Marianne2 2012

Viens chez moi, j’habite sur Facebook

Mercredi 21 Septembre 2011 à 18:01 | Lu 7105 fois I 0 commentaire(s)

Elisabeth Matheu-Cambas - Tribune

Vous n'êtes toujours pas sur Facebook ? Ringards ! Rassurez-vous, il est encore temps. Accrochez-vous au sillage d'Elisabeth Matheu-Cambas, jeune journaliste, qui vous explique comment utiliser tous les ressorts du réseau social pour créer du lien avec vos nombreux « friends ». Chronique d'une désocialisation annoncée, entre e-vie et vraie vie.


Viens chez moi, j’habite sur Facebook

Vous n’avez pas d’amis, vous vous sentez seuls, Facebook est là... Vous avez une famille, des amis et un travail, Facebook est toujours là....

Si vous ne voulez pas paraître vieux jeu ou complètement réac, à la question « t’as un facebook ?» répondez « oui » au moins vous aurez l’air « normal ». Ne pas avoir de Facebook aujourd’hui équivaut à ne pas avoir internet il y a 5 ans ou à ne pas avoir de téléphone portable. C’est juste impossible ! Cela montre à quel point vous ne vivez pas avec votre temps !


Si  vous entendez « Ah, oui c’est vrai, t’as pas de Facebook ! », cela signifie que vous ne faites pas partie de la grande famille, vous ne  pourrez donc pas comprendre la suite de la discussion ! Tant pis, vous l’avez déjà vécu  à l’époque de la Star Academy, de la Nouvelle Star etc. Souvenez-vous de ces émissions de télé réalité qui alimentaient nombre de conversations entre potes ou entre collègues ! Vous entendiez des prénoms comme Loana, Steevy Jean-Edouard, persuadée d’avoir raté un « épisode » de la discussion. A cette époque déjà, vous vous sentiez exclue car vous détestiez les regarder. Aujourd’hui, c’est pire ! Sur Facebook on commente les émissions de télé réalité (on ne commente pas que ça) mais ... si déjà, les émissions de télé réalité n’étaient pas votre tasse de thé, et qu’en plus vous n’avez pas de Facebook, quatre options s’offrent à vous : changer de potes (radical mais efficace), feindre un début de gastro (vous pourrez vous absenter un long moment, tout le monde comprendra !) tenter un détournement de sujet (si vous y parvenez !) ou au contraire, faire le grand saut et s’y inscrire !

Vous n’y trouverez que des avantages. Par exemple, si vos vrais amis vous ennuient, prenez un Facebook, vous en aurez d’autres ! Et plein ! Et plus vous aurez d’ « amis », plus vous serez reconnus par la grande famille. Peut-être même gagneriez-vous le concours du « Best number friends ». Et puis vous pourrez partager de grands moments avec eux, leur montrer la photo de votre chérubin qui sort de chez le coiffeur et à qui on a retiré un demi centimètre de longueur. Vous pourrez leur révéler que lors d’une escapade amoureuse à Rouperroux le Coquet, vous avez du dormir sur le divan, dérangée par les ronflements de votre compagnon (c’est toujours mieux que votre ex qui grinçait des dents !).


Vous pourrez divulguer la raison pour laquelle Evelyne, votre collègue, s’est absentée plus de 3 jours la semaine dernière, la grosse migraine n’était en fait qu’une crise hémorroïdaire... Vous pourrez afficher des photos compromettantes de Tonton Jacky, passant la tondeuse nu comme un ver ou encore ridiculiser les morveux de la voisine,  injurier votre voisin du-dessus qui fait trop de bruit, faire rentrer vos « amis » dans votre vie quotidienne, intime. Ils pourront ainsi très facilement et avec votre consentement, explorer votre intérieur.


L’avantage c’est que vous pourrez tchater avec vos 176 « amis » alors même que  vos vrais amis, sont chez vous pour la soirée ou pour le week-end. Vous savez vos amis, les êtres humains que vous avez rencontrés il y a 10 ans à une soirée (pas à une soirée Facebook, où les gens se retrouvent parce qu’ils sont « amis » sur le réseau). Ceux  que vous ne voyez que deux fois par an car vous n’habitez  pas en Province, (eux si !) parce que vous courez tous après le temps (pas celui qu’on passe sur Facebook, lui, il ne compte pas, ce n’est pas le même).

A l’apéro ou après dîner, vous pourrez vous connecter pour raconter à vos 176 « amis » que les lasagnes se marient très bien avec le Chinon, ou discrètement, leur dire de quelle couleur était la culotte de votre super copine, qui a trébuché en essayant de rattraper votre petite dernière qui s’enfuyait avec un couteau à la main jouer à « Master chef » dans la chambre, ne sachant pas précisément ce qu’elle avait l’intention de découper !

Vos amis comprendront certainement qu’au moment de mettre le couvert, vous avez mieux à faire, « ce soir, vous ne pourrez pas commenter L’amour est dans le Pré, il faut prévenir tout le monde », vous ne pouvez décemment pas allumer le petit écran alors que vos amis ont fait 500 kilomètres pour venir vous voir. Ce sera une soirée bien triste mais c’est promis demain vous vous rattraperez ! Même si vous passez plus de temps connecté à votre ordinateur ou à votre téléphone pour répondre aux questions ou aux commentaires de vos amis, vos amis seront indulgents, ils auront du mal à vous suivre, ils essaieront de profiter d’une déconnexion pour tenter de communiquer avec vous. Ils verront que Facebook compte beaucoup pour vous, que ce n’est pas facile de pousser un caddie, tout en surveillant ses deux enfants en bas âge, choisir du poisson en tapant des commentaires sur  son iPhone alors que la poissonnière est plantée devant vous à attendre que vous choisissiez la quantité de maquereaux qu’elle doit vous servir (la réponse était peut être sur Facebook ? Ah ! non ! pas de réseau au rayon frais, la poisse !). Ils sentiront peut-être que vos enfants sont des empêcheurs de facebooker en rond... Ah, les enfants ! Toujours une question, un bobo, besoin d’aide pour tout un tas de petites choses, c’est vrai les enfants ne peuvent pas comprendre que Facebook est essentiel dans la vie de maman.

Même s’il vous arrive d’oublier certaines choses essentielles, certains réflexes vitaux, vous parviendrez à vous familiariser à cette nouvelle vie. « Toc, toc » peut vouloir dire que quelqu’un, un ami peut-être, est à votre porte et désire vous rendre visite, même si ce bruit vous paraît peu familier, ne craignez pas d’aller ouvrir. Au pire, c’est le facteur qui vous apporte un recommandé. Si votre enfant hurle de douleur après une mauvaise chute au parc, emmenez-le plutôt aux urgences avant d’écrire sur Facebook qu’il est douillet, on ne sait jamais, il aura peut-être un bras cassé.

Vous continuerez à poster les détails de votre quotidien, les lieux que vous fréquentez, l’endroit où vous habitez, où vous allez en vacances etc... vous deviendrez une sorte de GPS humain... Mais si un jour, lors d’une soirée entre potes, au moment de siroter un verre au bord de la piscine, il vous prend l’envie de vous baigner, toute habillée sous les étoiles (parce que c’est une chose que vous n’avez jamais faite, parce que vous êtes bien, que c’est une réaction spontanée, une envie folle, à ce moment-là précis) faites-le pour vous, pour vous faire plaisir, pour faire sourire votre compagnon qui vous regarde, éberlué, et vos amis qui n’en reviennent pas. Ne le faites pas pour être prise en photo, pour ensuite la publier sur votre mur et montrer à vos amis. Ne le faites pas pour gagner le concours de celui qui aura la vie la plus excitante, la plus drôle, ne fabriquez pas vos moments de vie, vous pourriez vous retrouver au pied du mur ne sachant plus faire la différence entre la e-vie et la vraie vie.








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