc sans danger pour celui qui interpelle comme pour celui qui réplique, que la moindre aspérité, le plus petit mouvement de décalage intellectuel, la plus légère contradiction ressemblent quasiment à un tremblement de l'esprit. Ils lisent les livres, regardent les films, écoutent les chansons et ne les aiment pas tous. Et alors ? L'inconditionnalité promotionnelle doit-elle régner à ce point sur les plateaux de télévision pour qu'un zeste de brisure dans l'enthousiasme ou un fléchissement dans l'hyperbole représentent une intolérable blessure, comme une perfide trahison ?
En quittant la métropole pour la splendide et diverse Nouvelle-Calédonie, je lis Le Parisien qui examine sérieusement, sous la signature d'Alain Pirot, cette question : Comment affronter Zemmour et Naulleau ? Leur réputation est faite puisqu'une telle interrogation semble au moins plausible et que sont décrits et dénoncés les procédés qui serviraient, mais en vain, à attirer leurs bonnes grâces, par exemple « une gentillesse excessive en coulisses » genre Erik Orsenna ou « la méthode Coué ou serpillère ».
A quelques heures de mon retour, pour me replonger dans ce qui constitue souvent le plat principal des badinages parisiens, j'ai envie non pas de les défendre - ils n'ont pas besoin de moi - mais de souligner que la cruauté médiatique dont avec quelque frisson on les honore est usurpée.
D'abord, quel monde étrange qui, pour se consoler de sa superficialité, prétend découvrir chez deux de ses représentants emblématiques une vérité et même une brutalité que, de bonne foi, on ne perçoit pas ! Nous sommes tellement habitués non pas à un parler faux mais à un parler vide, donc sans danger pour celui qui interpelle comme pour celui qui réplique, que la moindre aspérité, le plus petit mouvement de décalage intellectuel, la plus légère contradiction ressemblent quasiment à un tremblement de l'esprit. Ils lisent les livres, regardent les films, écoutent les chansons et ne les aiment pas tous. Et alors ? L'inconditionnalité promotionnelle doit-elle régner à ce point sur les plateaux de télévision pour qu'un zeste de brisure dans l'enthousiasme ou un fléchissement dans l'hyperbole représentent une intolérable blessure, comme une perfide trahison ?
Ce n'est pas tout. Un système a été mis en place qui n'a pour but que d'accréditer cette aura sulfureuse et fictivement malfaisante de « bourreaux » des esprits. Ceux qui ont peur sont invités mais refusent comme Michel Houellebecq ou viennent en « s'aplatissant » de crainte pour, terrorisés, ne plus jamais revenir. Les seules exceptions concernent tel ou tel, soit résistant de haute volée comme Bernard-Henri Lévy soit ceux dont nos deux compères ont décidé d'un commun accord de ne dire que du bien avec une sympathie tellement ostensible qu'elle en devient suspecte - je pense notamment au passage de Denis Tillinac. Ceux qui n'ont pas peur ne sont pas invités de sorte qu'il n'y a aucun risque pour que le mécanisme de l'intimidation nécessaire au succès de l'émission de Laurent Ruquier connaisse des ratés. J'ajoute qu'il n'est pas neutre de laisser croire à intervalles réguliers à des « dérapages » de Zemmour ou à des attaques scandaleuses de Naulleau pour mieux créer artificiellement une atmosphère de péril et de menace constants.
Ce billet n'est pas un acte de candidature. Je ne me mets pas sur la liste des invités qui n'ont pas peur. Je vais surprendre mais ce qui me gênerait, ce ne serait pas « d'affronter » Eric Zemmour et Eric Naulleau que je ne trouve pas méchants mais consciencieux et vivants.
Ce qui me perturberait plutôt, ce serait de devoir supporter les « auto-esclaffements » satisfaits de Laurent Ruquier. C'est infiniment plus pénible que de le savoir « de gauche », ce qui chagrinerait le président de la République et n'a pas la moindre importance !
Retrouvez les articles de Philippe Bilger sur son blog
Ce billet n'est pas un acte de candidature. Je ne me mets pas sur la liste des invités qui n'ont pas peur. Je vais surprendre mais ce qui me gênerait, ce ne serait pas « d'affronter » Eric Zemmour et Eric Naulleau que je ne trouve pas méchants mais consciencieux et vivants.
Ce qui me perturberait plutôt, ce serait de devoir supporter les « auto-esclaffements » satisfaits de Laurent Ruquier. C'est infiniment plus pénible que de le savoir « de gauche », ce qui chagrinerait le président de la République et n'a pas la moindre importance !
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