Trop cher, pas assez sûr, la Chine bride son TGV...
Mardi 19 Juillet 2011 à 18:12 | Lu 15001 fois I 0 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
Lancé à toute vitesse, érigé en symbole de la puissance ferroviaire chinoise, le TGV chinois qui devait relier Pékin à Shanghaï rencontre beaucoup de difficultés: trop cher, construit trop vite, pas assez sûr, ayant donné lieu à de multiples actes de corruptions, le Ministère des Transports a dû revoir nettement à la baisse la...vitesse du train le plus rapide du monde.
C’est à grande vitesse que le grand projet de TGV chinois s’est écarté de la ligne du parti.
Déjà au moment de son inauguration, le TGV Pékin-Shanghaï avait dû revoir ses ambitions à la baisse. La vitesse des trains avait été réduite afin de réduire le prix des billets. Finies les pointes envisagées à 350 km/h qui devaient en faire le TGV le plus rapide du monde. Lors du lancement du projet en 2008, le Ministère des chemins de fer chinois annonçait même un train roulant à 380 km/h. Trop rapide, et surtout des tarifs prohibitifs : 187 euros sur les lignes les plus rapides (le revenu moyen chinois dépasse à peine 250 euros par mois).
Le Ministère des transports a dû revoir ses prétentions.
Les tarifs pratiqués sur d’autres portions à grande vitesse étaient déjà critiqués, les coûts d’exploitation et d’entretien étant exorbitants. Bref, le TGV Made in China met les freins et ne dépassera pas les 300 km/h, voire même 250 Km/h sur certaines portions.
Passés les dix premiers jours d’exploitation sans encombres, les premiers récits de voyageurs ont commencé à émerger : la presse en a fait ses gorges chaudes, blogueurs, journalistes « embedded » dans des trains bloqués twittent les incidents techniques qui se succèdent. Et on attend les témoignages rageurs des vacanciers chinois « pris en otage » dans le journal du Jean-Pierre Pernaut local.
Déjà au moment de son inauguration, le TGV Pékin-Shanghaï avait dû revoir ses ambitions à la baisse. La vitesse des trains avait été réduite afin de réduire le prix des billets. Finies les pointes envisagées à 350 km/h qui devaient en faire le TGV le plus rapide du monde. Lors du lancement du projet en 2008, le Ministère des chemins de fer chinois annonçait même un train roulant à 380 km/h. Trop rapide, et surtout des tarifs prohibitifs : 187 euros sur les lignes les plus rapides (le revenu moyen chinois dépasse à peine 250 euros par mois).
Le Ministère des transports a dû revoir ses prétentions.
Les tarifs pratiqués sur d’autres portions à grande vitesse étaient déjà critiqués, les coûts d’exploitation et d’entretien étant exorbitants. Bref, le TGV Made in China met les freins et ne dépassera pas les 300 km/h, voire même 250 Km/h sur certaines portions.
Passés les dix premiers jours d’exploitation sans encombres, les premiers récits de voyageurs ont commencé à émerger : la presse en a fait ses gorges chaudes, blogueurs, journalistes « embedded » dans des trains bloqués twittent les incidents techniques qui se succèdent. Et on attend les témoignages rageurs des vacanciers chinois « pris en otage » dans le journal du Jean-Pierre Pernaut local.
Un TGV transformé en micheline
Alors que l’agence officielle Xinhua évoque un retard d’une heure sur une ligne, sur son compte blog shirley_wang101 écrit que le train s’est arrêté pendant plus d’une heure avant de repartir, puis de s’arrêter à nouveau : « il n’y avait aucune circulation d’air dans les wagons, le train était penché et les passagers très nerveux ».
Rien de très grave sinon des vicissitudes ferroviaires classiques, mais un coup dur pour une ligne qui se voulait emblématique de la « puissance ferroviaire chinoise »: non polluant, économe en énergie, le TGV entièrement chinois devait battre tous les records.
Présenté comme un signe important de prestige, la « locomotive du Parti » au moment du 90è anniversaire du PCC, en quelques jours, le TGV s’est transformé en micheline que le Parti traîne comme un boulet.
Plusieurs incidents du même type ont été relatés ces derniers jours : « La vitesse n’était pas normale depuis le départ. On a vu sur l’écran des indicateurs montrant que le train roulait à 130km/h », raconte "Bengda" sur son compte Weibo (le twitter chinois).
La photo d'un wagon sans électricité pendant l'incident, postée par une journaliste chinoise qui se trouvait dans le train, s'est échangé presque 20 000 fois avant 2h30 du matin. Les milliers de commentaires critiquent pour la plupart la sécurité du nouveau train.
Le Ministère des Transports Ferroviaires s’était excusé sur son site officiel, en expliquant que « des mesures pour ralentir les trains ont été prises en considération de la sécurité de passagers ». Cependant, il n’a pas mentionné les conditions d'éventuels remboursements.
Rien de très grave sinon des vicissitudes ferroviaires classiques, mais un coup dur pour une ligne qui se voulait emblématique de la « puissance ferroviaire chinoise »: non polluant, économe en énergie, le TGV entièrement chinois devait battre tous les records.
Présenté comme un signe important de prestige, la « locomotive du Parti » au moment du 90è anniversaire du PCC, en quelques jours, le TGV s’est transformé en micheline que le Parti traîne comme un boulet.
Plusieurs incidents du même type ont été relatés ces derniers jours : « La vitesse n’était pas normale depuis le départ. On a vu sur l’écran des indicateurs montrant que le train roulait à 130km/h », raconte "Bengda" sur son compte Weibo (le twitter chinois).
La photo d'un wagon sans électricité pendant l'incident, postée par une journaliste chinoise qui se trouvait dans le train, s'est échangé presque 20 000 fois avant 2h30 du matin. Les milliers de commentaires critiquent pour la plupart la sécurité du nouveau train.
Le Ministère des Transports Ferroviaires s’était excusé sur son site officiel, en expliquant que « des mesures pour ralentir les trains ont été prises en considération de la sécurité de passagers ». Cependant, il n’a pas mentionné les conditions d'éventuels remboursements.
Entre corruption et encouragement de spéculation immobilière
L’affaire partait sur de mauvais rails ces derniers mois. En mars, le Ministre des chemins de fer et l’ingénieur du Projet ont été limogés, accusés d’avoir « écrémé » 3% du budget chemin de fer. Un sacré pactole : en 5 ans la Chine a dépensé 200 milliards d’euros pour moderniser ses chemins de fer et prévoit des investissements de 450 milliards d’euros d’ici à 2020. Le coup de torchon sur les responsables « jette une ombre sur les ambitions chinoises dans le domaine du train à grande vitesse » commentait le correspondant à Pékin de Libération, Philippe Grangereau. C’est, en effet, toute la chaîne de compétences des sous-traitants qui se trouvait mise en cause.
Ecarté, Zhou Yinmin, ancien ingénieur en chef adjoint du ministère, a commencé à se lâcher indiquant la semaine dernière que la sécurité des TGV chinois n'était pas assurée à plus de 300 km/h. Des affirmations aussitôt démenties par le Ministère qui a tout de même réduit la vitesse des trains.
Déjà le président de la compagnie de chemins de fer du Japon, Yoshiyuki Kasai avait fait savoir que la Chine faisait rouler ces trains de conception en partie japonaise à des vitesses 25% supérieures à celles prévues. «Nous ne pousserons jamais ces trains à de telles limites», prévenait-il.
Les réseaux sociaux soupçonnent également un plan plus « diabolique » : les autorités auraient volontairement localisé les 16 gares intermédiaires loin des grandes villes étapes pour encourager la spéculation immobilière et favoriser la création de villes-satellites aux abords des métropoles saturées démographiquement.
Ecarté, Zhou Yinmin, ancien ingénieur en chef adjoint du ministère, a commencé à se lâcher indiquant la semaine dernière que la sécurité des TGV chinois n'était pas assurée à plus de 300 km/h. Des affirmations aussitôt démenties par le Ministère qui a tout de même réduit la vitesse des trains.
Déjà le président de la compagnie de chemins de fer du Japon, Yoshiyuki Kasai avait fait savoir que la Chine faisait rouler ces trains de conception en partie japonaise à des vitesses 25% supérieures à celles prévues. «Nous ne pousserons jamais ces trains à de telles limites», prévenait-il.
Les réseaux sociaux soupçonnent également un plan plus « diabolique » : les autorités auraient volontairement localisé les 16 gares intermédiaires loin des grandes villes étapes pour encourager la spéculation immobilière et favoriser la création de villes-satellites aux abords des métropoles saturées démographiquement.
Un TGV dangereux ?
Le TGV Pékin-Shanghai est aussi une ligne CGV « Construite à Grande Vitesse », livrée un an avant l’échéance prévue. Mais il est des fois où il faut savoir se hâter lentement.
En janvier le South China Morning Post, journal de référence à Hong-Kong, révélait que « la vitesse vertigineuse à laquelle la voie avait été construite avait pu nuire à la qualité de construction des lignes qui pourrait réduire de moitié leur durée de vie ». Le journal mettait en doute la qualité du béton utilisé pour la base des rails, anticipant la nécessité de réduire la vitesse des trains...
Journal belge spécialisé dans les transports, Pagtour va encore plus loin expliquant que la véritable raison de la réduction de vitesse des TGV chinois est ailleurs : « Il s’agit d’éviter les accidents car il existe trop de sites de stockage de produits dangereux, explosifs ou toxiques, notamment des mines de charbon (très peu sécurisées en Chine), près des gares et des voies, elles-mêmes posées sur fondations de béton sans ballast, ce qui aggrave les dégâts en cas d’accident ».
Preuve que la Chine revoit ses ambitions ferroviaires, il y a un mois, l’Empire du Milieu prenait la décision d'arrêter une liaison TGV dans l'Est du pays et de suspendre la construction d'une autre dans le nord, pour incompatibilité avec la protection de l'environnement. A peine lancé, voilà le TGV chinois déjà bien bridé…
En janvier le South China Morning Post, journal de référence à Hong-Kong, révélait que « la vitesse vertigineuse à laquelle la voie avait été construite avait pu nuire à la qualité de construction des lignes qui pourrait réduire de moitié leur durée de vie ». Le journal mettait en doute la qualité du béton utilisé pour la base des rails, anticipant la nécessité de réduire la vitesse des trains...
Journal belge spécialisé dans les transports, Pagtour va encore plus loin expliquant que la véritable raison de la réduction de vitesse des TGV chinois est ailleurs : « Il s’agit d’éviter les accidents car il existe trop de sites de stockage de produits dangereux, explosifs ou toxiques, notamment des mines de charbon (très peu sécurisées en Chine), près des gares et des voies, elles-mêmes posées sur fondations de béton sans ballast, ce qui aggrave les dégâts en cas d’accident ».
Preuve que la Chine revoit ses ambitions ferroviaires, il y a un mois, l’Empire du Milieu prenait la décision d'arrêter une liaison TGV dans l'Est du pays et de suspendre la construction d'une autre dans le nord, pour incompatibilité avec la protection de l'environnement. A peine lancé, voilà le TGV chinois déjà bien bridé…
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