Un Coupat idéal
Samedi 7 Mars 2009 à 07:00 | Lu 15637 fois I 181 commentaire(s)
Sylvain Lapoix
Relâché le 6 mars, le suspect dans l’affaire des menaces accompagnées d’une balle envoyées à une poignée de politique était en fait innocent. Pas de bol pour les médias avides de complots: ce sensationnel fait divers avait ravivé la psychose sur une menace cachée à l'ordre publique succédant à «l’ultra-gauche» de Julien Coupat.
La France a eu peur : des enveloppes chargées d’insultes et de balles de 9mm ont atterrit en quelques jours sur les bureaux d’une poignée de responsables politiques, ministres et du Président lui-même. Ah, qu’il est beau ce frisson monté sur l’échine de l’actualité qui faisait croire à un tireur menaçant les sommets de l’Etat. Pourtant, le premier suspect, ancien réserviste, n’a été que la cible d’une revanche personnelle de sa femme en procédure de divorce. Les lettres continuent d’arriver sur les bureaux : AFP, TF1, France télévision … mais les médias font profil bas : ils ont trop joué de cette histoire.
Sarkozy visé par un déséquilibré, un fantasme collectif
L’affaire n’a pourtant pris que tardivement : la première lettre adressée à Raymond Couderc, sénateur-maire UMP de Béziers, accompagnée d’une douille de 38 mm, avait été reçue le 9 février dernier. Bien que menaçant le Président, elle n’avait fait l’objet que de brèves.
Sarkozy visé par un déséquilibré, un fantasme collectif
L’affaire n’a pourtant pris que tardivement : la première lettre adressée à Raymond Couderc, sénateur-maire UMP de Béziers, accompagnée d’une douille de 38 mm, avait été reçue le 9 février dernier. Bien que menaçant le Président, elle n’avait fait l’objet que de brèves.
Mais à la fin de la semaine dernière, un envoi groupé excite la curiosité des médias : Michèle Alliot-Marie, Rachida Dati, Alain Juppé et autres représentant de la majorité. Zen, presque badin, le maire de Bordeaux n’y voit que la routine, « les risques du métier », comme il le dit aux journalistes.
Oui, mais Nicolas Sarkozy fait partie des destinataires. S’ils soulignent que les enquêteurs privilégient la piste d’un « déséquilibré », les médias ne peuvent s’empêcher de faire monter la sauce : « ces menaces de mort sont prises très au sérieux », martèle RTL tandis que, sur toutes les radios et dans Le Parisien, le criminologue Xavier Raufer répète : « la crise favorise les comportements déviants. »
L’angle est parfait : se rêvant auteurs de polars intelligents où le criminel rejoint le social, les télévisions scrutent avec gourmandise l’Hérault d’où ont été postées les courriers. On rêve le coupable en Lee Harvey Oswald des Français accablés par la crise, dont il annonce prendre la défense dans chaque courrier par la formule inaugurale : « Le mépris total de vous envers le peuple nous impose d’agir dès maintenant. » L’assassin isolé contre l'hyperprésident : un duel à la une digne du cinéma.
Oui, mais Nicolas Sarkozy fait partie des destinataires. S’ils soulignent que les enquêteurs privilégient la piste d’un « déséquilibré », les médias ne peuvent s’empêcher de faire monter la sauce : « ces menaces de mort sont prises très au sérieux », martèle RTL tandis que, sur toutes les radios et dans Le Parisien, le criminologue Xavier Raufer répète : « la crise favorise les comportements déviants. »
L’angle est parfait : se rêvant auteurs de polars intelligents où le criminel rejoint le social, les télévisions scrutent avec gourmandise l’Hérault d’où ont été postées les courriers. On rêve le coupable en Lee Harvey Oswald des Français accablés par la crise, dont il annonce prendre la défense dans chaque courrier par la formule inaugurale : « Le mépris total de vous envers le peuple nous impose d’agir dès maintenant. » L’assassin isolé contre l'hyperprésident : un duel à la une digne du cinéma.
Après l’ascension, le silence un peu honteux
A Julien Coupat, le gros bonnet des Brigades rouges du Plateau de Millevache, succèderaient « Les 1000 combattants – Cellule 34 » (signature des courriers) terrés dans les vallées de la Montagne noire. Après « l’ultra gauche anarcho-autonome », on glose sur « l’homme seul ». Une nouvelle menace cachée contre l’ordre public qui fait vibrer la pulsion de mort des foules.
Seulement voilà : le premier suspect arrêté, répondant à tous les critères, était innocent. Le Parisien, de honte, a enfoui le sujet : faisant sa une le 4 mars sur l’affaire qui mettait la police « sur les dents », il rétrograde l’arrestation du suspect en page 13 le lendemain avant de faire disparaître le corpus delicti de ses colonnes. Le petit Dylan, 7 ans, séquestré toute sa vie à Millau prend le relais de l’émotion et l’enquête continue sans bruit.
Le temps de rêver à une nouvelle affaire Kennedy, au Président martyr ou au peuple vengé, le long travail d’enquête est retourné dans l’ombre des labos et des bureaux de la Police judiciaire qui visent à empêcher le suspect de passer éventuellement à l’acte. « Aux Etats-Unis, la traque d’Unabomber avait duré 18 ans », rappelle un journaliste de RTL. Différence notable : le seul chef d’accusation réel dont disposent les enquêteurs sur le mystérieux « corbeau » est celui de menaces à l’encontre d’un haut représentant de l’Etat. Les actes de terrorisme d’Unabomber avaient fait trois morts et 29 blessés. Mais la comparaison était si tentante : pourquoi s’arrêter à quelques chiffres ?
A Julien Coupat, le gros bonnet des Brigades rouges du Plateau de Millevache, succèderaient « Les 1000 combattants – Cellule 34 » (signature des courriers) terrés dans les vallées de la Montagne noire. Après « l’ultra gauche anarcho-autonome », on glose sur « l’homme seul ». Une nouvelle menace cachée contre l’ordre public qui fait vibrer la pulsion de mort des foules.
Seulement voilà : le premier suspect arrêté, répondant à tous les critères, était innocent. Le Parisien, de honte, a enfoui le sujet : faisant sa une le 4 mars sur l’affaire qui mettait la police « sur les dents », il rétrograde l’arrestation du suspect en page 13 le lendemain avant de faire disparaître le corpus delicti de ses colonnes. Le petit Dylan, 7 ans, séquestré toute sa vie à Millau prend le relais de l’émotion et l’enquête continue sans bruit.
Le temps de rêver à une nouvelle affaire Kennedy, au Président martyr ou au peuple vengé, le long travail d’enquête est retourné dans l’ombre des labos et des bureaux de la Police judiciaire qui visent à empêcher le suspect de passer éventuellement à l’acte. « Aux Etats-Unis, la traque d’Unabomber avait duré 18 ans », rappelle un journaliste de RTL. Différence notable : le seul chef d’accusation réel dont disposent les enquêteurs sur le mystérieux « corbeau » est celui de menaces à l’encontre d’un haut représentant de l’Etat. Les actes de terrorisme d’Unabomber avaient fait trois morts et 29 blessés. Mais la comparaison était si tentante : pourquoi s’arrêter à quelques chiffres ?
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