Marianne2 2012

Tunis, Le Caire : l'onde révolutionnaire

Mercredi 26 Janvier 2011 à 10:00 | Lu 8035 fois I 38 commentaire(s)

Martine Gozlan - Marianne

Après la Tunisie, L'Égypte... Des dizaines de milliers de personnes ont réclamé la démission du président Moubarak. Deux manifestants et un policier ont été tués.


C’est parti, ça continue ! Elle est née à Tunis, elle rebondit au Caire, la première révolution arabe. Dans la ferveur , dans la douleur - déjà trois morts, deux manifestants et un policier  à Suez au soir du 25 janvier - la foule égyptienne crie en français à Moubarak, le président-momie des bords du Nil, ce « Dégage ! » avec lequel les Tunisiens ont sorti Ben Ali. D’Ismailiya à Assouan, d’Assiout à Alexandrie, place Tahrir, dans le centre du Caire, au cœur du cœur du monde arabe, ils étaient des dizaines de milliers à ne pas se ressembler et à pourtant s’unir dans le même rejet de ce qui a orchestré du Maghreb au Machrek, durant de longues décennies,  la destruction du bel Orient :
 
« Non à la torture, à la corruption, au chômage ! » Ce qui les a poussés dans la rue ? La certitude que, pour la première fois, une alternative historique s’offrait à leur désespérance.  « La Tunisie est la solution ! », criaient les Égyptiens alors même que la Tunisie continuait à offrir, sur l’esplanade de sa Kasbah, le spectacle sidérant - on ne s’en souvenait plus que dans les manuels d’histoire - d’une révolution à l’œuvre dans ses ressacs et ses vertiges, sur le fil du gouffre ou de la grâce. Mais c’est précisément parce que Tunis, investi par tout le pays, des campagnards aux citadins, offre en temps réel l’éclair du vivant que Le Caire et toutes les provinces de basse et haute Égypte ont commencé à en relayer le foudroiement ce 25 janvier. Effet de miroir et de miroitement, reflet dans l’œil d’or d’un monde arabe qui, depuis 50 ans, ne se vit que dans la désunion ! Les régimes n’ont cessé de répéter dans la langue monotone des autocrates que le Maghreb était uni - mais leurs politiques le déchiraient ! - et le monde arabe soudé comme sa Ligue - vociférante et effrangée ! - mais ce sont les peuples qui réclament aujourd’hui des noces vivantes, fussent-elles de sang. La houle de Tunis se transmet à la foule du Caire, via Facebook, Twitter, et tous les déclics de la jeunesse, sans que rien de religieux ne figure dans cet emportement. Même si nous savons parfaitement que les Frères musulmans composent un fragment du puzzle… mais un fragment seulement !  Quels que soient les masques de fer que le pouvoir d’Hosni Moubarak - entremetteur usé des impossibles paix moyen-orientales - opposera au peuple contestataire, nous savons qu’ayant osé pour la première fois en trente ans, ce peuple osera encore demain. A Washington, sans doute épuisée par ces trous d’air géopolitiques, Hillary Clinton soufflait sans rire que le gouvernement égyptien offrait toutes les garanties de « stabilité » ! Est-ce à dire qu’on protège une tyrannie au Caire alors qu’on aide à en chasser une autre à Tunis ? Qu’il existe un bien moral à Carthage et un autre près des Pyramides ? Qu’une révolution arabe, ça va mais qu’à deux ou trois bonjour les dégâts ?
 
La réponse, ce sont les femmes et les hommes d’Égypte qui, demain, après celles et ceux de Tunis, la renverront aux manipulateurs et aux sceptiques. On les regarde, ces téméraires nouveaux-nés, en retenant notre souffle.       








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