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Washington demande au Pakistan de tenir ses réseaux talibans

Mardi 20 Septembre 2011 à 12:01 | Lu 3288 fois I 0 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Après la série d'attentats survenus dans la capitale afghane contre l'ambassade des Etats-Unis et le QG des forces de l'Otan, Cameron Munter a déclaré sur Radio Pakistan qu'il possédait les preuves de liens existants entre le réseau taliban Haqqani, présumé à l'origine des attentats, et le gouvernement Pakistanais. La sortie de l'Ambassadeur américain au Pakistan a fait l'effet d'une bombe.


Sirajuddin Haqqani, l'actuel chef du réseau Haqqani
Sirajuddin Haqqani, l'actuel chef du réseau Haqqani
Cela fait plusieurs mois que ces deux là se cherchent des poux dans la tête. Depuis l’assassinat en mai par les troupes d’élites américaines de Ben Laden en territoire pakistanais, les deux ne se parlaient plus.  
Le Pakistan avait accusé les USA d’avoir violé sa souveraineté. Washington expliquant de son côté qu’il craignait qu’Al-Qaïda soit alerté des projets américains si les autorités pakistanaises avaient été averties du raid à l’avance. Une façon de pointer la duplicité du Pakistan et notamment de ses services de renseignements.

« Qui est responsable de la naissance d'al-Qaida »
dans les années 1990 ? avait répliqué le premier Ministre pakistanais dans une allusion à peine voilée aux Etats-Unis.
En conséquence, Islamabad avait décidé de se défaire de dizaines d’instructeurs militaires américains et les Etats-Unis avaient annoncé une réduction d’un tiers de leur aide, de 2,7 milliards de dollars, au Pakistan pour le maintien de la sécurité.

Depuis, une semaine la tension est encore montée d’un cran avec les attentats commis à Kaboul le 13 septembre contre l’Ambassade des Etats-Unis, le QG des forces de l’OTAN et plusieurs autres représentations diplomatiques. S’exprimant sur une radio pakistanaise, l’ambassadeur américain au Pakistan, Cameron Munter a immédiatement abandonné la prudence du « langage diplomatique » mettant en cause directement le réseau taliban Haqqani avant d’ajouter qu’il possédait des preuves de « l’existence de liens entre le réseau Haqqani et le gouvernement pakistanais. C'est quelque chose qui doit cesser. Nous devons nous assurer que nous travaillons ensemble pour lutter contre le terrorisme ». Des propos peu fréquents dans la bouche d’un diplomate.

Pour Alain Chouet, ancien directeur des services de sécurité de la DGSE et auteur de Au coeur des Services spéciaux« Depuis le début des années 80, les services pakistanais et le gouvernement prétendent avoir le contrôle des talibans afghans et pakistanais. A mon avis, ce sont plutôt les talibans qui contrôlent le gouvernement, mais c’est un autre débat. Par contre, il y a des liens très forts entre l’ISI (les services secrets pakistanais) et les Talibans pour des raisons de politique intérieure pakistanaise et de contrôle de la carte afghane. Parce que pour le Pakistan, contrôler l’ Afghanistan, rentabiliser son contrôle de l’Afghanistan, c’est un bon point à faire valoir auprès des occidentaux et c’est important du point de vue de leur politique extérieure. Donc comme on a tiré sur son ambassade, l’ambassadeur américain a fini par dire tout haut ce que tout le monde disait tout bas ».

Haqqani, le nouveau cauchemar des Etats-Unis

La carte des attentats survenus le 13 septembre
La carte des attentats survenus le 13 septembre
Basé dans le Nord du Waziristan, constitué de 10 à 15.000 talibans selon le Combating Terrorism Center,  le réseau Haqqani est considéré par les militaires américains comme « l’un des groupes d’insurgés les plus résistants ». Il a commencé la lutte contre le gouvernement pro-américain de Kaboul et l’Otan après la chute du régime des talibans à la fin 2001. Haqqani est soupçonné d’avoir organisé certains des attentats les plus meurtriers contre les forces américaines en Afghanistan ces dernières années.
Le réseau Haqqani tire son nom de Jalaluddin Haqqani, chef moudjahidin charismatique de la lutte contre l’invasion soviétique dans les années 1980 qui se rallia ensuite au régime taliban.

Basé dans les zones frontalières pakistano-afghanes, moins célèbre qu’Al Qaïda et souvent présenté, à tort, comme proche de ce dernier, le réseau Haqqani pose de sérieuses difficultés  aux troupes américaines: «ce sont des talibans, mais ils n’ont pas grand chose à voir avec Al Qaïda, pour autant qu’il en reste encore quelque chose. Haqqani n'est pas un réseau internationaliste mais c’est l’un des grands réseaux extrémistes pachtounes » précise Alain Chouet. « Leurs objectifs se situent en Afghanistan pour des questions de pouvoir en Afghanistan vis à vis du gouvernement actuel mis en place par l’OTAN et entre différentes branches des Talibans. L’Afghanistan reste aussi divisé qu’il y a de tribus et de chefs de clans et avec le départ annoncé des troupes, tout le monde va vouloir marquer son territoire et prendre date pour le moment où il faudra recomposer les forces politiques afghanes. Chacun essaye de montrer sa capacité de contrôle, de nuisance, d’action etc. Les Talibans ont bien compris que l’Oncle Sam n’avait plus de sous et ils vont tous vouloir montrer qui est le chef parmi les chefs».  

Si Pakistanais et Américains ont renoué le dialogue, on est encore loin de s'envoyer des mots doux. Outre le premier avertissement du secrétaire américain à la Défense qui avait prévenu : « nous n’allons pas laisser ce type d’attaques se reproduire », dimanche, Hillary Clinton est allée rendre une petite visite de courtoisie à son homologue pakistanaise. Presque 4 heures d’un entretien « très substantiel et très franc ».
Selon l’AFP qui cite une source diplomatique : « les attentats ont changé la nature de l'entretien, décidé de longue date et dont la durée — trois heures et demie — a largement dépassé ce qui avait été prévu. Le contre-terrorisme est devenu le premier et le dernier point à l'ordre du jour ». Ambiance.

Etats-Unis - Pakistan: la haine réciproque

Si la Ministre des affaires étrangères pakistanaises « reconnaît » la menace, le gouvernement nie tout lien avec des groupes terroristes. Un discours que les américains qui reprochent au gouvernement pakistanais sa passivité voire sa complicité ne veulent plus entendre, faisant valoir que ces zones sont parmi les plus protégées de Kaboul et que ces attaques nécessitent organisation, planification et...complicités internes. 
« Chaque fois que des attentats de grande ampleur sont commis à Kaboul ou ailleurs en Afghanistan, le jeu des récriminations recommence », a déploré un officier pakistanais de haut rang ayant requis l'anonymat.

Un dialogue de sourds ? « Une véritable haine réciproque » selon le célèbre journaliste pakistanais Ahmed Rashid, auteur du livre Le retour des Talibans, dans une tribune au New-York Times : « Les Pakistanais ont désespérément besoin d'un autre discours, qui reconnaît franchement les erreurs passées et présentes de leurs dirigeants. Mais où sont les dirigeants capables de tenir un tel discours? Aujourd'hui, il n'existe plus de stratégie politique américaine ni pour le Pakistan, ni pour l'Afghanistan. Au bout de dix ans de combats, deux choses apparaissent clairement : les guerres dans cette région ne peuvent être gagnées par la pure force militaire et la prise de décisions politiques ne doit pas être laissée à la discrétion des généraux. La question de la haine réciproque deviendra de plus en plus difficile à résoudre tant que la guerre ne sera pas terminée et que les plaies n'auront pas été pansées ».







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