Trafic d'armes: la Libye, un arsenal à ciel ouvert
Vendredi 14 Octobre 2011 à 15:01 | Lu 8016 fois I 9 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
Kalachnikov, missiles Sol-air, entrepôts d'armes chimiques, la Libye est un véritable arsenal à ciel ouvert. Des stocks énormes d'armes transitent dans la région menaçant la sécurité de l’ensemble des pays de l’Afrique du nord et du Sahel au point que certains experts n'excluent pas l'hypothèse que Kadhafi ait pu délibérément orchestré la dissémination de ces armes pour déstabiliser la région.
« Je n’avais jamais vu autant d’armes légères en circulation en Libye » déclarait récemment James Turton, responsable de la réduction des violences armées à Handicap International, à France 24. Rien que de très normal en zone de guerre, serait-on tenté d’ajouter. Les chiffres avancés donnent néanmoins le vertige 800 000 à 1 million d’armes légères. Et quelques milliers beaucoup plus lourdes. Américains et libyens ont mis en place des équipes spécialisées chargées de récupérer ces armes et de neutraliser les trafics.
Stabiliser la Libye sera néanmoins une opération de longue haleine car contrairement aux nuages radio-actifs de l’ère soviétique, les kalachnikovs n’ont pas la politesse de s’arrêter aux frontières. L'AK-47 circule, voit du pays.
Dans Le Temps d’Algérie « deux contrebandiers reconnaissent avoir transféré vers l’Algérie et l’Egypte des armes volées par les «insurgés», obéissant aux ordres du CNT libyen, dont des missiles sol-air, des fusils mitrailleurs de fabrication coréenne, des roquettes anti-chars, des pistolets automatiques, de l’artillerie lourde. Accessoirement, si les Etats-Unis ont indiqué, fin août, qu’ils continuaient à surveiller les stocks d’armes chimiques, en particulier la dizaine de tonnes de gaz moutarde, dans les entrepôts situés dans le centre et le sud du pays, le journal égyptien Asqharq alawsat a révélé qu’au sud de Syrte des entrepôts remplis à ras bords de gaz moutarde -9 tonnes au total- sont laissés à l’abandon sans surveillance…Les experts de l’ONU venus faire « l’état des lieux » n’ont pu que constater une forte odeur, indiquant une fuite, l’existence d’un panneau « entrée interdite » et une barrière très peu dissuasive.
Un arsenal volé –ou susceptible de l’être- dans les dépôts de l’armée libyenne, revendus aux plus offrants, qui suivent les mêmes chemins que les trafics de stupéfiants. De quoi surarmer les fondamentalistes islamistes des pays frontaliers.
Stabiliser la Libye sera néanmoins une opération de longue haleine car contrairement aux nuages radio-actifs de l’ère soviétique, les kalachnikovs n’ont pas la politesse de s’arrêter aux frontières. L'AK-47 circule, voit du pays.
Dans Le Temps d’Algérie « deux contrebandiers reconnaissent avoir transféré vers l’Algérie et l’Egypte des armes volées par les «insurgés», obéissant aux ordres du CNT libyen, dont des missiles sol-air, des fusils mitrailleurs de fabrication coréenne, des roquettes anti-chars, des pistolets automatiques, de l’artillerie lourde. Accessoirement, si les Etats-Unis ont indiqué, fin août, qu’ils continuaient à surveiller les stocks d’armes chimiques, en particulier la dizaine de tonnes de gaz moutarde, dans les entrepôts situés dans le centre et le sud du pays, le journal égyptien Asqharq alawsat a révélé qu’au sud de Syrte des entrepôts remplis à ras bords de gaz moutarde -9 tonnes au total- sont laissés à l’abandon sans surveillance…Les experts de l’ONU venus faire « l’état des lieux » n’ont pu que constater une forte odeur, indiquant une fuite, l’existence d’un panneau « entrée interdite » et une barrière très peu dissuasive.
Un arsenal volé –ou susceptible de l’être- dans les dépôts de l’armée libyenne, revendus aux plus offrants, qui suivent les mêmes chemins que les trafics de stupéfiants. De quoi surarmer les fondamentalistes islamistes des pays frontaliers.
Le stinger, c'est pas cher
Selon des révélations du Washington Post, les officiels américains craignent désormais surtout que des lance-roquettes anti-aériens ne tombent dans les mains de terroristes susceptibles de s’en servir contre les avions de tourisme survolant l’Afrique du Nord et le Proche Orient : « Le gouvernement libyen avait jusqu’à 20.000 missiles de ce type et les entrepôts ont été pillés dans le chaos du soulèvement libyen » écrit le journal. Face à l’abondance de l’offre, le prix des missiles stinger a chuté de 10.000 à 4.000 dollars ces dernières semaines.
C’est que le régime de Kadhafi était particulièrement bien doté. Chercheur sur la prolifération mondiale des armes conventionnelles à l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm en mars 2011, Pieter Wezeman expliquait que « Le pays a acquis des armes légères et de petit calibre en grande quantité : 100 000 fusils livrés par l’Ukraine entre 2007 et 2008 et 10 000 pistolets fournis par une compagnie italienne en 2010. Cette même année, Tripoli s’est approvisionné auprès de la Russie en missiles antiaériens et a organisé un salon de l’armement qui a accueilli plus de 100 exposants, venus de 24 pays ».
Israël a déjà exprimé son inquiétude devant le passage dans l’Egypte voisine des armes circulant actuellement en Libye. L’Etat hébreu redoute que certaines de ces armes ne parviennent ensuite dans la bande de Gaza.
Lors d’une conférence du Centre de recherches stratégiques et sécuritaires, consacrée à « La crise libyenne et ses retombées sur la sécurité dans la région du Sahel africain », l’expert militaire Nouredine Amrani a souligné le « caractère géostratégique de la région du Sahel africain qui fait l’objet de convoitises des grandes puissances ». Selon lui, la région du Sahel « est sur le point de plonger dans l’instabilité et l’insécurité, en raison de la dégradation de la situation en Libye et du chaos qui y sévit, après que les factions armées qui avaient dirigé le mouvement de rébellion se soient accaparés du pouvoir à Tripoli ».
C’est que le régime de Kadhafi était particulièrement bien doté. Chercheur sur la prolifération mondiale des armes conventionnelles à l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm en mars 2011, Pieter Wezeman expliquait que « Le pays a acquis des armes légères et de petit calibre en grande quantité : 100 000 fusils livrés par l’Ukraine entre 2007 et 2008 et 10 000 pistolets fournis par une compagnie italienne en 2010. Cette même année, Tripoli s’est approvisionné auprès de la Russie en missiles antiaériens et a organisé un salon de l’armement qui a accueilli plus de 100 exposants, venus de 24 pays ».
Israël a déjà exprimé son inquiétude devant le passage dans l’Egypte voisine des armes circulant actuellement en Libye. L’Etat hébreu redoute que certaines de ces armes ne parviennent ensuite dans la bande de Gaza.
Lors d’une conférence du Centre de recherches stratégiques et sécuritaires, consacrée à « La crise libyenne et ses retombées sur la sécurité dans la région du Sahel africain », l’expert militaire Nouredine Amrani a souligné le « caractère géostratégique de la région du Sahel africain qui fait l’objet de convoitises des grandes puissances ». Selon lui, la région du Sahel « est sur le point de plonger dans l’instabilité et l’insécurité, en raison de la dégradation de la situation en Libye et du chaos qui y sévit, après que les factions armées qui avaient dirigé le mouvement de rébellion se soient accaparés du pouvoir à Tripoli ».
Un dernier coup d'éclat de Kadhafi
Quatre pays de la zone du Sahel (Mauritanie, Mali, Algérie, Niger) ont mis en place une cellule sécuritaire composée d’experts en armements pour suivre le mouvement de circulation des armes en provenance de la Libye.
Les services de renseignements de ces pays ont dressé une liste de 26 trafiquants d’armes, précisant que ces individus appartiennent à diverses nationalités dont la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad, le Nigéria, le Sénégal, la Libye et le Burkina Faso.
Selon les conclusions de cette enquête, un autre réseau lié à Aqmi (Al Qaïda au maghreb islamique) a été identifié. Des sources proches des milieux du renseignement français affirment qu'Aqmi a largement profité du chaos politique qui a suivi les différentes révolutions arabes et l’intervention en Libye pour se réarmer.
Un dernier coup d'éclat du Guide ? Pieter Wezeman n’exclut pas cette hypothèse estimant que la dissémination des armes est telle qu’elle ait pu être « délibérément orchestrée » par Kadhafi pour « déstabiliser la région ».
Les services de renseignements de ces pays ont dressé une liste de 26 trafiquants d’armes, précisant que ces individus appartiennent à diverses nationalités dont la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad, le Nigéria, le Sénégal, la Libye et le Burkina Faso.
Selon les conclusions de cette enquête, un autre réseau lié à Aqmi (Al Qaïda au maghreb islamique) a été identifié. Des sources proches des milieux du renseignement français affirment qu'Aqmi a largement profité du chaos politique qui a suivi les différentes révolutions arabes et l’intervention en Libye pour se réarmer.
Un dernier coup d'éclat du Guide ? Pieter Wezeman n’exclut pas cette hypothèse estimant que la dissémination des armes est telle qu’elle ait pu être « délibérément orchestrée » par Kadhafi pour « déstabiliser la région ».
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