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Une médaille pour le bac, mais en chocolat...

Vendredi 10 Juillet 2009 à 07:01 | Lu 11154 fois I 60 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Avec 80% de reçus au premier tour, le Bac est devenu une formalité. Jean-Paul Brighelli, auteur de La fabrique du crétin propose d'ailleurs de le donner à tout le monde, histoire d'éviter des heures d'angoisse aux parents et aux enfants, quitte à mettre en place un examen de fin d'études plus exigeant. Plus inquiétant cette année, le Bac est directement livré avec mention.


Une médaille pour le bac, mais en chocolat...
Après le film de Pialat, « Passe ton Bac d'abord » était devenu une ritournelle commune dans les chaumières. Désormais c’est plutôt « avec une mention, t’as plus rien » qui tendra à s’imposer. Les chiffres du Bac cuvée 2009 sont éloquents. Au premier tour, près de 80% des élèves ont été reçus, ce qui après les épreuves orales devrait aboutir à un taux de réussite aux alentours de 86% à 88%. Un taux décidé avant les examens. Il fallait l'inventer.

Luc Chatel l’affirme « Le Bac reste pour autant une institution symbolique ». Reste à savoir si l’aspect symbolique ne l’a pas définitivement emporté sur ce qui fait « institution », au sens strict du terme. Son prédécesseur, Xavier Darcos, avait déjà semé le doute sérieusement s’égarant futilement dans une proposition de remise de médaille pour les plus méritants : «Nous avons considéré qu'il était heureux de donner un peu de solennité à la reconnaissance du baccalauréat par une médaille. Elle serait de couleur différente, peut-être sur le mode des médailles sportives, or, argent, bronze, selon la mention obtenue », avait-il déclaré il y a quelques mois. Faute de valeur, multiplions les symboles-gadgets, indicateurs de performances !

La massification des succès comme aveu d'échec du système

Jean-Paul Brighelli propose une solution radicale: le donner à tout le monde: « je ne vois pas bien ce qui justifie aujourd'hui les crises d'hystérie auxquelles on assiste devant les établissements, relayées dans les journaux télévisés. C'est essentiellement l'écho de l'angoisse des parents pour qui le diplôme avait encore une certaine valeur. Le ministre communique sur les bons chiffres, se les approprie. En fait, c'est une formalité. Pour ceux qui l'ont c'est maintenant que les emmerdes commencent...Et au moment où ils se trouvent confrontés à des exigences supérieures, ils perdent pied car on ne fait que repasser le bâton à la fac où 50% des élèves échouent. Il faudra bien qu'un jour un ministre ose toucher à cette vache sacrée ».

Plutôt que d'assister à l'installation « sournoise » d'un contrôle continu légitimé par un souci d'économies -même chose pour la disparition des redoublements-, l'auteur de La fabrique du crétin se dit favorable à un examen de fin d'études plus exigeant sur le fond et par sa notation, « la garantie qu'un certain cursus a été accompli et laisser les universités recruter leurs étudiants plutôt que de baigner dans l'hypocrisie qui consiste à croire que tous les bacs se valent».

Sans compter que cette année près d'un bachelier sur deux a décroché une mention. Près des deux tiers à Paris. «Ceci doit amener à réviser la valeur des mentions sur la capitale», affirmait l'ancien recteur de Paris. Et encore plus celle du bac...La mention fait désormais partie du pack estival « Bac-vacances-études supérieures ». Un sésame pour les classes préparatoires. Au choix: direction Louis-Le Grand ou train direct pour Sciences-Po ! C'est la logique contradictoire et auto-destructrice de la massification absurde du trophée. L'illusion que l'excellence relève du lot commun. Bel aveu d'échec.
« Rien n'échoue comme le succès » estimait l'écrivain anglais Chesterton.








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