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Un «consensus de Washington» à l'européenne

Abattre le « consensus de Bruxelles » (2/4)

François Bunner | Mardi 15 Juillet 2008 à 15:57 | Lu 7266 fois

Par François Bunner, président du Rassemblement des Citoyens pour la République. Ah, qu'elles étaient belles les promesses de prospérité, de croissance engendrées par la mondialisation ! Et voilà comment l'Europe a emboîté le pas au «consensus de Washington» sans broncher.



François Bunner - DR
François Bunner - DR
C'est sur le modèle de la formule du «consensus keynésien» que l'expression de «consensus de Washington» fut inventée en 1989. Sous ce vocable, l'économiste John Williamson voulait identifier l'ensemble des politiques économiques, monétaires et fiscales qui furent mises en œuvre à partir des années 70 pour remplacer les régulations keynésiennes. On peut en identifier 6 directions principales : rigueur monétaire, rigueur budgétaire, libre-échange, privatisations, déréglementation et relance par l'investissement privé. Tous ces intitulés sont désormais familiers au citoyen de 2008, ils sont les «petits noms» de la globalisation.

Mondialisation, espérances et séduction
Le «consensus de Washington» s'est répandu sur la planète entière, grâce aux nombreuses facilités, et aux encore plus nombreuses espérances, que promettaient les «dérégulations». Mais il s'est aussi imposé par la séduction qu'il a exercé sur les élites politiques et économiques qui voulaient à tout prix participer au grand marché globalisé. De fait, le «consensus de Washington» est la boîte à outil de la globalisation.
On peut dire que presque tous les pays ont alors connu, de «gré» ou de force, des politiques d'«ajustements structurels» afin de se convertir aux nouvelles règles du jeu : de force comme pour les pays en voie de développement, car ceux-ci se les firent imposer par les experts internationaux intervenant pour le FMI et la Banque Mondiale, institutions qui furent préalablement converties à cette idéologie ; mais de «gré», comme pour nous en France, qui nous sommes imposés nous-mêmes ces «remèdes» de charlatans sans que l'on ne vienne expressément de l'extérieur pour nous y contraindre.
En Europe, bien que peu de pays aient connu de véritables plaidoyers électoraux en faveur des politiques du «consensus de Washington», tous y sont actuellement soumis. Comment ? Mais «grâce» à l'Europe ! A la «construction européenne». C'est par les politiques européennes, les traités européens, les directives européennes que le «consensus de Washington» a été introduit par nos gouvernants qui ne voulaient plus gouverner. Les annonces promettaient monts et merveilles, beaucoup d'emplois, la prospérité, de la croissance, la paix, et tant d'autres miroirs aux alouettes. Les citoyens ont laissé faire.

La dérivée européenne
Ainsi appelons «consensus de Bruxelles» la version européenne du «consensus de Washington». Ceci dit, le «consensus de Bruxelles» est un «consensus de Washington» aggravé, car il en reprend toutes les dispositions néolibérales, mais les met en œuvre dans toute leur radicalité et les complète par de délétères mesures politiques.
Pour la radicalité, passons sur l'acharnement à systématiser les privatisations ou l'aveuglement avec laquelle la Politique agricole commune (jachères, quotas, etc.) est appliquée malgré les pénuries, l'exemple de l'euro est encore plus clair. En matière de monnaies, les néolibéraux réclament des monnaies fortes et font donc la chasse à l'inflation. C'est effectivement ce que fait la BCE, mais ce avec un fanatisme inconnu de la Réserve fédérale des USA, qui souvent assouplit sa politique des taux afin de ne pas trop peser sur l'investissement et l'emploi. Nonobstant ce premier assaut de zèle, les européens sont allés encore plus loin que tout le monde en complétant ce premier dispositif par des mesures budgétaires supplémentaires : ils ont énoncé les fameux critères de convergence de la zone euro en matière de déficits publics, qui doivent rester dans la limite de 3% du PIB en ce qui concerne le déficit annuel et de 60% du PIB pour le déficit cumulé. Seule compte la conformation zélée à leurs «tables de la loi», les finalités de l'économie sont escamotées.

A suivre. Lire aussi l'ensemble des articles de la série «Abattre le "consensus de Bruxelles"».


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