Usain Bolt, trop rapide pour être honnête ?Régis Soubrouillard | Lundi 25 Août 2008 à 16:11 | Lu 42553 fois
Avant toute prise de sang, se basant sur une modélisation statistique à partir des 250 meilleurs temps de l'histoire sur 200 mètres, un chercheur américain a d'ores et déjà qualifié la performance du sprinter Jamaïcain Usain Bolt de «pas normale».
Les qualificatifs élogieux n’ont pas manqué pour désigner les performances du sprinter Jamaïcain Usain Bolt. Après le temps de l’émotion, le souffle coupé, vint la séquence analyse. Plutôt que de passer directement de l’émotion aux interrogations sinon aux soupçons, le New-York Times a choisi l’analyse statistique qui permet au quotidien américain de qualifier les performances d’Usain Bolt d’au moins «pas normales»…
En couleur, l'évolution des performances sur 200m (crédit New-York Times)
Du jamais vu !
Le 200 mètres n’a été couru en 20 secondes que neuf fois. En 1996, l'américain Michael Johnson battait le record du monde en 19.32 secondes. Et en douze ans, personne ne parvint à s’approcher de ce temps. Ainsi, la distribution statistique des 200 mètres les plus rapides de l’histoire de l’athlétisme montre que le nouveau record du monde de Usain Bolt, ainsi que le précédent de Michael Johnson sont très éloignés des 250 meilleurs temps suivants. «Cela ne ressemble à aucune des distributions que j’ai pu observer» écrit Justin Wolfers, chercheur en économie politique à l’université de Pennsylvanie et qui tient le blog Freakonomics.
Bolt, le surhomme nouveau
Sur 100 mètres, là aussi Bolt a défrayé la chronique s’affichant à 9.69 secondes. Soit, près de la limite des capacités humaines supposées. Certains disent que le temps-limite du 100 mètres est de 9.60 secondes (Jean-Claude Pineau, chargé de recherches au CNRS), d’autres 9.50 secondes (Véronique Billat, directrice d’un laboratoire d’études sur l’entraînement sportif et professeur de physiologie), quand certains mathématiciens prévoient une certaine marge avec 9.37 secondes (F. Péronnet et G. Thibault dans «Mathematical analysis of running performance and world running records»). Une autre modélisation du 100 mètres conclut, quant à elle, à un record-limite à 9.48 secondes dans… 500 ans – autant de calculs à prendre avec des pincettes. Le sprint dans les gènes des Jamaïcains Évidemment, les avocats du sprinter jamaïcain ont déjà pris les devants. Herb Elliott, le médecin de l’équipe d’athlétisme de Jamaïque garantit : « Nous avons eu quatre athlètes contrôlés positifs… mais ils s’entraînaient aux États-Unis. Nous sommes sûrs des athlètes que nous entraînons en Jamaïque. Le sprint fait partie des gênes des Jamaïcains». Une vigilance de tous les instants que les entraîneurs est-allemands et soviétiques revendiquaient en leurs temps. Reste à savoir désormais si de prétendues prédispositions génétiques suffisent à expliquer qu’un homme ait à ce point affolé à la fois les chronomètres de Pékin et les statisticiens les mieux armés.
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