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Val, Morano, Dassier : même combat

Bénédicte Charles | Jeudi 30 Octobre 2008 à 08:44 | Lu 16541 fois

Dans son dernier livre, le directeur de Charlie Hebdo convoque Voltaire pour s'en prendre au web. Il aurait mieux fait de faire appel à Nadine Morano ou Jean-Claude Dassier : eux aussi considèrent que le Net est un ramassis de sites infréquentables.



Val, Morano, Dassier : même combat
Philippe Val a intitulé son dernier livre «Reviens, Voltaire, ils sont devenus fous» — ce qui signifie que le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo ne doute pas une seule seconde que Voltaire se rangerait à ses côtés s’il revenait d’entre les morts. Pourtant, un doute naît à la lecture de cet ouvrage qui, humblement, se définit comme un « document exceptionnel » qui « fera grand bruit ». Partant du procès intenté par une poignée d’associations musulmanes (dont la Mosquée de Paris et l’UOIF) à Charlie hebdo après la publication des caricatures de Mahomet, Philippe Val nous livre ses considérations sur la France, l’Algérie, l’islam, les islamistes. C’est bien écrit. Tout aussi bien pensé. Mais qu’y a-t-il d’« exceptionnel » ? Qu’est-ce qui fera « grand bruit » ? Peut-être ces quelques paragraphes inspirés à l’auteur par l’autre « affaire » Charlie : l’affaire Siné.

L'info sur Internet, c'est pas beau
« L’affaire Siné, écrit Val, révèle quelque chose d’autrement plus grave et plus profond. D’abord, la question des sites d’information sur Internet, qu’ils soient autonomes comme, par exemple, Médiapart, Rue 89 ou Bakchich, ou qu’ils soient les appendices des grands titres comme Le Monde, Marianne ou Le Nouvel Observateur.
Ne parlons même pas de Bakchich qui actualise et adapte sur Internet les méthodes glorieuses de Je suis partout. Malheureusement, ce genre de site d’info sur Internet n’est pas l’exception, c’est la règle. »


Bakchich, c'est rien que des nazis

Je suis partout, pour ceux qui ne le savent pas, était un journal publié en France dans les années trente et quarante, auquel participaient des gens comme Drieu La Rochelle, Rebatet, Brasillach, pour ne citer que les plus célèbres. Fervent soutien de Jacques Doriot, Je suis partout est rapidement devenu collaborationniste, puis nazi. De même il a affiché très tôt son antisémitisme, avant de devenir partisan de la solution finale. Que de points communs avec Bakchich !
Ne reconnaît-on pas dans ce « glorieux » hebdomadaire le modèle idéal vers lequel lorgnent tous les sites d’info sur Internet (puisque, nous dit Val, « c’est la règle ») ?

Le web c'est pas bien, le web c'est facho
Bref, de deux choses l’une :
Soit Philippe Val ignore ce qu’était Je suis partout. Et c’est grave. Surtout quand on donne des leçons de journalisme.
Soit il pratique délibérément un amalgame entre un journal immonde et un site Internet qu’il n’aime pas, mais aussi, partant, tous les sites d’info et tout le web… parce qu’il ne comprend pas Internet. Ce qui classe Philippe Val parmi les gens qui affublent du qualificatif « fasciste » tout ce qu’ils ne comprennent pas — et dans le cas de Val, ça fait beaucoup de fascistes.

Il suffit de lire le long développement que le directeur de Charlie Hebdo consacre au Net pour se faire une idée sur la question :


Val, Morano, Dassier : même combat
« On caressait l’espoir que les méthodes et les exigences des journalistes de la presse payante et des rédactions classiques finiraient par gagner Internet, et qu’au moins le rapport à l’exactitude et à la vérification soit contagieux. C’est le contraire qui arrive. Les rédactions, désormais, s’abreuvent à Internet. Certains journalistes ne sortent plus guère de leurs bureaux, et branlottent sur Google pour trouver leurs idées et leurs infos. Combien de fois, désormais, entend-on les journalistes et les chroniqueurs de revue de presse reprendre les «infos» des sites Internet ? Se faire une opinion à partir de leur « enquête » sur Internet ? Les méthodes de dénonciations calomnieuses, jusqu’à présent cantonnées sur la toile, ont fini par gagner les rédactions papier. Les sites Internet auraient dû agir comme des éponges se gonflant des méthodes de la presse, finalement c’est la presse qui a épongé les délires d’Internet. L’opinion prime sur l’information. Le désir de croire l’emporte sur le désir de savoir. On va chercher sur Internet de quoi nourrir nos névroses et nos obsessions. Et Internet répond à cette demande.

[…] On est donc condamné au croustillant, au sensationnel, au débat scandaleux, comme celui sur l’irréalité du sida, invention de puissances occultes pour gruger le monde. Ou sur le 11 septembre 2001 organisé par les juifs… Créer des rumeurs scandaleuses, parties de SMS inventés, mêler des célébrités à des bassesses, diffuser les images volées de relations sexuelles de Laure Manaudou, c’est une question de survie industrielle.

[…] L’information en ligne est une catastrophe d’autant plus inquiétante que, désormais, elle sert de guide-chant à l’information tout court. »

Vivent les médias traditionnels! Vive TF1!
Voilà qui range Philippe Val aux côtés de Nadine Morano — « Ah, Internet, je déteste, c'est le temple des rumeurs et de la caricature », avait déclaré la ministre de la Famille — ou encore Jean-Claude Dassier — « Que les blogueurs reviennent aux fondamentaux du journalisme plutôt que de nous donner des leçons en permanence et de donner la parole à ceux qui ne savent que critiquer. L'interactivité ? Oui, pour permettre au lecteur de poser des questions et de témoigner. Mais pas pour déverser cette bile atroce », estime le patron de l’info sur TF1. Pas sûr que Voltaire aurait été d’accord.



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