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«Toutes nos envies» : ne cédez pas à la tentation

Vendredi 11 Novembre 2011 à 16:01 | Lu 21877 fois I 12 commentaire(s)

Journaliste à Marianne, entre société et culture En savoir plus sur cet auteur

« Toutes nos envies », le dernier film de Philippe Lioret, rompt la série des films français surprenants et réussis. On reste sans voix devant un tel raté.


Décidément, depuis la rentrée, le cinéma français ne laisse pas de surprendre. The artist, Polisse, La guerre est déclarée, Intouchables : qu’on les aime ou non, on peut reconnaître de l’audace à chacun de ces films. On comptait sur Philippe Lioret pour continuer sur cette lancée et nous offrir un nouvel opus engagé dont il a le secret. Dans Welcome, son dernier film, le réalisateur brossait le portrait d’un maitre nageur qui hébergeait un sans-papier pour attirer l’attention de son ex. L’histoire d’amitié entre les deux hommes en disait mille fois plus que tous les documentaires du monde sur le centre de Sangatte. On annonçait cette fois que Lioret s’attaquait aux organismes de crédit à la consommation qui étranglent leurs débiteurs. On s’enthousiasmait d’avance à l’idée de retrouver Vincent Lindon le caméléon, aussi à l’aise en premier ministre qu’en maître nageur. Hélas, c’est une mauvaise surprise qui attend le spectateur cette fois-ci. Très très mauvaise, même.

Car non, ce n’est pas l’histoire d’un duo de magistrats qui s’échine à trouver des failles dans les contrats proposés par les organismes de prêts. Cette « enquête », Lindon et Gillain la mènent beaucoup trop gentiment : Lindon se lève la nuit pour taper « Concurrence déloyale » sur Internet (en fumant des cigarettes pour ajouter à la tension de la scène), Gillain réfléchit à haute voix dans la voiture : « Procès inéquitable ? » « Non, la cour de cassation s’en fout de ça » ; mince alors, on n’a toujours pas trouvé la solution. Les aventures du Club des Cinq pour retrouver Dagobert disparu sont plus palpitantes.

Le fait est que l'affaire de crédits à la consommation ne sert que de mince toile de fond au véritable sujet du film : le cancer de Claire (Marie Gillain). A 32 ans, cette juge éprise de justice (ça tombe pas mal) est mariée avec une sorte de mannequin Gap dont le principal trait de caractère est de faire pousser du basilic. Elle a deux enfants. Et surtout, elle veut sauver les petites gens qui empruntent de l’argent pour acheter une télé HD. Pour ça, pas le temps de s’apitoyer sur son sort. Elle passe son temps à braver les conseils de tout le monde et à débrancher son goutte à goutte pour aller de l’avant. Du coup, quand elle fait une crise d’épilepsie dans le bus, on un peu envie de lui dire « bien fait ». Claire n’a pas jugé bon de prévenir son mari/mannequin de sa maladie ; de toutes façons, elle a tout prévu. A sa mort, Christophe (qui a autant de libre arbitre que les condiments de son jardin) n’aura qu’à se mettre en ménage avec Céline, qui croule sous les dettes et ne peut plus payer son loyer. Pour être certaine que sa combine fonctionne, Claire offre à Céline le même parfum qu’elle, lui recommandant d’en vaporiser sur ses seins, comme elle-même a l’habitude de le faire. Christophe, ce benêt, n’y verra que du feu.

On ne sait pas ce que Lioret a contre le mariage, mais le mépris dont le scénario fait preuve à l’égard des maris et épouses du film est pour le moins saisissant. Chacun des personnages se limite à un seul trait de caractère, étonnamment grossier. On s’ennuie, on ne verse pas une larme, et on se demande quelle mouche a piqué Philippe Lioret. 2011 est l’année de toutes les révolutions : Nakache et Tolédano  jouent les cinéastes engagés avec brio, et Philippe Lioret s’essaie à la réalisation de téléfilms bas de gamme. Après tout, c’est audacieux aussi.









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