Tokyo ou la revanche d'Obama sur Hu Jintao ?Valérie Niquet - IFRI | Mardi 24 Novembre 2009 à 14:01 | Lu 5562 fois
Valérie Niquet tire le bilan du voyage d'Obama en Asie. Après d'être fait éconduire par Pékin sur certains sujets, Obama a boudé le projet de G2 et réaffirmé les alliances traditionnelles de l'Amérique avec le Japon, les Philipines et Taïwan. Un pas de deux qui pourrait être exploité par l'Europe et la France.
Le seul consensus sino-américain : CopenhagueLoin de se plier à cet exercice, c’est à Tokyo que le Président a choisi de prononcer son grand discours de politique générale en Asie. Surtout, dans ce discours, il a multiplié les références à l’ensemble des thèmes qui stratégiquement constituent pour Pékin, des sujets de préoccupation majeurs. Le président ne pouvait éviter de faire référence à l’alliance nippo-américaine, « pierre angulaire » de la stabilité en Asie. Mais il est allé très au-delà en insistant fortement sur le retour de la puissance américaine en Asie, le caractère « inébranlable » du système d’alliance régulièrement dénoncé par la Chine comme un héritage de la guerre froide et des garanties de sécurité, y compris nucléaires, apportées par les Etats-Unis à ses alliés. Il a également spécifiquement mentionné les Philippines, acteur important en mer de Chine du Sud où la Chine avance ses pions, et la Thaïlande, au coeur d’une Asie du Sud-est que la RPC aimerait considérer comme son arrière-cour. Sur la question de Taiwan, le Président Obama a également réaffirmé sa volonté « d’assurer la défense de Taiwan » selon les termes du Taiwan relation Act qui garantit le maintien de l’équilibre des forces dans le détroit par la fourniture d’armes à Taipei. A Tokyo, Obama est également revenu sur la thématique des « valeurs », liberté d’expression, de réunion, respect de l’état de droit, seuls véritables garants d’une stabilité à long terme. Il a enfin clairement indiqué que les Etats-Unis entendaient être partie prenante de toute initiative de mise en place d’une architecture de sécurité régionale. Si les dirigeants de la RPC avaient pu espérer voir se confirmer un désengagement américain progressif du Pacifique ouest, le discours d’bama n’a pas répondu à leur attente. Au-delà, c’est le principe d’engagement et de « responsabilisation » de la Chine, qui inquiète Pékin, apparaissant comme l’illustration d’une smart policy destinée selon certains analystes chinois à « affaiblir » la Chine en l’obligeant à prendre de nouvelles responsabilités coûteuses. De son côté, la nouvelle Administration américaine semble avoir été surprise par le peu de chaleur et de spontanéité de la rencontre. La RPC a perdu là l’occasion de convaincre le président Obama, symbole du dynamisme et du changement, des véritables évolutions du régime chinois. Semblant craindre une débauche d’Obamania contrastant avec l’image très compassée de dirigeants chinois toujours inaccessibles, la couverture médiatique de la visite a été très contrôlée et les occasions de contacts avec la population inexistantes. Face à cette déception, il est possible qu’une partie au moins de la direction chinoise choisisse de redécouvrir les vertus de l’Union européenne et de ses principaux Etats-membres, à commencer par la France dont le rôle au sein du conseil de sécurité est loin d’être négligeable. Mais un courant dont le poids doit être évalué semble au contraire tenté par un repli nationaliste et une focalisation exclusive sur l’affirmation des « intérêts de la Chine » pris au sens le plus étroit du terme. A ce titre, la question du réchauffement climatique semble être le seul dossier sur lequel un consensus non avoué se dégage entre la Chine et les Etats-Unis. Obama, confronté à un Congrès réticent et à une grave crise économique et sociale sait qu’il ne pourra accepter de décisions trop contraignantes à Copenhague. La Chine de son côté, si elle accepte d’évoluer sur les principes, continue de refuser toute contrainte, y compris en termes de vérification d’éventuels engagements nationaux. Pékin et Washington semblent donc d’accord pour entériner l’idée qu’aucun accord significatif ne doit être attendu à Copenhague, contrairement aux positions très en pointes adoptées par l’Union européenne et le Japon, et même aux attentes d’un certains nombres de pays en développement. Le sommet UE-Chine de Nankin, et le sommet de Copenhague, seront donc l’occasion de mesurer la volonté d’ouverture et d’engagement de la puissance chinoise.
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