Un adieu ballardien!
Par Jérôme Leroy, écrivain. Un requiem tout en finesse pour l'auteur de Super Cannes et IGH, un monument de la littérature anglo-saxonne qui nous convie dans un monde entre amère réalité et cynisme de la science-fiction.
James Graham Ballard est mort le 19 avril, à soixante-dix huit ans et ce n’est pas très grave.
Il avait fait le plus important pour un écrivain, il avait transformé son nom en adjectif, comme Kafka, Orwell ou Sade. La dernière édition de l’English Collins Dictionnary nous apprend ainsi que l’adjectif ballardien se définit comme « une ressemblance avec les conditions de vie décrites dans les romans et les nouvelles de J. G. Ballard, spécialement la modernité dystopique, les paysages de déréliction créés par l’homme lui-même ainsi que les effets psychologiques des récents développements technologiques sociaux et environnementaux ».
J. G. Ballard est mort sur le front et c’est très courageux. Il a en effet terminé sa vie à Shepperton, dans un pavillon de banlieue moche comme tout, en vieux veuf malade et inconsolable. On y trouvait bien une toile de Delvaux mais malgré tout, on se dit qu’un écrivain de son envergure aurait pu choisir pour tutoyer la faucheuse un endroit un peu plus glamour. Mais le glamour, ce n’était pas le genre de la maison Ballard. À Shepperton, on était dans ce que Marc Augé appelle un non-lieu. Les non-lieux, ce sont les zones résidentielles, les centres-villes rénovés, les aires d’autoroute, les halls d’aéroports, les centres commerciaux. Ils n’ont ni passé ni avenir, ils prolifèrent à notre époque, comme les cellules cancéreuses qui ont emporté Ballard. C’est dans les non-lieux que les choses se passent, effectivement, et Ballard, comme tous les écrivains qui en ont, voulait être là où les choses se passent. Plus besoin d’aller mourir en Espagne avec Hemingway, le cauchemar commence avec un barbecue dominical et un adultère sous poutres apparentes pendant que les enfants zappent sur les trois cent chaînes de la fibre optique.
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