Valls : un lynchage très… primaireBénédicte Charles | Lundi 15 Juin 2009 à 18:22 | Lu 11157 fois
Certes, Manuel Valls a beaucoup fait pour la débandade du PS. Certes, il peut se montrer cynique. Et ce n'était pas vraiment une bonne idée d'annoncer sa candidature aux primaires en même temps que la mort du socialisme. Mais en faire un raciste, franchement…
Le 9 juin dernier, Manuel Valls, député-maire d’Evry (Essonne), était l’invité de «Politiquement parlant» sur Direct 8. Un reportage lui était consacré : Valls à la mairie, Manuel à la brocante du dimanche organisée dans sa ville. C’est au cours de cette dernière séquence que les journalistes de l’émission ont capté cet échange entre le maire d’Evry et son directeur de cabinet : constatant que tous les stands de la brocante étaient tenus par des Evryens issus de l’immigration, Valls commentait « Belle image de la ville d'Evry… Tu me mets quelques blancs, quelques whites, quelques blancos… ».
Des propos passés relativement inaperçus, et qui auraient peut-être continué à l’être si l’intéressé n’avait pas trouvé le moyen de se mettre toute la gauche à dos en déclarant ce week-end dans Sud Ouest que « le mot socialisme est sans doute dépassé ». Sans parler de sa candidature aux primaires pour la présidentielle de 2012, qui a fait de lui une cible de choix. Evidemment, ses camarades se sont empressés de ressortir les images de Direct 8 en disant : « Regardez, c’est un raciste ! Ce n’est donc pas un socialiste ! C’est un imposteur » et j’en passe.
De fait, il faut être vraiment à côté de la plaque pour décréter que le mot socialisme est ringard et vide de sens au moment même où la crise économique mondiale remet totalement en cause le modèle néo-libéral. A moins que — péché d’orgueil — Valls ne confonde la vacuité du PS avec le socialisme. De même, on ne peut qu’être glacé par le cynisme du propos de Valls maire d’Evry qui, uniquement préoccupé par « l’image » de sa ville, demande à son directeur de cabinet de rajouter du blanc dans un tableau qu’il juge trop sombre. Un peu comme il demanderait qu’on change la couleur de fond d’une affiche de campagne électorale. Pour autant, accuser Valls de racisme est ridicule. Il explique d’ailleurs la teneur de ses propos dès le retour sur le plateau de l’émission de Direct 8 : « Ce qui a tué une partie de la république, c’est évidemment la ghettoïsation, la ségrégation territoriale sociale, ethnique, qui est une réalité. Un véritable apartheid qui s’est construit et que les gens bien pensants voient de temps en temps leur éclater à la figure comme ça a été le cas en 2005 ». Et il a raison. C’est courageux de sa part de le dire. Surtout en tant qu’élu d’un parti qui a tant fait pour la ghettoïsation, par angélisme certes, mais pas seulement : combien d’édiles ont ainsi cru pouvoir acheter la paix sociale en faisant une bonne affaire ? « A force de nier les problèmes, conclut Manuel Valls, on a laissé ces questions à d’autres, parfois aux extrêmes et notamment à la désespérance politique. A Evry pour les élections européennes, il y a eu plus de 70% d’abstention ». CQFD.
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