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Walter entre en résistance contre Sarkozy (2)

SuperNo - Blogueur associé | Dimanche 13 Décembre 2009 à 14:01 | Lu 12776 fois

Si, la Résistance nous concerne. Comme mouvement de lutte contre l'occupant et le régime pétainiste d'abord, mais aussi parce que le Conseil National de la Résistance a mis en place le système social qui nous permet, encore un peu, de vivre décemment. Ce même système social que la droite libérale a choisi de mettre à bas. SuperNo nous en parle dans cette deuxième partie de son article consacré au film de Gilles Perret «Walter entre en résistance»



Le film relate aussi des rencontres avec d’autres résistants. John Berger, écrivain, 82 ans lui aussi, et qui écrit à l’occasion pour « Le Monde Diplomatique », réfute le terme d’utopie concernant les militants qui veulent changer le monde, et estime au contraire que « s’il y a une utopie tyrannique, c’est l’utopie du néolibéralisme qui prétend qu’en cherchant des profits, en détruisant la Terre, en négligeant les gens, que, quelque part ça représente la liberté ».
Walter Bassan rencontre aussi Stéphane Hessel, 92 ans, autre grand résistant largement honoré par la République, et auteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en 1948. D’une incroyable vivacité d’esprit, et d’un optimisme dont j’aimerais bien avoir ne serait-ce que la moitié ! Il croit encore en l’esprit de résistance de la jeunesse, qu’il résume en ces termes :
« Il suffit qu’il y ait une minorité active, solide, des jeunes qui en veulent, qui considèrent que l’engagement ça signifie quelque chose, il suffit qu’ils soient le levain qui fait monter la pâte, et à ce moment-là nous aurons une France résistante »

Walter est une célébrité locale. Il donne des conférences dans les écoles, explique aux gamins ce qu’étaient la guerre, la résistance.
Une scène amusante montre les gamins qui chantent « Bellaciao » sous la direction de leur instit. C’est autre chose que la Marseillaise que Sarkozy (et Royal) voulaient nous faire ingurgiter de force !

La caméra le suit lors du voyage à Dachau de lycéens lauréats d’un concours. Il leur commente la visite du camp à l’aide d’anecdotes. Ils semblent intelligents, curieux, et en tout cas beaucoup plus évolués que l’idée que je me fais du lycéen moyen. (Idée renforcée par la rencontre cette semaine dans la salle d’attente d’un dentiste d’une lycéenne qui a passé son temps à afficher sur son téléphone portable des photos du héros de Twilight, en soupirant à sa mère « Il est trop beau »…). Dans le bus du retour, ça parle politique. Ces lycéens décidément bien dégourdis, philosophent sur les dangers de la propagande, sur la difficulté de démêler le vrai du faux, la nécessité de multiplier les sources d’information… Oui, mais attention, cela ne suffit pas… Gilles Perret leur demande pour qui ils auraient voté à la présidentielle. Et là, grosse désillusion : Sarkozy et Bayrou sont au coude à coude.

Cette scène a frappé beaucoup de monde dans l’assistance, et Gilles Perret est revenu dessus lors du débat. En précisant que l’un des lycéens avait voté Besancenot, mais qu’il n’avait pas osé le dire au vu des réponses précédentes…
Cela repose néanmoins le problème crucial de l’éducation politique, totalement inexistante. Ce qui arrange évidemment Sarkozy, qui en fait des tonnes dans le brouillage des cartes… Il mélange allègrement Jaurès, Guy Môquet, Kouchner, Besson, le pape, Bolloré… Bayrou mélange la droite, la gauche… Et plus personne n’y comprend rien sauf à réfléchir et s’informer, ce qui est fatigant…
Mais comment faire, quand on ne s’appelle pas Walter, et qu’on n’est pas prof, pour apprendre ces notions pourtant fondamentales ?

Avec l’exemple de la visite de Sarkozy sur le plateau des Glières, Gilles Perret raconte comment travaillent les journalistes des « grands » médias : ils ne filment que ce qu’on les incite à filmer, l’armée est même là pour fournir des images sur mesure s’il en manque. Le service de presse leur fournit un discours clés en main qu’il suffira de copier/coller, au mieux de paraphraser, pour que l’article sorte le lendemain. Qui sera donc forcément le même partout, et conforme aux souhaits des services de communication du monarque. A titre d’illustration, voici le compte-rendu de la visite de cette année, par Le Figaro.  Du travail d’orfèvre (et de cireur de pompes).

Mais revenons à la séquence du film, tournée le 18 mars 2008 : le sujet du jour, c’était donc Sarkozy qui venait se refaire une stature nationale en rendant hommage aux résistants, quelques jours après le « casse-toi pov’ con » qui l’avait un peu écornée. Et ça l’amuse tellement qu’il souhaite désormais réitérer l’exercice tous les ans, en faire son Solutré à lui, sans doute avec Accoyer dans le rôle de Lang ou de Kiejman…
Et pendant que les journalistes “ordinaires” se précipitaient au buffet offert par le seigneur des lieux, Accoyer, Gilles Perret laisser traîner sa caméra, pour saisir cette scène hallucinante et indécente d’un Sarkozy qui fait le bouffon et le fier à bras pour amuser les vieilles dames, et va même jusqu’à interrompre un résistant qui était en train de lui parler du transfert d’ossements d’une fosse commune vers un monument plus digne… « C’est quoi la cascade, là ? C’est magnifique ! ». Une vraie définition du mot « honte ».

Puis Gilles Perret interroge Bernard Accoyer. Accoyer, c’est le président de l’Assemblée Nationale, qui s’est distingué cette semaine en accusant, avec son compère Patrick Ollier, l’association Greenpeace de bafouer la démocratie lorsqu’ils ont voulu attirer l’attention sur les vrais enjeux du sommet de Copenhague  en faisant de l’alpinisme dans l’Assemblée… Le plus drôle, si l’on peut dire, c’est que ces deux tristes sires sont les marionnettes de l’industrie semencière, à commencer par Monsanto, qui est à peu près aussi démocrate que Balladur est gauchiste. Voir ici ou .

Accoyer est aussi maire d’Annecy-le-Vieux, qui touche Annecy-tout-court. J’y suis allé l’an dernier, et j’en ai gardé une impression mitigée, notamment un malaise dû à l’odeur de pognon, et à l’omniprésence des caméras de vidéo-surveillance.
Gilles Perret agace rapidement Accoyer en osant faire un parallèle entre les valeurs de la Résistance et la manière dont le gouvernement qu’Accoyer soutient les taille en pièces. On le sent bouillir intérieurement sans vouloir le laisser transparaître. Mais au fur et à mesure que les questions se font plus insistantes, l’agacement se transforme en colère, qui finit par éclater une fois que la caméra s’arrête. Enfin, s’arrête à moitié, puisque nous pouvons profiter du son. Le ton se fait interrogateur, puis menaçant : vous allez diffuser ces images ? Lesquelles ? Qui êtes-vous ? Si vous diffusez ces images, vous aurez de mes nouvelles, c’est scandaleux de faire un amalgame politique entre la résistance et la période actuelle
Si scandaleux, vraiment ?
Anecdote, l’un des groupes de FTP, résistants communistes donc, évoqué dans le film, s’appelait « Liberté Chérie ». C’est aujourd’hui le nom d’un groupuscule néolibéral français, dont le programme consiste entre autres à supprimer les fonctionnaires, les syndicats, les grèves, la sécu, les retraites, pour tout privatiser… Quelle ironie…

Accoyer est filmé sans fard. Car ces gens-là souhaitent se faire mousser en exaltant les valeurs de la résistance, le courage, le dévouement, l’héroïsme (tout ça ne mange pas de pain tant que ça reste théorique). Ils pensent même récupérer un peu de l’aura des résistants en vue des prochaines élections… Mais il ne faut surtout pas parler de politique. Gilles Perret cite le célèbre film de Claude Berri « Lucie Aubrac », dont la trame est formée par l’extraordinaire histoire d’amour de Lucie et Raymond Aubrac, agrémentée par les scènes d’action associées aux actions résistantes… Mais de politique, point… Et cela convient très bien aux Sarkozy et aux Accoyer… A noter que Raymond Aubrac, 95 ans, a beaucoup apprécié le film de Gilles Perret…

Il ne faudrait pas croire que je m’acharne sur l’UMP en épargnant par exemple le P«S». On sait qu’il furent les plus grands artisans de la reprivatisation sous Jospin, que le même Jospin signa avec Chirac à Barcelone ces accords félons qui ont abouti à la dérégulation du secteur de l’énergie qui est un des principaux sujets d’indignation ici-même… Un spectateur qui s’exprimait au nom du Collectif Mosellan de Lutte contre la Misère a raconté pendant le débat que cherchant à loger les demandeurs d’asile sans abri sur Metz (ils sont actuellement une quarantaine) , ils ont l’impression de parler à des murs, qu’ils s’adressent à la préfecture de droite ou à la municipalité de « gauche »

Le film est sorti en Haute-Savoie, et connaît un succès certain, malgré une collusion entre les médias locaux et l’UMP pour le dézinguer. Vous pourrez lire les réactions sur le site du film , voici celles de la doublette UMP d’Annecy, vous savez, les complices du détricotage du programme du CNR…

Bernard ACCOYER, président de l’Assemblée Nationale :
« Les méthodes utilisées par Gilles Perret sont scandaleuses. Il fait un amalgame entre deux périodes qui n’ont rien à voir. Ce sont des procédés d’idéologues, les mêmes qu’utilisaient les staliniens. Je me sens profondément choqué et trahi »

Pierre HÉRISSON, sénateur UMP de Haute-Savoie :
« Ce film est une une caricature de l’action du président de la République et du président de l’Assemblée Nationale. On ne peut pas utiliser le devoir de mémoire à des fins politiques ».

Ce n’est pas pourtant pas l’opinion de ce gros porc de Denis Kessler (mes excuses à la SPA) ex-adjoint de Bébéar chez Axa et de Seillière au MEDEF, le plus cynique et décomplexé de nos dirigeants patronaux. Lui ne s’embarrasse pas des pudeurs ou de l’hypocrisie d’un Sarkozy ou d’un Accoyer : il dit ce qu’il pense, tout simplement.
Et ce qu’il pense est parfaitement résumé par le « chapeau » de l’article : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. » À ceci près que le mot « réformer » est un euphémisme : dans l’article, il dit « défaire méthodiquement », ce qui reflète exactement sa pensée. Il faut dire qu’il dirige l’une des plus grosses sociétés de réassurance, et que la privatisation de la Sécu et des retraites lui assureraient la chute de moult millions d’euros dans sa cagnotte pourtant déjà bien garnie…

Sarkozy veut effacer le souvenir de mai 1968, Kessler veut « défaire méthodiquement » 1944. C’est logique. Et 1789, qui s’y colle ?

Les résistants n’étaient pas nombreux en 1940. Ils ont pourtant réussi à gagner leur combat. Avec toute la modestie qui sied à ce genre de comparaison, il faut y voir un heureux présage. Nous sommes archiminoritaires. Pour une petite centaine de personnes dans la salle, combien étaient en train de regarder un feuilleton américain à la con sur leur télé géante ? À nous d’être assez malins et créatifs pour combler ce handicap numérique et devenir les nouveaux résistants à l’oppression sarko-libérale !

[Spécial Lorraine : le film repasse au Caméo de Metz ce samedi 5 décembre à 15h50. Il sera également diffusé au Caméo-Commanderie de Nancy mardi 8 à 20h00. Il devrait revenir à Forbach au début de 2010, peut être en présence de Walter Bassan. Que ceux qui n’auront pas la chance de le voir se rassurent : le DVD sort dans 3 mois !]

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