Ukraine : pourquoi DSK s'est fâchéAnne Dastakian - Marianne | Mercredi 4 Novembre 2009 à 11:01 | Lu 8716 fois
La prise de position de Dominique Strauss-Kahn sur l'augmentation du salaire minimum en Ukraine a été très commentée, y compris dans Marianne2 qui pointait un goût de revenez-y par rapport au rôle détestable qu'a joué le FMI dans les années 1990 et 1980. Anne Dastakian vient ici en défense du patron du FMI, qui a été, selon elle, déjà bien indulgent avec un gouvernement plus qu'incompétent.
D’une façon très inhabituelle, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn s’est dit « inquiet » après la promulgation par le président ukrainien Viktor Iouchtchenko d’une loi augmentant de 20% les minima sociaux. « Une mission récente du Fonds en Ukraine a conclu que les politiques dans certains domaines, dont la nouvelle loi sur le salaire minimum, menaçaient la stabilité du pays», a assené DSK, menaçant de bloquer la dernière tranche -3,8 milliards de dollars prévue en novembre- du prêt de 16,4 milliards de dollars accordé l’an dernier à l’Ukraine.
Aussitôt, certains ont cru le FMI saisi par ses anciens démons rigoureux, qui ont jadis réduit tant de pays en développement à l’anorexie. Mais toute personne familière avec l’Ukraine décodera autrement le doigt menaçant du FMI : la campagne électorale pour la présidentielle de janvier est lancée et tous les coups sont permis… Le président Iouchtchenko, dont la cote de popularité rase les 5%, tente désespérément de décoller, tout en cherchant à nuire à sa première ministre Ioulia Timochenko, favorite des sondages. Timochenko avait imploré le président de ne pas signer la loi.. Lors d’une rencontre, fin octobre, avec les leaders syndicaux locaux, le représentant du FMI en Ukraine Max Alier avait expliqué que «l’élément clé du programme avec l’Ukraine étant de protéger le pouvoir d’achat des salaires et pensions, une grande partie des ressources du FMI sont allés financer le budget de l’Etat pour assurer le paiement des salaires et des retraites par le gouvernement». Tout en précisant que ces salaires et pensions ne devaient pas croître au-delà de l’inflation, soit environ 10%. UNe politique, faut-il le préciser, en rupture totale avec les moeurs passées du FMI qui exigeaient des coupes sanglantes dans les dépenses sociales de ses clients. Rares sont donc ceux, en Ukraine, à s’étonner du coup de gueule du FMI. Pour l’économiste Vasyl Yourtchychyne, du centre Razumkov, «le FMI, qui essayait de redorer son image, a été plus qu’indulgent quant au respect des engagements pris par le gouvernement ukrainien. Rien n’a été fait pour assainir le secteur bancaire, ou restructurer la société gazière Naftogaz. Cette indulgence a été critiquée chez nous car interprétée comme un soutien au gouvernement». D’autres, tel ce banquier français, vitupèrent contre les « branquignols » qui dirigent ce pays. « Ils puiseront dans le tiroir-caisse tant qu’ils pourront, sans songer le moins de monde à l’avenir».. Mais nul ne semble pour autant bouleversé par la décision du FMI, au moment même où Vladimir Poutine menace une fois de plus de couper le gaz à l‘Ukraine. «Le Fonds reprendra les négociations en mars prochain avec le nouveau gouvernement », conclut, philosophe, l’économiste Vasyl Yourtchychyne.
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