Connectez-vous S'inscrire
Marianne2

Woerth recule puis perd les pédales devant la presse

Hervé Nathan - Marianne | Vendredi 3 Septembre 2010 à 05:01 | Lu 45243 fois

Le ministre du Travail a fini par reconnaître qu’il avait bien appuyé en 2007 par une lettre la candidature à la légion d’honneur de Patrice de Maistre, gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. Mais auparavant il s’est livré à une attaque en règle contre la presse en général et Marianne en particulier. Récit abrégé.



Woerth recule puis perd les pédales devant la presse
Il y avait foule inhabituelle pour la rentrée de l’Ajef, association des journalistes économiques et financiers, le 2 septembre à 8h30 dans les locaux du Centre de la presse étrangère, sis au rez-de-chaussée  du Grand Palais à Paris. Etaient présents  non seulement les représentants de l'habituelle presse économique et les spécialistes de la presse généraliste, mais aussi les radios, les Télévisions, et même la presse étrangère. L’invité, certes, justifiait l’afflux : Eric Woerth, ministre du Travail, en charge de la réforme des retraites, à cinq jours de l’ouverture du débat public à l’Assemblée nationale, et aussi objet d’enquêtes de police au sujet d’un supposé trafic d’influence.

Pour être  franc la première partie, consacrée à la retraite fut ennuyeuse. Aux questions précises sur ce que le gouvernement était prêt à lâcher, ou tout simplement à  négocier à l’occasion de la journée d’action du 7 septembre, le ministre a répondu par une langue de bois en chêne véritable. Nous avons appris que son équipe avait eu « 50 réunions Â» avec les syndicats et que, à partir du moment où les représentants des salariés ne voulaient pas accepter la retraite à 62 ans, « on ne pouvait pas négocier Â» avec eux. Que « la manifestation du 7 septembre (…) ne changera pas la réforme Â», même si « c’est normal, on écoutera les manifestants Â». Eric Woerth a même assuré que « c’est pas facile de réformer les retraites Â», et que « la pénibilité (au travail) c’est hyper pas simple d’en parler Â»â€¦.

Au bout de presque une heure, les journalistes avaient compris : le ministre ne fera aucun geste en direction de la CFDT. Son secrétaire général François Chérèque avait pourtant tendu une énorme perche dans Le Monde, la veille, proposant de négocier à condition que le gouvernement reporte une mesure (le report de 65 à 67 ans de l’âge de la retraite sans décote, qui concerne surtout les femmes) 18 mois, au-delà de 2018.

On passa donc aux questions « d’actualité politique Â». A une question « indirecte Â» de Philippe Mabille (La Tribune), portant sur le financement de l’UMP (Eric Woerth était trésorier du RPR puis de l’UMP jusqu’à l’été) , Eric Woerth répondit : « je suis tout à fait fier de ce que j’ai fait pour mon parti Â». Ce fut alors au tour du journaliste de Marianne de demander : « M. le ministre avez-vous ou non signé une lettre appuyant la candidature de Mr de Maistre pour la légion d’honneur, et si oui, pourquoi ? Â» Eric Woerth refusa dans un premier temps répondre, puis choisit la voie périlleuse de la riposte. En résumé, le Ministre a accusé notre journal de « dire n’importe quoi, de n’écrire qu’à charge. Vous dites que je mens, (allusion à la Une de Marianne : les preuves qu’il a menti). Vous écrivez n’importe quoi. La presse écrit n’importe quoi. Je ne vous en veux pas d’ailleurs…Mais si 40 journalistes se mettaient à écrire sur vous et votre vie privée, vous verriez l’effet que cela fait Â»

Puis d’autres journalistes, de Libération, de l’Express, du Parisien, de France 2 relayèrent les mêmes interrogations. Eric Woerth leur a répondu sur le même mode, utilisant à l’occasion une belle image de montagnard: « il faudrait purger les poches de haine comme on purge actuellement l’eau du glacier d’Argentières Â». Avant de lâcher, comme si c’était anodin : « ce courrier je l’ai fait comme député. C’est d’une grande banalité. » Puis : «Vous avez sorti toutes les lettres que font les députés ? On est dans la banalité absolue». Relancé, il se défend d’avoir jamais prétendu le contraire: Â« Je n'ai jamais menti à qui que ce soit et que ce soit cette lettre ou autre chose, je n'ai jamais menti ni aux Français ni évidemment à la justice. Â» Et d’ajouter : « Il n’y a qu’une seule personne qui sache ce que j’ai fait ou pas fait, c’est moi et je suis tranquille Â».Dernière affirmation : « Je n’ai rien à voir avec l’affaire Bettencourt Â»
Il était temps de clore la réunion.

Quelques heures plus tard, François Chérèque, qui n'a jamais voulu jusqu'alors mélanger le dossier des retraites avec l'affaire Bettencourt, reconnaissait lui-même dans un entretien publié par les Echos du 3 septembre :  les démêlés du ministre du Travail Eric Woerth dans l'affaire Bettencourt constituent « un vrai problème (...) comment peut-il gérer en même temps ses problèmes personnels avec l'affaire Bettencourt et la réforme des retraites? »
Et c'est bien pour résoudre cette contradiction que, la semaine prochaine, François Fillon va jouer les pompiers de service pour défendre la réforme des retraites. Dès vendredi soir, il déclarait conserver toute sa confiance à son ministre.

Article actualisé vendredi 3 septembre à 9h56


MOT-CLÉS : ajef, bettencourt, chereque, maistre, woerth


Dans la même rubrique :
< >

Samedi 4 Février 2012 - 05:01 Dossier - Etats-Unis, la course à la républicaine

Samedi 4 Février 2012 - 05:01 Les Talibans, déjà prétendants au trône d'Afghanistan



Le Mag

A partir de 5,99 € abonnez-vous à Marianne Numérique

S'abonner


La newsletter Marianne La page fan Facebook Marianne Marianne sur Twitter Marianne sur votre Mobile