Vers de nouvelles émeutes de la faim?Jacques Serba & Pierrick Le Jeune | Mardi 24 Novembre 2009 à 11:01 | Lu 3195 fois
Les récents sommets internationaux ont peu mobilisé les politiques et les médias. Pourtant, la situation s'est encore aggravée depuis les grands engagements du millénaire. Peut-on vraiment se résigner? Selon Jacques Serba & Pierrick Le Jeune, la situation est grave, mais une réelle volonté politique pourrait améliorer le sort des plus démunis.En 2002, Jacques Diouf (Directeur général de la FAO, Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) écrivait: « Il est dans l'intérêt de tous, riches et pauvres, de tout faire et rapidement pour instaurer un monde plus équitable, pour éliminer la faim chronique et ses stigmates, le désespoir et la résignation. »
Quels objectifs généreux quand on pense aux images d'enfants décharnés atteints de marasme ou de kwashiorkor!
Il suffirait de peu pour faire beaucoupQuels objectifs ambitieux, lorsque l'on se souvient qu'en 2000, la FAO évaluait la population sous-alimentée à 840 millions! Mais quel échec terrifiant, lorsqu'on découvre les dernières évaluations de la FAO: la terre porte aujourd'hui 1 milliard de personnes sous-alimentées, c’est-à-dire autant que dans les années 70.
Et quel cynisme, si l'on rappelle que les retards pris ne sont pas d'ordre administratif: chaque année passée, chaque année de retard ce sont près de 5 millions d’enfants qui meurent de faim! Le sommet de Rome de novembre 2009 qui, a exprimé « l’engagement ferme de redoubler d'efforts pour atteindre le premier des Objectifs du Millénaire pour le développement consistant à réduire de moitié la faim dans le monde d'ici à 2015 et à l'éradiquer le plus vite possible », sera-t-il un sommet de plus? Ou sera-t-il enfin le sommet non plus des annonces mais de l’allocation de moyens ? On peut en douter en l’absence des chefs d’Etat des pays les plus riches ; on peut craindre le pire alors même que selon Action Contre la Faim (ACF) et Médecins Sans Frontières (MSF) « il est possible de soigner la forme la plus meurtrière de la malnutrition à l’aide d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi » et que seuls « 3 milliards d’euros sont nécessaires immédiatement pour s’attaquer efficacement à la malnutrition aiguë sévère dans le monde.» Autrement dit rien face aux milliards engloutis dans la crise financière et économique.
Jacques Serba, ancien Président d’Action Contre la Faim
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