Xynthia : ASI (et Marianne) entre émotionnel et vengeance sociale
Mardi 20 Avril 2010 à 17:01 | Lu 9141 fois I 23 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
S'interrogeant sur la détresse (trop?) télégénique des victimes de la tempête Xynthia, le site Arrêt sur Images rappelle cet oubli présumé délibéré des chaînes de télé: la plupart des maisons touchées sont des résidences secondaires. Dans Sud-Ouest, Jean-Claude Guillebaud écrit qu'au-delà de la valeur d'un bien immobilier, c'est bien plus d'une dévastation immatérielle dont aucun expert ne saurait évaluer l'intensité dont il est question.
Xynthia ? Une tempête dans un verre d’eau avec quelques « résidences secondaires » autour ou une « blessure de l'âme dont aucun expert ne saurait évaluer l'intensité » comme l’écrit le journaliste Jean-Claude Guillebaud dans Sud-Ouest.
Le site Arrêt sur Images a choisi. Dans un article - repris dans le n uméro de Marianne atuellement en kiosque - critiquant l’aspect trop émotionnel de la couverture par les JT des « sinistrés de Xynthia », le site fait remarquer un oubli : « la plupart des maisons détruites étaient des résidences secondaires. L'affaire est entendue. Les vies de ces habitants sont à reprendre à zéro, « une vie s'en va », il leur faut « tourner la page ». Du moins si l'on en croit les JT ».
Arrêt sur Images passe rapidement sur ces menus détails : « pour la grande majorité d'entre eux, la réalité n'est pas aussi noire que ne le laissent penser ces images. D'abord, comme le rappellent tous les reportages, ils toucheront d'importantes sommes d'argent, 250 000 euros en moyenne par maison détruite, selon la Fédération française des sociétés d'assurance. Mais surtout, ni le 7, ni le 8 avril, les JT n'ont rappelé un fait important : la plupart des habitants des maisons bientôt détruites ne se retrouveront pas à la rue ! Ces maisons sont en effet pour leur large majorité des résidences secondaires ».
Le site Arrêt sur Images a choisi. Dans un article - repris dans le n uméro de Marianne atuellement en kiosque - critiquant l’aspect trop émotionnel de la couverture par les JT des « sinistrés de Xynthia », le site fait remarquer un oubli : « la plupart des maisons détruites étaient des résidences secondaires. L'affaire est entendue. Les vies de ces habitants sont à reprendre à zéro, « une vie s'en va », il leur faut « tourner la page ». Du moins si l'on en croit les JT ».
Arrêt sur Images passe rapidement sur ces menus détails : « pour la grande majorité d'entre eux, la réalité n'est pas aussi noire que ne le laissent penser ces images. D'abord, comme le rappellent tous les reportages, ils toucheront d'importantes sommes d'argent, 250 000 euros en moyenne par maison détruite, selon la Fédération française des sociétés d'assurance. Mais surtout, ni le 7, ni le 8 avril, les JT n'ont rappelé un fait important : la plupart des habitants des maisons bientôt détruites ne se retrouveront pas à la rue ! Ces maisons sont en effet pour leur large majorité des résidences secondaires ».
Un torrent lacrymal
Et les journalistes de citer les exemples de l’Aiguillon-sur-Mer où sur 241 habitations rasées, seules 25 sont des résidences principales et de la Faute-sur-Mer où on en dénombre 92 sur les 674 maisons condamnées. « En clair, dans ces deux communes, plus de 87% des habitations à détruire sont des résidences secondaires…» affirme le site.
Les auteurs évoquent dès lors d’une information « tronquée par les chaînes, au bénéfice de l'émotion, naturellement déclenchée devant le torrent lacrymal présenté sur les écrans. D'autant plus gênant que les journalistes de TF1, France ou France 3 disposaient des éléments pour amener cette précision ». Nulle découverte ici : la télévision a abandonné toute adresse à l’intelligence et ne rime plus qu’exclusivement avec émotion. Du bon gros pathos qui à trop dégouliner sur les écrans peut tout aussi bien susciter des réactions de rejet.
Les auteurs évoquent dès lors d’une information « tronquée par les chaînes, au bénéfice de l'émotion, naturellement déclenchée devant le torrent lacrymal présenté sur les écrans. D'autant plus gênant que les journalistes de TF1, France ou France 3 disposaient des éléments pour amener cette précision ». Nulle découverte ici : la télévision a abandonné toute adresse à l’intelligence et ne rime plus qu’exclusivement avec émotion. Du bon gros pathos qui à trop dégouliner sur les écrans peut tout aussi bien susciter des réactions de rejet.
Des résidences secondaires pour riches de la télé
C’est le cas sur le forum du site où les intervenants adhèrent en masse à ce discours. Chacun y va de ses arguments : « me sont revenus en tête les Haïtiens, avec leurs handicaps (car beaucoup ont du subir des amputations), avec leurs pauvres tentes sous les pluies diluviennes... et en même temps, dans le même journal, les images des favelas de Rio qui glissaient en enfouissant sous leurs détritus et la boue, des personnes vivantes...Et oui, ensuite, on relativise » écrit clomani.
- « Bien dit et établi. C'est que pour la grande bourgeoisie française et notamment parisienne et notamment médiatique, ces pauvres victimes qui viennent de perdre leur deuxième maison, c'est tellement émouvant, ca les touche tellement... » ajoute jean-christophe.
- Marie explique qu’elle a « passé des années de colère à cause de toutes ces affreuses baraques qui ont salopé le bord de mer. Alors, les morts, c'est grave et triste mais sinon, je suis ravie de ce qui vient de se passer . Je crois savoir pourquoi la télé a zappé allègrement l'info résidence secondaire : parce qu'il doit y avoir des gens riches de la télé qui ont des maisons là-bas et veulent empêcher que ça soit détruit en ameutant l'opinion publique : il faudrait enquêter là-dessus, je pense».
- « Bien dit et établi. C'est que pour la grande bourgeoisie française et notamment parisienne et notamment médiatique, ces pauvres victimes qui viennent de perdre leur deuxième maison, c'est tellement émouvant, ca les touche tellement... » ajoute jean-christophe.
- Marie explique qu’elle a « passé des années de colère à cause de toutes ces affreuses baraques qui ont salopé le bord de mer. Alors, les morts, c'est grave et triste mais sinon, je suis ravie de ce qui vient de se passer . Je crois savoir pourquoi la télé a zappé allègrement l'info résidence secondaire : parce qu'il doit y avoir des gens riches de la télé qui ont des maisons là-bas et veulent empêcher que ça soit détruit en ameutant l'opinion publique : il faudrait enquêter là-dessus, je pense».
Un projet de vie en zone noire...
Dans Sud-Ouest, le journaliste Jean-Claude Guillebaud propose une autre lecture de ces situations de détresse répliquant au bavardage « principalement chiffré » proposé par les médias : « tant de victimes, tant de millions de mètres cubes d’eau de mer, tant de milliards pour réparer les dégâts (…) Nos médias ont finalement ressemblé à un immense tableau de comptes, une leçon d’arithmétique » quand la peine des hommes ne se « réduit pas à des chiffres, ni même à des raisonnements rationnels. Le regard des habitants de Charron, de Fouras ou de La Faute-sur-Mer n'en finit pas de s'attarder sur ces coins de dunes ou de marais submergés. Ils comprennent que ce qu'ils risquent de perdre, ce n'est pas seulement un «bien immobilier». À côté de l'idée de perte, il faut prendre en compte ce que faute de mieux on appellera le « chagrin ».
Une notion difficile à figurer en diagrammes ou autres baromètres dont la télé raffole « Or tout cela, savez-vous » poursuit le journaliste, « n'a rien à voir avec les chiffres. Ce n'est pas une perte »quantifiable que pleurent en silence ces hommes et ces femmes que l'on décide d'exiler loin de « chez eux ». C'est le deuil d'un paysage familier ; c'est la privation subite de quelques points de repère ; c'est une blessure de l'âme dont aucun expert ne saurait évaluer l'intensité. Tous ces gens ont bien compris que, au nom de la sécurité et de la « précaution », c'est du grenier de l'âme qu'on a décidé de les expulser à la va-vite. La plupart d'entre eux sont des retraités. Or, passé un certain âge, on ne reconstruit pas si facilement son paysage intérieur ».
Parmi l’abondance des commentaires d’ASI qui dans leurs vitupérations contre les résidences secondaires ne font qu’évoquer une forme de vengeance divine fondée sur l’indignation. Fabien s’étonne de cette « solidarité des @sinautes ». Evoquant l’exemple de ses beaux parents : « Ils ont acheté le terrain en 70 et ont construit cette maison pendant plus de 20 ans. ce sont des personnes modestes (lui cadre moyen dans l'industrie et elle ouvrière spécialisée dans la chaussure) et leur résidence principale à Chôlet est bien modeste (bien plus que la maison de la Faute). Ils passent tous leurs week end et toutes leurs vacances à la Faute, tous leurs investissements sont faits sur la maison de la Faute...
Il y a 2 semaines, mon beau père à fêté son départ à la retraite, l'idée était de vendre leur logement de Chôlet et de partir enfin vivre à la faute. toutefois pour toutes les « bonnes âmes » qui s exprime sur ce forum et pour les statistiques, il s agit sûrement d'une résidence secondaire mais pour eux c’est plus que ça : c'est un projet de vie ».
Un projet de vie réduit à l’état de zone noire.
Une notion difficile à figurer en diagrammes ou autres baromètres dont la télé raffole « Or tout cela, savez-vous » poursuit le journaliste, « n'a rien à voir avec les chiffres. Ce n'est pas une perte »quantifiable que pleurent en silence ces hommes et ces femmes que l'on décide d'exiler loin de « chez eux ». C'est le deuil d'un paysage familier ; c'est la privation subite de quelques points de repère ; c'est une blessure de l'âme dont aucun expert ne saurait évaluer l'intensité. Tous ces gens ont bien compris que, au nom de la sécurité et de la « précaution », c'est du grenier de l'âme qu'on a décidé de les expulser à la va-vite. La plupart d'entre eux sont des retraités. Or, passé un certain âge, on ne reconstruit pas si facilement son paysage intérieur ».
Parmi l’abondance des commentaires d’ASI qui dans leurs vitupérations contre les résidences secondaires ne font qu’évoquer une forme de vengeance divine fondée sur l’indignation. Fabien s’étonne de cette « solidarité des @sinautes ». Evoquant l’exemple de ses beaux parents : « Ils ont acheté le terrain en 70 et ont construit cette maison pendant plus de 20 ans. ce sont des personnes modestes (lui cadre moyen dans l'industrie et elle ouvrière spécialisée dans la chaussure) et leur résidence principale à Chôlet est bien modeste (bien plus que la maison de la Faute). Ils passent tous leurs week end et toutes leurs vacances à la Faute, tous leurs investissements sont faits sur la maison de la Faute...
Il y a 2 semaines, mon beau père à fêté son départ à la retraite, l'idée était de vendre leur logement de Chôlet et de partir enfin vivre à la faute. toutefois pour toutes les « bonnes âmes » qui s exprime sur ce forum et pour les statistiques, il s agit sûrement d'une résidence secondaire mais pour eux c’est plus que ça : c'est un projet de vie ».
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