Marianne2 2012

Valérie Niquet : la Chine sort gagnante du G20

Lundi 15 Novembre 2010 à 05:01 | Lu 7618 fois I 10 commentaire(s)

Propos recueillis par Philippe Cohen

Pour ce chercheur spécialisé sur la zone asiatique, l'initiative de la FED américaine a permis à la Chine d'éviter le débat sur la dévaluation du yuan avec la complaisance de la France et de l'Allemagne. Les autres pays émergents et les nations de l'APEC asiatique ont été moins indulgents.


Marianne2 : Les commentateurs du G20 parlent d'un échec du G20. Mais n'est-ce pas aussi une victoire de la Chine dont la politique monétaire a été épargnée ?

Valérie Niquet
: En effet, on a assisté avec ce G 20 à un véritable retournement, sans doute favorisé aussi par la modération des critiques exprimées par les grands acteurs européens comme la France. Alors que, il y a quelques semaines, les commentaires dénonçaient la stratégie de dumping monétaire et social de la Chine, l’essentiel des critiques sont aujourd’hui adressées aux Etats-Unis. La Chine s’en sort plutôt bien, même si la méfiance est toujours là et si désormais les grands pays des « BRICS », à commencer par le Brésil, dénoncent autant Pékin que Washington.
Mais le G20 est un échec au moins sur un point essentiel : il consacre le triomphe de l’unilatéralisme. On sait aujourd’hui, notamment après la crise des terres rares, que, derrière le paravent du multilatéralisme et de la participation aux grands sommets internationaux, Pékin a une conception très limitée de « l’engagement » sur la scène internationale.
Il est un échec aussi parce qu’aucun des grands déséquilibres de l’économie chinoise, qui pèsent lourdement quoi qu’on en dise sur nos économies, n’a été traité.

Les dirigeants chinois affirment qu'ils donnent à présent priorité à la consommation intérieure, et les dirigeants européens, politiques ou économiques, ont tendance à les croire...
Il existe effectivement une  prise de conscience, dans certains thinks tanks, ou même chez certains responsables, de ce que le système ne va pas tenir. L'économie chinoise est entièrement tournée vers les exportations et les investissements. La consommation reste atone. Mais on constate en même temps une incapacité à réellement engager un tournant. Le développement des exportations reste la solution la plus facile pour le régime.
Que faudrait-il faire pour que l'économie chinoise se recentre vers l'intérieur ? Il faudrait mettre en place un un droit du travail, un droit commercial, un salaire minimum, investir dans un système social qui ne rapporte pas en terme de corruption et distribuer la terre aux paysans, payer décemment les fonctionnaires, etc. Personne ne veut le faire. D'autant qu'un tel programme entrainerait une longue période de croissance plus faible et un appauvrissement des riches. Bref, changer de politique économique veut dire remettre en cause profondément le système politique tel qu'il fonctionne aujourd'hui. Du coup, les dirigeants chinois rabachent les mêmes arguments depuis des années sur la consommation intérieure sans que l'on ne constate aucun effet.

L'Europe joue la neutralité envers la Chine

Valérie Niquet : la Chine sort gagnante du G20
Angela Merkel a semblé vouloir se tenir à égale distance des Etats-unis et de la Chine. Comment inerpréter cette inflexion ? Une alliance des deux géants de l'exportation est-elle concevable ?
En réalité, au-delà des motivations économiques qui peuvent se comprendre pour une puissance exportatrice comme l’Allemagne, on a l’impression que, une fois de plus c’est l’Europe - Allemagne mais aussi France et Grande-Bretagne - qui tente d’adopter une position de « neutralité » entre la Chine et les Etats-Unis.
Politiquement, l’Union européenne se construit aussi en opposition face à Washington, moyen sans doute le plus facile de donner l’image d’une identité et d’intérêts communs. La conjoncture par ailleurs s’y prête à la suite des visites de Hu Jintao en France et de David Cameron en Chine et, en France notamment, on ne peut exclure un sentiment de satisfaction devant « l’affaiblissement » des positions de Barak Obama. En effet, les marges de manœuvre de ce dernier sont réduites, mais on tend à oublier en Europe que, si la croissance repart aux Etats-Unis, c’est un marché à haut pouvoir d’achat de près de 310 millions de personnes qui s’ouvre à nouveau alors que, en dépit d’une croissance à deux chiffres, le développement « harmonieux » de la Chine, et son corollaire, un marché chinois significatif pour l’ensemble des entreprises européennes, est soit inexistant soit inaccessible à la majorité des entreprises européennes.

La baisse du dollar favorise aussi les exportations chinoises. Comment expliquer les protestations chinoises contre la décision de la FED de racheter des bons du trésor ?
Les protestations chinoises peuvent s’expliquer de deux manières. Tout d’abord, la décision de la FED, et les critiques qu’elle a suscitées, largement reprises par les autorités chinoises, est en effet venue à point nommée pour « briser le cercle » des attaques qui, jusqu’alors, se portaient quasi exclusivement contre le yuan. Au-delà du champ économique, tout ce qui peut nuire à l’image et à l’influence des Etats-Unis notamment en Asie est exploité par Pékin.
Dans le même temps, la Chine craint aussi d’avoir à subir des pressions à la hausse sur le yuan, et plus généralement sur l’ensemble de son économie, perçue comme une sorte de « valeur refuge » officieuse face à un dollar qui s’effondre. La Chine détient déjà le record des réserves en devises, ce qui impose un important effort financier aux autorités chinoises et renforce les tensions inflationnistes, mais ces efforts ont des limites, même si les spécificités politiques du régime l’autorise à effectuer les choix qu’il juge meilleurs pour son image, au dépend par exemple d’investissements sociaux qui continuent d’être très insuffisants pour aboutir à un véritable rééquilibrage de la société chinoise.

Les dirigeants chinois évoquent une refonte du système monétaire par la mise en place d'une nouvelle valeur de réference, un panier de monnaies. Que faut-il en penser ?
Pas grand chose. C'était un moyen de se mettre en avant. Ce sont des grandes idées qui ne débouchent sur rien de concret. Ce discours a surtout permis à Nicolas Sarkozy d' annoncer un programme ambitieux pour sa présidence du G20.

Le sommet de l'APEC a succédé à celui de Séoul. Il a été moins glorieux pour la Chine.
Comme le G20, l'APCE marque la fin des illusions du multilatéralisme. La Chine nous dit qu'elle suivra que se propres intérêts. On notera que le Brésil et l'Inde qui prennent de plein fouet la dévaluation du yuan ont été les seuls à critiquer la Chine. Celà est encore plus vrai en Asie. L'arrogance des dirigeants chinois cet été, les tensions en Mer de Chine et les achats de terres arables pratiqués par les  Chinois provoquent de grosses tentions sur le Continent. Les Chinois clament que les Etats unis n'ont rien à faire en Asie, mais les responsables de la plupart des pays d'Asie veulent que les Etats-unis reviennent dans la zone . Cela n'apparait nullement en Europe, mais la position américaine sort très renforcée de cette dernière squence.








LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez