Marianne2 2012

Tri sélectif ou poubelle mondialisée ?

Jeudi 24 Mars 2011 à 12:01 | Lu 5518 fois I 14 commentaire(s)

Jean-Pierre Alliot - Tribune

La multiplication des poubelles est-elle en train d’atteindre ses limites ? En brocardant ceux qu'il appelle les écolo-démagos, le républicain laïc Jean-Pierre Alliot met en lumière une certaine culpabilisation des citoyens qui mangent, vivent… consomment.


Les habitants Newcastle-under-Lyme, en Angleterre doivent désormais trier, trier et encore trier, pour répartir leurs ordures entre neuf poubelles.

Le carton d’un côté ; les plastiques d’un autre ; le papier, qu’il ne faut pas confondre avec le carton, dans un troisième conteneur ; le verre et les canettes encore ailleurs ; les tissus à part, sans parler des déchets du jardin, recueillis séparément.

Il y a encore deux poubelles pour les déchets alimentaires et enfin une neuvième porte, pour les ordures non recyclables, certainement vouées à un enfer spécialement créé pour ce paradis écolo.

Pour l’instant, ce fétichisme du déchet n’a pas submergé le monde, bien que progresse ce qui a été nommé bizarrement le « tri sélectif », comme s’il existait des tris qui ne sélectionnent pas. Il s’agit sans doute d’un de ces mystères, comme la trinité ou l’immaculée conception. Faudra-t-il rendre la sainte nature aussi immaculée que l’ont trouvée Adam et Eve et effacer toute trace de civilisation ?

Toujours est-il qu’en excitant un sentiment de culpabilité chez les citoyens accusés de pécher contre la pureté durable, les pouvoirs publics détournent leurs yeux des activités autrement polluantes des industries qui épuisent toute source de richesse, « la terre et le travailleur ».

Mais en vérité je vous le dis, celui qui, en battant sa coulpe, passera des heures à pratiquer le nouveau rite œuvrera pour son salut éternel, grâce à des litanies renouvelées et à des génuflexions symboliques et sincères devant Sainte Poubelle. En outre, sa charité sera bien ordonnée car elle commencera par alimenter toute une communauté fervente d’industriels du déchet. Ainsi les recyclages successifs accélèrent-ils la rotation du capital.

Ce que produit de dangereux l’industrie des hommes doit évidemment être neutralisé, mais c’est une autre tragédie qui se joue ici. Dans les sommets de la finance mondiale, on blanchit les « junk bonds », ces actions pourries qui alimentent la spéculation, gangrènent l’économie et tuent l’investissement industriel. Dans les soutes des pavillons de banlieue, en rentrant du boulot, on fait des heures supplémentaires de maniement des poubelles pour enrichir des firmes limpides comme ces filiales environnementales de l’ex-Générale des Eaux ou l’ex-Lyonnaise des Eaux, qui se sont mises au goût du jour. En créant des firmes comme Veolia Propreté, SEDE Environnement ou  Suez Environnement, les géants français des eaux purifiées et profitables pourront bénéficier d’une main d’œuvre pénitente et bénévole, et d’un développement durable. Ils se sont bien recyclés.








LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez